New York, épicentre américain de l’épidémie, réclame un confinement national

© afp.com - Angela Weiss

Les autorités de New York, désormais épicentre américain de l’épidémie de coronavirus, qu’un responsable fédéral a comparé à l’Italie, ont appelé lundi Donald Trump à déclarer un confinement coercitif national et à ordonner au secteur privé de fabriquer d’urgence masques et respirateurs.

La première métropole américaine, capitale économique du pays avec 8,6 millions d'habitants, connue pour son habitat particulièrement dense, comptait lundi matin plus de 12.000 cas, soit près du tiers des cas américains.

L'Etat lui-même comptait plus de 20.800 cas - soit plus de la moitié des cas américains - et 157 morts.

"Il faut que ces mesures de confinement (fermant les activités non essentielles et obligeant les gens à rester chez eux, ndlr), qu'ont prises New York et la Californie, soient partout" aux Etats-Unis, a insisté le maire Bill de Blasio. "Il faut qu'on prenne ces mesures extrêmes".

"Malheureusement, on voit que New York se rapproche de l'Italie", a estimé Jerome Adams, administrateur fédéral de la santé publique, en déplorant que les gens n'appliquent pas sérieusement les recommandations fédérales de confinement, non coercitives, annoncées la semaine dernière, pour 15 jours.

"Les chiffres que l'on voit reflètent ce qui se passait il y a deux semaines. Trop de gens attendent trop longtemps pour utiliser ces 15 jours pour arrêter sérieusement la propagation", a déploré M. Adams.

M. de Blasio comme le gouverneur de l'Etat de New York ont aussi relancé leurs appels aux autorités fédérales pour qu'elles ordonnent aux entreprises privées de fabriquer respirateurs et masques, qui manquent cruellement aux Etats-Unis, comme à beaucoup d'autres pays.

"Oui, c'est une affirmation du pouvoir du gouvernement sur des entreprises privées, et alors? C'est une urgence nationale", a souligné le gouverneur Andrew Cuomo. "On ne peut plus continuer à être fourni au coup par coup".

- Donald Trump hésitant -

Pour l'instant, le président Donald Trump a résisté à imposer de telles mesures, inquiet de leur impact sur l'économie, même si environ un Américain sur trois est déjà censé vivre confiné.

"Nous ne pouvons laisser le remède être pire que le problème lui-même", a-t-il tweeté lundi encore.

Le président, qui avait initialement minimisé l'épidémie, a indiqué qu'il prendrait une décision à l'expiration du délai de 15 jours fixé pour les recommandations fédérales.

Pour la seule ville de New York, le maire a réclamé l'envoi d'urgence de "centaines de respirateurs et de centaines de milliers puis de millions de masques".

"S'ils ne commencent pas à arriver cette semaine, nous arriverons au point où des gens ne pourront pas être sauvés alors qu'ils auraient pu l'être", a-t-il alerté, soulignant que les choses allaient empirer en avril et en mai.

"Il y a quelques jours encore, je croyais qu'on pourrait tenir jusqu'en avril, mais ça va si vite maintenant que je ne peux même plus dire ça".

New York attend aussi l'aide de la Garde nationale et du Corps d'ingénieurs de l'armée américaine pour mettre en place des lits d'hôpitaux supplémentaires.

Le grand centre de conférences du Javits Center, à Manhattan, désormais déserté, doit être transformé en centre hospitalier avec une capacité de 1.000 lits.

M. De Blasio a indiqué qu'il espérait qu'il serait "opérationnel" cette semaine, et M. Cuomo devait s'y rendre ce lundi.

- "Nervosité" -

Face à cette situation de plus en plus dramatique, l'anxiété montait chez les habitants de cette ville devenue soudainement étrangement calme.

Après l'entrée en vigueur dimanche soir de nouvelles règles limitant l'activité aux entreprises jugées essentielles, la ville de New York, symbole d'hyper-activité et de décibels permanents, était anormalement silencieuse.

Même si bus et taxis continuent à circuler, les rues étaient quasi-désertées, les chantiers de construction à l'arrêt.

Christian Hofer, 42 ans, père d'une famille de deux enfants pourtant très organisée face à l'épidémie, a confié dimanche avoir du mal à garder son calme.

Le plus dur, a-t-il dit à l'AFP, est "de ne pas savoir combien de temps cela va durer".

"Je passe par tout un éventail d'émotions, allant de la nervosité à un sentiment d'absurde: j'ai vu un meme (montage comique, ndlr) sur internet qui disait, nos grands-parents ont été appelés à la guerre, nous, nous sommes appelés à rester sur le canapé, ça aide à mettre les choses en perspective".

"Je fais de la télé-thérapie avec mes patients, je n'avais jamais fait ça auparavant", a expliqué de son côté Lauren, psychologue, qui n'a donné que son prénom.

"J'essaie de leur donner des choses calmantes à faire, et de leur dire qu'ils ne sont pas seuls, et de me rendre plus disponible".

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