Des annonces déjà faites

Annick Girardin : l’attente déçue...

Photos RB - ImazPress

Sens du contact, qualité d’écoute, autorité naturelle... Le charisme ministériel d’Annick Girardin, déployé tout au long de cette journée du mercredi 28 novembre 2018, aura fait espérer La Réunion quasi exsangue au douzième jour de manifestation des Gilets Jaunes. Autant dire que les annonces promises en début de soirée étaient attendues. Las... Il n’a pas fallu longtemps à son public pour comprendre qu’on lui servait là du réchauffé, autrement dit le Plan Pauvreté dévoilé en septembre et qui doit être mis en oeuvre dès 2019. Rien de nouveau pour les plus précaires qui n’ait déjà été annoncé, quant aux classes moyenne et "laborieuse", comme a osé le dire Emmanuel Macron, elles ont été totalement rayées de la carte mercredi soir.

Rendons-lui acte de sa sincérité : Annick Girardin ne s'en est pas cachée, les mesures annoncées sont bien celles du Plan Pauvreté présentées par le Premier Ministre il y a quelques semaines. Elle l'a reconnu dans son discours : "La situation de La Réunion appelle des réponses spécifiques. C’est pourquoi le Gouvernement a décidé d’engager des mesures de soutien aux enfants, aux familles les plus modestes et aux jeunes les plus éloignés de l’emploi. C’est le sens de la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté annoncée par le Président de la République le 13 septembre dernier."

Donc c'est bien un raté : rien de nouveau, rien de spécifique pour La Réunion, sinon le détail départemental des actions prévues au niveau national par le Plan Pauvreté, telles les 1500 places en crèche supplémentaires.

Les vraies questions toujours sans réponse

Ce ne sont pas ces réponses que les Gilets Jaunes réunionnais attendaient, même si personne ne va se plaindre de profiter de places en crèche supplémentaires, d'une baisse de la taxe d'habitation et d'un reste à charge zéro pour les lunettes, les soins dentaires et les appareils auditifs. Sauf que les cotisations des complémentaires santé vont augmenter, notamment pour les seniors et que c'est donc un joli tour de passe-passe comptable dont les Réunionnais, comme tous les autres Français, seront victimes.

Lire aussi=> Plan pauvreté, à La Réunion on attend de voir avant de condamner ou d'applaudir

On peut applaudir à l'idée des petits déjeuners à l'école, de la baisse du prix des aliments pour bébés dont le lait infantile - et non "maternisé" comme l'a dit Annick Girardin qui sembler ignorer que le terme "lait maternisé" est interdit en France depuis l'arrêté du 11 Janvier 1994 - et des centres sociaux où les familles en difficulté peuvent apprendre à gérer un budget. Mais ce sont des mesures nationales, certes utiles aussi à La Réunion, mais qui ne répondent pas aux principales problématiques soulevées par les Gilets Jaunes.

Les privés d'emplois sont souvent qualifiés

Ce Plan pauvreté, qui s'adresse à tous les Français en situation de précarité, n'apporte pas de réponse aux attentes actuelles des Réunionnais de la classe moyenne, négativement impactés par le cot de la vie, le manque de transports en commun et le prix exhorbitant du foncier. Qui plus est, parler d'heures supplémentaires exonérées de cotisations sociales sur un territoire qui souffre cruellement de manque d'emplois, c'est à tout le moins une méconnaissance des réelles difficutés locales en matière d'emploi ou tout au plus une provocation.

Le projet d'accompagnement vers l'emploi des jeunes réunionnais non qualifiés doit être salué, mais quid des nombreux diplômés et des personnes expérimentées qui ne trouvent pas d'emploi et alimentent aussi les statistiques des Réunionnais vivant en dessous du seuil de pauvreté ?

Certes, la Ministre l'a redit mercredi soir : "Ce projet social pour La Réunion ne doit pas être celui de l’Etat seulement. Il doit être celui de tous les Réunionnais". Mais les Réunionnais qui veulent entreprendre et créer des emplois ont besoin d'être soutenus car ils n'ont pas tous un Jacques de Chateauvieux pour père.

Entreprendre est bien plus difficile à La Réunion où les équipements et les matières premières cotent plus cher qu'ailleurs (cf rapport de l'Autorité de la Concurrence en octobre 2018). La formation c'est bien, mais si au bout de la formation il n'y a pas d'emplois, La Réunion tournera en rond dans ce cercle vicieux dont elle ne parvient pas à s'extirper depuis des décennies...

Entendre les vraies questions

La Ministre semble dotée d'une réelle capacité d'écoute, d'un talent inné pour aller au contact de la population, d'une autorité naturelle pour trancher dans le vif. Ne serait-ce qu'apparences ? Si elle a déjà prouvé que ce n'est pas le cas, les réponses données ce mercredi soir n'en étaient que pour partie...

Les Gilets Jaunes attendaient autre chose : des réponses sur l'emploi des personnes qualifiées, des décisions pour casser les monopoles qui alourdissent les prix, des solutions en matière de transports collectifs insuffisants, voire inexistants parfois.

Lire aussi => La Réunion : tout (ou presque) est plus cher qu'en métropole

De la justice aussi : si tout cote plus cher ici pourquoi avoir réduit l'abattement fiscal sur le revenu dans les DOM ? Pourquoi aligner le prix du carburant sur la métropole d'ici 2025 alors que les Réunionnais ne disposent pas d'alternatives aux déplacements comme la plupart des métropolitains qui travaillent ? Pourquoi une secrétaire dans le public gagne-t-elle 40 à 50% de plus qu'une secrétaire dans le privé ? Pourquoi un salaire à La Réunion n'offre pas les mêmes perspectives de pouvoir d'achat que le même salaire en métropole ? Pourquoi l'octroi de mer les pénalise-t-ils autant ?

Il reste quelques jours à la Ministre pour répondre aux questions des Gilets Jaunes plus efficacement qu'avec des "éléments de langage" déjà convenus.

Il en va de la paix sociale, de la survie des entreprises réunionnaises dont beaucoup sont déjà à l'agonie, au terme de bientôt deux semaines de blocage.

ml/www.ipreunion.com

mots clés de l'article : revendication , ministre de l’outre-mer , actualité de la réunion , Annick Girardin , gilets jaunes , Actus Reunion , Plan Pauvreté , Classe Moyenne

à voir également en vidéo

dossier associé

suivez-nous