Océan Indien par Imaz Press, mardi 7 septembre 2021 à 02:59
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Terres australes et antarctiques françaises : la gestion de l’extraordinaire, au service de la science

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L’aventure moderne, c’est bien la science, et cette dimension prend une importance croissante dans la mission du préfet et administrateur supérieur des Terres australes et antarctiques françaises, territoire du grand lointain s’il en est... Les Terres australes et antarctiques françaises constituent, en effet, un territoire d’Outre-mer extraordinaire, par leur extension sur 9000 km, entre les 11e et 66e parallèles Sud, et la seule collectivité indemne de coronavirus aujourd’hui, parce que le maintien, l’entretien, le ravitaillement et la logistique de ces terres, stations et bases éparpillées dans l’immensité océanique exigent une rigueur extrême dans l’organisation et le fonctionnement.

Au nombre des missions des TAAF, des compétences du préfet et administrateur supérieur Charles Giusti, " assurer le soutien à la recherche scientifique et à la protection de l’environnement, les marqueurs d‘une souveraineté exemplaire… "

Il eût fallu un Saint-Exupéry pour dire toute la charge poétique contenue dans la mission souveraine assumée par Charles Giusti XIXe administrateur supérieur des TAAF, préfet des manchots, des albatros, entre autres tortues marines, fous masqués et sternes fuligineuses…

Préfet du grand lointain, de tous ces bouts du monde, de la Grande Glorieuse (11e parallèle Sud), à l’ouverture du canal de Mozambique, Nord-Ouest de Madagascar… à la base antarctique Dumont d’Urville (66e parallèle Sud), en Terre Adélie, 9000 km à vol d’oiseau, chichement parsemés d’îles, les Kerguelen, l’archipel Crozet, les îles Saint-Paul et Nouvelle-Amsterdam, qui balisent 2 386 277 km2 de zone économique exclusive pour 7 500 km de terres émergées et 2 709 km de côte.

Et sans doute faut-il être marin, aviateur, chercheur ou poète, pour ainsi naviguer grand large, tracer des sillages aussi solitaires, administrer, dans la plénitude du terme, par-delà l’horizon, en tant que représentant de l’État et chef d’un exécutif territorial, cette collectivité à statut particulier que constituent les TAAF, pays et territoire d'outre-mer (PTOM), associé à l’Union Européenne…

Le préfet des TAAF - qui a fait carrière dans la Marine Nationale - doit assumer et exercer sur ce territoire qu’il administre, toutes les compétences qui incombent à l’État, assurer ordre public, sécurité et protection des personnes qui y vivent, travaillent ou transitent, veiller à l'exécution des lois, des engagements internationaux, des règlements et des décisions gouvernementales, affirmer la souveraineté française, par la surveillance des territoires, la lutte contre la pêche illicite, la piraterie…

- 40e rugissants, 50e hurlants, 60e déferlants -

Il s’agit peut-être d’un " privilège ", encore faut-il avoir l’étoffe des grands administrateurs de l’État, mais en aucun cas d’une sinécure, d’autant que s’ajoutent à ces compétences, le devoir et la volonté de " faire du soutien à la recherche scientifique et à la protection de l’environnement, les marqueurs d‘une souveraineté exemplaire ", souligne Charles Giusti.

Cette responsabilité d’administrateur supérieur des TAAF, qui fut parfois considérée avec quelque malice comme un exotique placard administratif, s’impose aujourd’hui comme un poste avancé sur des immensités océaniques relativement préservées des impacts anthropiques, et en conséquence convoitées par toute une internationale de la connaissance au chevet de la planète, du changement climatique, de la cyclogénèse, de l’étude des cycles du carbone…

Un continuum à haute valeur patrimoniale et scientifique d’autant plus précieux qu’il est difficilement accessible, que les activités humaines y sont rares, de même que les moyens d’observations, y compris depuis l’espace, parce que la couverture nuageuse de l’océan Austral limite de beaucoup l’efficacité des observations satellitaires ; or l’océan Austral est le plus gros réservoir de CO2 de la planète, il absorbe approximativement un tiers du carbone atmosphérique…

C’est encore sur l’océan Austral que soufflent 40e rugissants, 50e hurlants, 60e déferlants, ainsi nommés en référence aux parallèles qui les déterminent, et aujourd’hui " plus forts que jamais depuis 1.000 ans ", selon une étude de l’Australian National University (ANU) communiquée en 2014 dans la revue Nature Climate Change.

Autant d’atouts et de difficultés qui sont intrinsèquement liés au maintien vital de logistiques considérables à surmonter, ce dont les TAFF ont fait une spécialité, assurant sans faillir le lien avec des équipes éparpillées sur sites et bases, entre canal de Mozambique et Terre Adélie. Finalement, pour Charles Giusti et ses équipes, le quotidien, c’est la gestion de l’extraordinaire, au service de la grande aventure de la science.

- Les TAAF, en 2020, ont aidé et assisté 363 scientifiques -

L’océan Austral est décidément au cœur de l’actualité scientifique et internationale. Le 8 juin dernier, l’océan Austral a été reconnu comme un océan à part entière, en sus de l’Arctique, de l’Atlantique, de l’Indien et du Pacifique, par la National Geographic Society, et le seul à déterminé par un courant marin, la Grande dérive d'Ouest, ou Courant Circumpolaire Antarctique (ACC).

