Présidentielle croate : un social-démocrate bat la conservatrice sortante

© afp.com - Denis LOVROVIC

Un ancien Premier ministre social-démocrate prônant une Croatie de tolérance désireuse de tourner la page des guerres passées a remporté la présidentielle dimanche devant la conservatrice sortante qui n’est pas parvenue à séduire la droite radicale, selon un sondage réalisé à la sortie des bureaux de vote.

Le second tour de cette élection est survenu quelques jours après l'accession de la Croatie à la présidence tournante d'une Union européenne qui devra gérer l'après-Brexit.

Le scrutin a révélé la montée en puissance de la droite dure dans un pays qui fait face à la pression de migrants à ses frontières et est confronté comme ses voisins balkaniques à une corruption endémique ainsi qu'à l'exode massif de ses habitants.

Mais les Croates ont préféré la "Croatie normale" promise par le social-démocrate Zoran Milanovic à la "Croatie authentique" que la sortante Kolinda Grabar-Kitarovic affirmait être la seule à représenter avec le HDZ conservateur.

Selon un sondage réalisé à la sortie des bureaux de vote rendu public par la télévision publique HRT, Zoran Milanovic a obtenu 53,25% des suffrages contre 46,75% à la présidente sortante.

L'enquête ne prend pas en compte les voix des 170.000 membres de la diaspora mais, d'après les analystes, l'écart est trop important pour que la candidate soutenue par le HDZ conservateur puisse le rattraper.

Zoran Milanovic, un ancien diplomate de 53 ans, a promis pendant la campagne de faire de la Croatie une démocratie où les droits de tous soient respectés. "La Croatie, c'est une République pour tous, pour des citoyens égaux", a-t-il martelé.

Kolinda Grabar-Kitarovic, 51 ans, qui était devenue en 2015 la première cheffe de l'Etat croate, avait perdu au fil de la campagne sa confortable avance sur ses rivaux. Malgré ses appels du pied à la droite nationaliste, ses références répétées à son patriotisme et à la guerre d'indépendance de 1991-1995, elle n'a pas su convaincre les électeurs ayant voté au premier tour pour un chanteur de la droite populiste (qui a obtenu 25% de suffrages) de revenir dans le giron conservateur.

- "Un pays normal, honnête" -

Zoran Milanovic n'a eut de cesse quant à lui de rappeler que "la guerre était finie" et qu'il était temps pour la Croatie de "lutter pour sa place en Europe".

Le social-démocrate a répété en votant que le scrutin "n'était pas une bataille contre quelqu'un mais une tentative pour devenir un pays normal, honnête".

En Croatie, les fonctions de chef de l'Etat sont largement honorifiques.

Mais la défaite de la présidente sortante va singulièrement compliquer la tâche du HDZ et du Premier ministre modéré Andrej Plenkovic aux législatives prévues pour l'automne.

La présidente conservatrice se présentait en mère de famille comme les autres, mettant en avant ses origines modestes. Ses contempteurs lui reprochaient cependant de nombreuses gaffes.

Mme Grabar-Kitarovic a également été critiquée pour avoir relativisé les crimes du régime oustachi collaborateur de l'Allemagne nazie pendant la Deuxième guerre mondiale, qui suscite une nostalgie croissante en Croatie.

De leur côté, les fans du vainqueur voient en lui un homme intelligent et ambitieux même s'il est considéré comme étant un snob pas ses opposants.

Ses partisans avaient salué en 2011 l'arrivée à la tête du gouvernement d'un homme exempt des accusations de corruption entachant la réputation de bon nombre de membres du HDZ. Mais son cabinet avait déçu, incapable de combattre le clientélisme ambiant ou de développer l'économie.

Zoran Milanovic arrive à la présidence dans un pays qui a pris le 1er janvier la tête de l'UE pour six mois. Quatre sujets principaux sont à l'ordre du jour : les relations entre l'UE et Londres après le Brexit, le désir d'adhésion de pays des Balkans occidentaux, le changement climatique et le prochain budget pluriannuel de l'UE.

La Croatie est le dernier pays a être entré dans l'UE, en 2013. Mais son économie, fortement dépendante du tourisme, figure parmi les plus faibles des Etats membres. L'adhésion a accéléré l'exode de Croates qui vont chercher une vie meilleure ailleurs en Europe mais qui fuient aussi le clientélisme ou la piètre qualité des services publics.

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