Nucléaire : l’Iran et les Etats-Unis haussent le ton malgré la médiation française

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L’Iran a menacé mercredi de réduire sans attendre ses engagements nucléaires tandis que les Etats-Unis ont renforcé leurs sanctions et exclu de relâcher la pression, rendant plus compliquée encore la médiation française pour amorcer un dialogue entre Téhéran et Washington.

Jugeant que cette initiative avait peu de chance d'aboutir avant jeudi, date butoir fixée par Téhéran, le président iranien Hassan Rohani a annoncé que son gouvernement dévoilerait d'ici là une nouvelle phase "extrêmement importante" de sa stratégie de désengagement progressif de l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien.

Ses effets seront "remarquables", a-t-il dit sans plus de précisions.

Donald Trump a claqué la porte en 2018 de l'accord international signé trois ans plus tôt avec l'Iran pour l'empêcher de se doter de la bombe atomique, qu'il juge insuffisant. Depuis, les Etats-Unis ont imposé à Téhéran des sanctions de plus en plus dures, interdisant toute vente de pétrole iranien.

En représailles, les autorités iraniennes ont commencé depuis mai à revenir sur certaines restrictions imposées à leur programme nucléaire (augmentation des stocks d'uranium enrichi au-delà de la limite fixée par l'accord de Vienne, enrichissement de ce minerai à un niveau prohibé par ce texte, soit plus de 3,67%). Et le 7 juillet, elles ont donné 60 jours, jusqu'à ce jeudi, aux autres signataires de l'accord pour les aider à contourner les sanctions américaines qui paralysent l'économie iranienne, sous peine de les voir s'affranchir d'autres obligations.

Menés par la France, les Européens, qui restent attachés au texte de 2015, ont donc redoublé d'efforts diplomatiques pour désamorcer la tension entre l'Iran et les Etats-Unis, qui a failli tourner à l'affrontement militaire direct en juin et reste très forte.

Hassan Rohani a fait état de progrès dans ces négociations avec les Européens, même s'il n'y a pas encore d'"accord définitif". Il s'était voulu rassurant en affirmant mardi que l'Iran restait prêt à discuter avec ses partenaires même en cas de nouvelle réduction des engagements sur le nucléaire.

- Ligne de crédit -

Le gouvernement français a toutefois averti que Téhéran enverrait "clairement un mauvais signal" en se déliant encore un peu plus de l'accord de Vienne.

La France voudrait créer les conditions pour une rencontre entre Donald Trump et Hassan Rohani en marge de l'Assemblée générale de l'ONU fin septembre à New York. "Tout est possible", a lancé mercredi le président américain, interrogé sur une telle possibilité, alors même que son homologue iranien a semblé fermer la porte ces derniers jours.

Concrètement, Paris tente d'offrir à l'Iran une ligne de crédit pour lui apporter une partie de la bouffée d'oxygène financière que l'accord de 2015 était censé lui procurer mais que les sanctions américaines lui ont retirée.

Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, qui était lundi à Paris, a assuré que son gouvernement était prêt à revenir à une mise en oeuvre totale des engagements nucléaires en échange d'une telle ligne de crédit d'environ 15 milliards de dollars.

Selon une source diplomatique française, ce montant correspond à environ un tiers des exportations iraniennes d'hydrocarbures en 2017, et les fonds avancés grâce à la ligne de crédit en cours de négociation seraient remboursés via des ventes futures de pétrole.

Reste à connaître l'attitude américaine, et le détail du mécanisme.

Lors du sommet du G7 à Biarritz, en France, Donald Trump avait fait mine fin août de se montrer ouvert face à cette option. Mais faut-il auparavant que les Etats-Unis desserrent l'étau en allégeant leurs sanctions contre les ventes de pétrole iranien? Ou cela peut-il se faire à sanctions américaines inchangées dans un premier temps?

Le message venu de Washington semble en tout cas celui de la fermeté.

"Nous n'entendons pas accorder d'exceptions ou de dérogations", a martelé mercredi l'émissaire américain pour l'Iran, Brian Hook.

Mais il n'a pas totalement fermé la porte à la proposition de la France, dont le ministre de l'Economie Bruno Le Maire est venu mardi discuter à Washington. Donald Trump a dit qu'il était prêt à envisager un geste "quand les conditions seront réunies", a expliqué l'émissaire américain, avant d'éluder: "il n'y a pas de proposition concrète, nous n'allons pas commenter quelque chose qui n'existe pas".

Pour l'instant, "les Etats-Unis intensifient leur campagne de pression maximale", a-t-il encore insisté, annonçant de nouvelles sanctions contre un "réseau" de transport maritime accusé de vendre illégalement du pétrole iranien au régime syrien de Bachar al-Assad au profit des Gardiens de la révolution, le corps d'élite de l'armée iranienne, et du mouvement chiite libanais Hezbollah.

mots clés de l'article : France , Iran , nucléaire , diplomatie , UE , sanctions , USA

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