Et à l’issue de la dernière réunion consultative du traité sur l’Antarctique (RCTA) qui s’est tenue à Paris du 14 au 24 juin derniers, l’Institut polaire du Wilson Center en s’appuyant sur son rapport intitulé " Changement climatique et résilience de l’océan Austral ", a lancé une alerte internationale, insistant sur le fait que l’océan Austral, pour être un puits de carbone stockant jusqu’à 35 % du CO2 en surplus dans l’atmosphère, ne pourra absorber beaucoup plus de dioxyde de carbone sans susciter une acidification des eaux océaniques qui entraînerait des perturbations en chaîne sur les réseaux trophiques océaniques, à l’échelle régionale et mondiale. Ce qui conduirait " à une perte de la biodiversité, à une modification des processus biologiques, à une évolution de la répartition géographique des espèces…"

Le réchauffement (global), qui provoque celui de la température des eaux du courant circumpolaire antarctique par la fonte des glaciers qu’il entoure, entraînera une élévation mondiale du niveau de la mer de plusieurs mètres…

Pour y remédier ou tenter d’en limiter les effets, il faudrait créer de nouveaux sanctuaires marins en Antarctique. Et la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR), partie prenante des actions menées dans le cadre du Traité sur l’Antarctique, devrait prendre en compte plus avant l’impact du changement climatique dans la gestion des stocks halieutiques, l’effort de pêche appliqué aux espèces concernée ; et ce dans le but d’en renforcer la résilience, la capacité d’adaptation. Dans ce domaine, les TAFF sont à la pointe de l’action.

Charles Giusti tient à mettre en exergue le soutien et l’accompagnement des TAAF aux acteurs de la recherche. " Pour les Iles Eparses, nous avons mis en place des consortiums de recherche avec l’Université de La Réunion, l’IRD, l’Ifremer, le CNRS, entre autres acteurs régionaux de la recherche, pour lancer des appels à projets et soutenir la biodiversité et l’étude des changements climatiques. Les implantations des TAAF constituent des sanctuaires au sein de zones océaniques immenses et non occupées. D’où leur intérêt scientifique, car le respect de la biodiversité originelle rend possible l’observation des paramètres liés au changement climatique. (…) Dans les seules Iles Eparses on recense 4600 espèces différentes, dans les terres Australes 260 espèces marines, mais avec de très importantes populations en termes de répartition planétaire.

- Une réserve naturelle et d’une station scientifique-

Le président Macron, lors de son voyage aux Glorieuses en 2019 a décidé la création d’une réserve naturelle et d’une station scientifique. C’est chose faite depuis le 8 juin dernier, l’archipel des Glorieuses a été classé réserve naturelle nationale, structure qui succède au Parc naturel marin créé neuf ans plus tôt (…) dans les Iles Eparses, avec la protection des espèces, des récifs, les sanctuaires produisent un effet " réserve " et donc de nurserie qui profite à l’ensemble des zones environnantes… "

Les TAAF, en 2020, dans le cadre de leurs partenariats avec les vecteurs de la recherche française - l’Institut Polaire Français (IPEV), l’Institut français de recherche et de l’exploitation de la mer (Ifremer), l’Office français de la Biodiversité (OFB), le Museum National d’Histoire Naturelle (MNHN), le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS-Inee), l’Université de La Réunion, le Centre Universitaire de Formation et de Recherche de Mayotte (CUFR Mayotte), l’Institut de recherche et de développement (IRD), le Centre national d’études spatiales (CNES), le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) - ont aidé et assisté, jusqu’à 363 scientifiques engagés dans 69 programmes de recherche.

En terre Adélie comme dans les Terres australes françaises, le préfet Giusti précise que " les programmes scientifiques nationaux et internationaux sont coordonnés par l’IPEV dans l’étude de l’évolution de la biodiversité et du climat… " Il souligne notamment l’excellence du site de " Pointe Bénédicte, ou Pointe B, la station atmosphérique internationale de référence implantée à Amsterdam (GIEC, NASA) qui offre à la France une place stratégique dans le réseau global de surveillance de l’atmosphère (Organisation Mondiale de la Météorologie) ".

Pointe Bénédicte est une station de mesure des gaz à effet de serre. La plus ancienne station de mesures des concentrations de CO2… 40 ans, cette année, de mesures ininterrompues. Sa situation privilégiée, à plus de 3000 km de toute influence anthropique, permet de procéder à relevés de référence, car dans ce secteur de l’hémisphère Sud, les masses d’air sont particulièrement pures, les dépressions circulent sans être freinées par le moindre obstacle. Pointe B est en conséquence avec la station d'Hawaï, l’un des deux sites mondiaux de référence.

- Les TAAF en 2020 -

- 2,3 millions de km2 de ZEE (zone économique exc lusive) - 129 000 km parcourus par le Marion Dufresne et L’Astrolabe - 3 000 tonnes de matériels acheminés sur les territoires 30 000 m2 d’infrastructures entretenues 69 programmes de recherche accueillis et soutenus 250 espèces dans la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises - 4.646 espèces dont 80% d’espèces marines dans les îles Eparses

pl/www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

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