Maraîchers, éleveurs, planteurs....

Agriculteurs : à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles

Mardi 7 aoput 2018 - Usine de Bois rouge Photo rb/www.ipreunoion.com)

Des légumes qui pourrissent dans les champs, des consommateurs qui traquent la denrée rare... A la Chambre d’Agriculture, le président Jean -Bernard Gonthier a trouvé la parade : autoriser la vente directe au bord des routes, sans demande d’autorisation préalable. Et basta ! Une mesure exceptionnelle qui vient adoucir un tout petit peu l’enfer économique par lequel passent les éleveurs, les maraîchers et les planteurs depuis le début de l’opération Gilets Jaunes, le 17 novembre 2018.

Les maraîchers n'avaient de toute façon pas attendu la bénédiction de la Chambre d'Agriculture pour sortir leurs cagettes et aller à la rencontre du consommateur le long des routes. Et de nombreux marchés forains, pourtant annulés le week-end dernier par les mairies, ont pourtant eu lieu. C'était le cas au Chaudron notamment : "Il faut bien payer nos charges, témoigne Christine, une maraîchère venue au Chaudron. Si on ne vend rien, on paie comment ?". Dans la semaine, elle ira se poster au fil des routes pour proposer ses légumes et ses oeufs. Côté prix, pas question de brader : "J'espère que les gens comprennent qu'il ne faut pas profiter de la situation. Certains s'attendent à ce qu'on casse les prix, mais on ne peut pas." 

Une autre foraine s'inquiète un peu du marché noir : "Ici, beaucoup de gens ont des poules dans la cour, des petits potagers. Forcément, il y a un petit profit à faire, et si ça s'organise, ça peut nous faire du tort parce qu'on est au centime près aujourd'hui, et un client perdu, on le sent dans la trésorerie".

Un second marché très concurrentiel

De fait, sur les réseaux sociaux, les offres ne manquent pas, même s'il s'agit souvent de troc : des courges et des tomates contre des mangues et des bananes, par exemple. "Entre voisins, on le fait tous, de filer de temps en temps un régime de bananes contre un poulet et des oeufs, mais si ça devient un vrai réseau de paiement en nature ou en espèces, c'est de la concurrence déloyale et c'est de la fraude fiscale", tempête Christine.

Autre marché dérivé, mais déclaré, les collectifs type Jardin de Cocagne, Happyculteurs, Produits péi... "Ils nous prennent des clients c'est sûr, mais au moins ce sont des professionnels déclarés." D'ailleurs, depuis le début de la crise, certains de ces collectifs qui fonctionnent en panier livrable ont cessé les prises de commandes. En revanche, des petits maraîchers qui ne fonctionnaient pas encore à la livraison ont lancé des propositions sur Produits péi et sur Tienbo974.

Sur un stand voisin, des calebasses de letchis attendent preneur : "Il faut que ça s'arrête, ces blocages, sinon jamais on ne pourra livrer la métropole pour les fêtes", s'inquiète ce récoltant, signalant au passage que déjà la production n'est pas top. Un avis repris aussi par Jean-Bernard Gonthier, président de la Chambre d'Agriculture : "L'année n'a pas été bonne pour la production dans tous les secteurs. Pensez... avec trois tempêtes et un peu de sécheresse !"

Des millions de pertes

Alors les blocages, c'est la goutte d'eau qui ne fallait pas. "Depuis le début des manifestations, nous sommes à 1,8 million d'euros de pertes sur la partie maraîchère. Et jeter 600 tonnes de produits frais sur un marché, comme la semaine dernière à Saint Pierre, présente des risques sanitaires, le développement des mouches et de la bactériose. La filière laitière a perdu la semaine dernière 200 000 euros, en jetant 300 000 litres de lait".

Mais là n'est pas le pire, si l'on ose dire : "Le problème, c'est que les exploitations n'ont plus de fourrage, de grains pour les bêtes. Tout est stocké dans les bateaux qui ont été dérivés vers Port Louis, puisque le port est bloqué. Que vont faire les éleveurs s'ils ne peuvent plus nourrir leur cheptel ?"

Et les planteurs qui ne peuvent plus livrer leurs cannes ? A Tereos, les deux sucreries sont à l'arrêt depuis le 19 novembre. "On a un peu travaillé le lundi matin, mais après, les planteurs ne livraient plus à cause des blocages. De toute façon, nos employés étaient eux aussi bloqués", explique Christine Lebon, chargé de communication. "Plus de 90000 tonnes de cannes, dont la richesse et la masse s’amenuisent, sont en attente d’être réceptionnées", confirme Jean-Bernard Gonthier. La solution viendra-t-elle d'un allongement de la campagne sucrière ? " C'est en commission interprofessionnelle que l'on peut prendre cette décision, explique Christine Lebon. Pour l'instant, nous n'en sommes pas là, parce qu'il faut déjà remettre la filière en route et pour cela il faut que les blocages soient levés."

Des mesures exceptionnelles

Pour le président de la Chambre d'Agriculture, à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Si la Chambre d'Agriculture a autorisé les maraîchers à vendre leurs produits le long des routes, la chambre consulaire attend aussi de l'Etat des mesures de poids, voire même des mesures d'exception, pour tenter d'enrayer la catastrophe économique que La Réunion se prend de plein fouet. "Le moral des agriculteurs est au plus bas, je vous l'assure", conclut Jean-Bernard Gonthier.

ml/www.ipreunion.com

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