L’opposition dénonce une "fraude électorale massive"

Comores : le président sortant Azali Assoumani réélu

élections aux Comores photo GIANLUIGI GUERCIA / AFP

Selon les résultats officiels, annoncé mardi 27 mars 2019, le chef de l’Etat comorien sortant, Azali Assoumani, a été réélu dès le premier tour de la présidentielle, avec 60,77% des suffrages. Ce résultat est rejeté par l’opposition qui crie au "coup d’Etat à travers une élection entachée de fraudes". Les opposants qualifient le scrutin de "mascarade". La manifestation "pacifique" organisée ce lundi par l’opposition, a été durement réprimée, faisant 12 blessés dont 3 candidats, selon les hôpitaux.

Le colonel Azali Assoumani, au pouvoir depuis 2016, a écrasé son principal adversaire, Mahamoudou Ahamada, du parti Juwa, arrivé en deuxième position avec 14,62% des suffrages, selon les chiffres communiqués par le président de la Commission électorale, Djaza Ahmed Mohamed.

Le camp présidentiel s'est félicité de cette victoire, qui n'a suscité aucun réaction immédiate dans les rues de la capitale, Moroni. "Nous sommes heureux d'avoir gagné au premier tour comme on l'avait annoncé", a réagi Ali Houmed Msaidié, directeur de campagne du président-candidat. "Maintenant, nous allons tout faire pour (...) relancer le développement économique, principale préoccupation de la population" de ce petit archipel pauvre de l'océan Indien, a-t-il assuré.

L'opposant Mahamoudou Ahamada a immédiatement "rejeté les résultats", dénonçant, dans une interview à l'AFP, "un coup d'Etat militaire à travers une élection présidentielle". Il a appelé "la communauté internationale à ne jamais reconnaître la réélection d'Azali" entachée, selon lui, de nombreuses fraudes.

L'opposition et la société civile comoriennes ont dressé un bilan accablant du scrutin de dimanche, dénonçant des bureaux saccagés, des urnes bourrées ou confisquées par la gendarmerie et des assesseurs de l'opposition empêchés de faire leur travail...

Avant même l'annonce des résultats, les douze adversaires du chef de l'Etat sortant avaient déjà prévenu qu'ils les considéraient comme nuls et non avenus. "Nous utiliserons tous les moyens civils pour nous débarrasser du pouvoir", avait promis le colonel Soilihi Mohamed, dit "Campagnard".

- Bureaux de vote saccagés -

Un "hold-up électoral" dénoncé dans les rues de Moroni lundi 25 mars 2019. Ils étaient réunis à l’hôtel Golden Tulipe ce mardi 26 mars 2019. " La solution sage serait d'organiser dans les plus brefs délais des élections dignes d'un pays civilisé" a déclaré à la presse Mahamoudou Ahamada, le candidat du parti Juwa. Les opposants politiques font état de bureaux saccagés et fermés avant l’heure officielle et d’urnes confisquées par la gendarmerie. Les 12 candidats de l’opposition demandent d’ailleurs à l’Union africaine de ne pas reconnaître ce scrutin, une " mascarade électorale ", selon eux.

"Aucune crédibilité"

"Quels que soient les résultats annoncés, ils n'auront aucune crédibilité", avait estimé Samir Soulaïmane, de la Plateforme citoyenne, un collectif d'ONG, peu avant l'annonce des résultats.

Le ton est plus diplomatique mais les observateurs de l'Union africaine (UA), du Marché commun de l'Afrique orientale et australe (Comesa) et des Forces en attente de l'Afrique de l'Est (EASF) ont livré le même verdict. Ils "déplorent les incidents observés qui n'ont pas permis aux électeurs de sortir massivement pour exercer leur droit civique dans la sérénité", ont-ils écrit, "la situation (...) empêche de se prononcer de façon objective sur la transparence et la crédibilité du scrutin".

RFI rapporte également que dans la journée de lundi, internet et une partie du réseau téléphonique ont été volontairement coupés pendant plusieurs heures. La décision aurait été prise afin d'éviter que des images des manifestations circulent sur les réseaux sociaux.

La Ligue arabe de son côté observe, selon les médias comoriens, que les élections se sont " bien passées ", malgré " quelques incidents ".

Le camp présidentiel a balayé toutes ces critiques. "Je n'ai jamais vu élections plus transparentes dans notre pays", a affirmé très sérieusement M. Daoudou, "nous sommes un pays souverain, personne ne viendra nous imposer quoi que ce soit de l'étranger..."

Des manifestations violentes

La mobilisation venue de l’opposition lundi 25 mars 2019 à Moroni a mal tourné, la gendarmerie ayant fini par disperser les manifestants à l’aide de gaz lacrymogènes. Ils auraient également fait usage de balles en caoutchouc. En tout, les hôpitaux font état de 12 blessés au moins. Parmi eux figureraient 3 candidats à l’élection.

Les partisans de Said Larifou ont annoncé de leur côté que leur chef de file était blessé " à la cuisse ". Le candidat a depuis posté un message affirmant qu’il va mieux, et que le " combat continue. "

Le gouvernement parle d’élections "transparentes"

Le ministre de l’Intérieur Mohamed Daoudou a estimé que "les incidents relevés ne sont pas de nature à entacher la sincérité du scrutin" et n’avoir " jamais vu élections plus transparentes dans [le] pays ". Il a également affirmé qu’il était nécessaire de maintenir l’ordre public. " Il n’est pas question de les laisser faire ", a-t-il déclaré à nos confrères de l’AFP. Plusieurs militaires ont défilé dans la ville par la suite, par mesure de " précaution ".

Le ministre a par ailleurs tenu à rappeler la circulaire publiée par le préfet du centre, interdisant toute forme de rassemblement dans la capitale. Il appelle également la population à ne pas " céder à la manipulation " mise en place selon lui par l’opposition. Le préfet dispose aussi des forces de l’ordre pour interrompre les manifestations non autorisées par la préfecture, comme le rappelle comores-infos.

A 60 ans, Azali Assoumani a été la tête du pays Azali Assoumani a dirigé le pays au cours de deux mandats de 1999 à 2002, puis de 2002 à 2006. Il est revenu au pouvoir en avril 2016. Ses opposants l'accusent deouis des mois de multiplier les coups de force pour s'accrocher au pouvoir. Ils citent notament avec ce texte, adopté par référendum en 2018, qui étend de un à deux mandats de cinq ans la durée de la présidence. Ce qu a permis à Azali Assoumani de se représenter.

mm/www.ipreunion.com avec l'AFP

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