Réunion par Imaz Press, mardi 12 mars 2024 à 16:34

Au mépris des règlements : Trail : un marché parallèle de revente des dossards

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Depuis quelques mois, le sujet de la revente illicite des dossards sur Internet anime le petit monde du trail. Certains coureurs rachètent en effet des dossards à des vendeurs, moyennant une somme d’argent, au mépris des règlements. Ce marché parallèle, souterrain, pose évidemment question en matière de sécurité, de responsabilité et d’assurances. Les organisateurs tentent donc de circonscrire le phénomène en créant des bourses de revente encadrées, qui sont officielles. Mais le phénomène persiste (Photo d’illustration : rb/www.imazpress.com)

"Bonjour, je suis à la recherche d’un dossard pour Cap Volcan". C’est en ces termes que l’acheteur potentiel se présente sur les réseaux sociaux. Il sonde la communauté de la page Facebook rassemblant nombre de passionnés de trail sur la toile pour savoir s’il n’y aurait pas moyen de racheter un dossard pour une course, en contournant l’organisateur officiel ou le prestataire de ce dernier qui s’occupe de gérer les inscriptions aux épreuves. Il entre alors en contact avec un vendeur et l’échange moyennant paiement se fait en dehors de tout contrôle.

Le phénomène existe de plus en plus sur les réseaux sociaux. Son ampleur est difficile à vérifier. Mais en se rendant sur les pages spécialisées en trail, sur Facebook notamment, on est surpris de constater que ce type de messages fleurit un peu partout.

La demande est telle pour les courses de trail en effet, qu’il faut faire preuve d’une extrême rapidité pour avoir une chance de décrocher le précieux sésame. Hélas, tout le monde n’est pas servi à l’arrivée. Les organisateurs sont parfois dans l’impossibilité d’accéder à la demande et refusent par conséquent du monde. D’où ce marché parallèle de revente sauvage qui s’est mis en place sur Internet.

Avec des conséquences extrêmement préjudiciables pour l’organisateur et même pour le coureur lui-même. Car, celui qui achète et enfreint le règlement en arrive à courir sous le nom du vendeur. En toute impunité.

"Un coureur doit courir sous sa propre identité, rappelle prestement Jean-Louis Prianon, secrétaire général de la Ligue réunionnaise d’athlétisme. On ne peut pas courir sous le nom de quelqu’un d’autre. Sinon, c’est de l’usurpation caractérisée d’identité.

A ce jour, "il n’y a pas encore de sanctions disciplinaires prévues à notre niveau, précise l’ancien champion, mais en cas d’accident, on peut imaginer qu’il puisse y avoir des poursuites pénales et des sanctions par contre."

Commentant le phénomène, Jean-Louis Prianon avance une explication. "Récemment, un certain nombre de courses ont été reportées à cause du cyclone Belal, dit-il. Cela a engendré de la revente chez ceux qui ne pouvaient plus participer à la course pour des raisons personnelles ou professionnelles à la date du report."

Une deuxième explication justifierait ces reventes illicites. Étant donné l’afflux de la demande, certains organisateurs ont ouvert les inscriptions à leur course plusieurs mois à l’avance parfois. Les coureurs se précipiteraient donc sur ces fenêtres de tir, sans avoir le recul nécessaire par rapport à leur calendrier personnel, pour juger si oui ou non, ils seront vraiment disponibles six mois plus tard. Sans compter, les blessures qui peuvent intervenir chez les uns et les autres, entre la date d’inscription et la date effective de la course, lesquelles favoriseraient les reventes.

- "Le trail ne peut pas ressembler à une brocante sauvage !" -

"Mais le trail ne peut pas ressembler à une brocante sauvage ! , s’offusque Jean-Louis Prianon, avant d’ajouter. La personne qui vend est fautive, celle qui achète aussi. Si la personne a acheté le dossard sans certificat médical à jour, s’il court sous un faux nom, c’est très problématique."

Un risque que les organisateurs prennent également très au sérieux. Lors du dernier trail des Anglais, Stéphane André, son patron, est ainsi parvenu à confondre deux resquilleurs avec son équipe. "En faisant de la veille sur les réseaux sociaux, je suis tombé sur deux cas de revente illicite", raconte-t-il. "Il nous a suffi de désactiver les puces des deux revendeurs. Lorsque les deux acheteurs se sont présentés sur la ligne de départ, la puce a bipé en indiquant défaut de puce. Et nous avons pu éviter la méprise."

Le responsable du Trail des Anglais est alors allé expliquer gentiment mais fermement aux resquilleurs les dangers qu’ils encouraient en employant de telles méthodes. L’affaire en est resté là. Et pourtant, Stéphane André avait anticipé le problème en mettant en place une bourse d’échanges de dossards officielle, une première sur l’île à sa connaissance, via la plateforme Klikego.

Le règlement de la procédure, publié sur les réseaux sociaux, prévoyait ceci : "L’échange de dossard se fait uniquement via la plateforme Klikego (...) Cette démarche devra être réalisée via le compte du coureur déjà inscrit et le dossier du remplaçant devra être complet sur la plateforme Klikego (...) Un remboursement via la plateforme interviendra pour le coureur qui revend son dossard. Le remboursement sera minoré de 10€ pour frais de dossier (...) Le coureur qui rachète le dossard devra réaliser un paiement de 35€ sur la plateforme Klikego (...) Le coureur qui revend son dossard pourra soit le revendre à une personne de son entourage en lui fournissant un lien privé, soit mettre en vente son dossard publiquement sur Klikego."

Cela n’a pas empêché les comportements frauduleux, au final. "Mais on a circonscrit le problème", note l’organisateur du Trail des Anglais. Car, "une cinquantaine de dossards, si je ne m’abuse, ont pu être échangés via la plateforme", mentionne-t-il.

- "C’est comme si on tolérait que quelqu’un qu’on ne connaît pas soit au départ de la finale du 100m des Jeux Olympiques !" -

Au trail de Minuit, Patrick Delgard et son équipe ont pris eux aussi conscience du phénomène. Et confié à leur prestataire, responsable des inscriptions, en l’occurrence Sport Pro, la tâche d’organiser les échanges de dossards, dans un cadre officiel.

"Si une personne se désiste, elle appelle Sport Pro, explique-t-il. Il lui en coûtera 10€, mais elle peut revendre son dossard à une personne qu’elle connaît, moyennant quoi cette personne qui achète doit respecter l’ordre d’arrivée des demandeurs et intégrer une file d’attente. Quand la file d’attente est épuisée, l’acheteur peut être satisfait et s’inscrire." Malgré cela, des petits malins continuent de contourner les règlements.

Or, le phénomène peut avoir des conséquences graves. "Votre responsabilité peut être lourdement engagé si vous blessez quelqu’un en courant sous un faux nom, prévient Stéphane André. De la même manière, supposons qu’un coureur qui a acheté un dossard sur Internet soit victime d’un accident grave sur le parcours et qu’il n’ait pas de certificat médical. L’assurance ne le couvrira pas. Il faut donc absolument éviter ces échanges sauvages pour des questions toutes simples d’assurance et de responsabilités."

Et le même de conclure : "A un moment, un organisateur doit savoir qui participe à sa course. C’est comme si on tolérait que quelqu’un qu’on ne connaît pas soit au départ de la finale du 100m des Jeux Olympiques !"

fp/www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

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