Meurtre de Daphne Caruana : Malte dans le collimateur de l’Union européenne

© afp.com - ANDREAS SOLARO

L’affaire du meurtre en 2017 de la journaliste d’investigation Daphne Caruana Galizia, qui enquêtait sur la corruption à Malte, a placé l’île dans le collimateur de l’Union européenne qui a insisté mardi pour que l’enquête soit menée à son terme "sans aucune ingérence politique".

Alors qu'une délégation de parlementaires européens se trouve pour deux jours à Malte afin d'y voir plus clair sur cette affaire qui fait vaciller le pouvoir, la vice-présidente de la Commission européenne, Vera Jourova a exprimé lundi son "inquiétude" au ministre maltais de la Justice.

La commissaire tchèque a aussi "insisté pour que l'enquête soit menée à son terme, sans aucune ingérence politique", lors cet entretien téléphonique rapporté mardi par un porte-parole.

De son côté, l'eurodéputée libérale Sophie in't Veld, arrivée la veille à La Valette, a estimé que l'affaire Daphne Caruana avait "sérieusement entamé" la confiance de l'Union européenne dans l'indépendance de la justice à Malte.

"La coopération au sein de l'UE est basée sur la confiance et je pensais que c'était très évident pour tout le monde", a déclaré l'élue néerlandaise.

Mme in't Veld mène une délégation de sept membres du Parlement européen arrivée lundi soir sur l'île et qui y restera jusqu'à mercredi.

Cette mission urgente avait été annoncée, de source parlementaire européenne, en raison d'"interrogations sur l'indépendance du système judiciaire et de graves accusations de corruption aux plus hauts niveaux".

La délégation a rencontré mardi le Premier ministre maltais Joseph Muscat, le président George Vella et d'autres hauts responsables policiers et judiciaires ainsi que la famille de la journaliste assassinée.

La rencontre avec M. Muscat "a été froide et tendue", a affirmé le député allemand Sven Giegold.

"Aucun d'entre nous ne comprend pourquoi il ne démissionne pas immédiatement. Il ne donne aucune bonne raison. Il dit juste que quelqu'un doit mener les affaires de l'Etat. Mais le pays est déjà dans le chaos", a-t-il ajouté.

Daphne Caruana Galizia, qui enquêtait sur la corruption à Malte, a été tuée dans l'explosion de sa voiture piégée le 16 octobre 2017.

M. Muscat, qui a annoncé qu'il quitterait ses fonctions le 12 janvier, est accusé par la famille de Daphne Caruana, par l'opposition ainsi que des mouvements civiques d'être intervenu pour protéger son chef de cabinet Keith Schembri mis en cause dans l'affaire. Tous réclament son départ immédiat.

- "Justice pour Daphne" -

"Tant que Joseph Muscat sera en poste, il sera là pour se protéger et protéger Keith Schembri. Il a des pouvoirs sur l'enquête, ce qui est une situation très dangereuse", a déclaré mardi à l'AFP Corine Vella, soeur de Daphne Caruna.

"La justice pénale à Malte présente des lacunes. Il n'y a pas de séparation réelle des pouvoirs, trop de pouvoirs sont concentrés entre les mains du Premier ministre", a-t-elle dénoncé.

Les manifestations se sont multipliées ces dernières semaines à Malte, notamment à l'initiative d'ONG qui n'ont de cesse de réclamer "justice pour Daphne".

"Muscat protège des gens, y compris son chef de cabinet, Keith Schembri, et ce faisant, il se protège lui-même", a déclaré mardi Lizzie Eldrige, de l'ONG Occupy Justice.

"Muscat est compromis. Il a entaché la plus haute fonction du gouvernement et à présent il s'en sert pour couvrir ses traces, pour protéger ceux dont nous, les gens, avons besoin d'être protégés", a ajouté la militante dans une déclaration lue aux journalistes devant le quartier général de la police maltaise.

Au passage de la délégation d'eurodéputés venus rencontrer le chef de la police, quelques dizaines de manifestants ont crié "Justice!", "Arrêtez Muscat!", "Arrêtez Schembri !".

M. Schembri, désigné comme le véritable commanditaire du meurtre de Daphne Caruana par un homme d'affaires inculpé dans le dossier, et dont le nom figurait dans des enquêtes de la journaliste qui travaillait sur la corruption, a démissionné en milieu de semaine dernière, en même temps que le ministre du Tourisme, Konrad Mizzi.

Entendu par les enquêteurs, M. Schembri est ressorti libre jeudi, déclenchant la colère de la famille Caruana Galizia qui a argué qu'"au moins deux témoins et de multiples indices impliquent Schembri dans l'assassinat".

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