Meurtre de Daphne Caruana : la pression s’intensifie sur le Premier ministre Muscat

© afp.com - Matthew Mirabelli

Les appels à la démission se sont multipliés vendredi à Malte visant le Premier ministre Joseph Muscat, accusé par la famille de la journaliste Daphne Caruana d’être intervenu dans l’enquête sur son assassinat en protégeant son chef de cabinet et en refusant de grâcier un homme d’affaires qui voulait donner des informations sur le meurtre.

La famille Caruana Galizia a dit, dans un communiqué, "partager la colère et le choc" des Maltais après la remise en liberté surprise jeudi de Keith Schembri, "ami proche du Premier ministre et son ancien chef de cabinet".

"Nous demandons au Premier ministre de céder sa place à un adjoint ne présentant pas de conflit" d'intérêt, a poursuivi la famille.

"Au moins deux témoins et de multiples indices impliquent Schembri dans l'assassinat de notre femme et mère", a dénoncé la famille, en fustigeant le Premier ministre qui "continue de jouer les juges, le jury et l'exécuteur (de peines) dans une enquête qui implique trois de ses plus proches collègues".

Le journal Times of Malta a assuré que M. Muscat s'apprêtait à démissionner sous la pression de son gouvernement, mais celui-ci a assuré qu'il n'en était pas question: "Je veux que ce dossier soit bouclé sous ma supervision".

Dans la nuit de jeudi à vendredi, M. Muscat a annoncé après six heures d'un conseil des ministres agité selon les médias, le rejet d'une mesure d'immunité pour Yorgen Fenech, un homme d'affaires suspecté du meurtre de Daphne Caruana Galizia, en échange d'informations.

M. Fenech, co-propriétaire du groupe familial Tumas, actif dans l'hôtellerie, l'automobile et l'énergie, est considéré par la famille de Daphne Caruana comme l'un des commanditaires de l'assassinat. Selon un intermédiaire, chauffeur de taxi et usurier, qui a obtenu une grâce en échange d'informations, les trois meurtriers de la journaliste avaient reçu 150.000 euros pour la tuer.

Le Premier ministre a assuré que le refus de l'immunité pour Fenech avait été décidé à l'unanimité du conseil des ministres, sur recommandation du ministère de la Justice et de la police. Certains médias locaux affirment que plusieurs ministres n'étaient pas d'accord.

Une manifestation est prévue vendredi en fin d'après-midi pour réclamer la démission de M. Muscat. Ce sera la sixième en deux semaines, depuis l'arrestation spectaculaire de Fenech, le 20 novembre, alors qu'il fuyait l'archipel sur son yacht de luxe.

Selon des sources policières, M. Fenech a désigné Schembri comme le vrai "commanditaire" du meurtre. La police a toutefois remis en liberté le chef de cabinet, assurant n'avoir "pas de nécessité de le maintenir en état d'arrestation".

"Yorgen Fenech a avoué le meurtre, il a le même médecin que Schembri et ce médecin renvoyait les messages de Schembri à Fenech pendant qu'il (Fenech) était en état d'arrestation. Malgré ces indices criminels, la police vient de relâcher Schembri", a dénoncé sur Twitter l'un des trois fils de Daphne, Matthew Caruana Galizia.

- "Chaque minute qui passe" -

Le chef du Parti nationaliste (opposition conservatrice) Adrian Delia a estimé que "chaque minute qui passe où Muscat reste à son poste accroît le risque que la justice ne soit pas rendue".

Il y a quelques jours, l'organisation Reporters Sans Frontières s'était dite inquiète "de possibles interférences politiques dans l'enquête".

Trois hauts responsables du gouvernement, proches de Muscat, ont quitté leurs fonctions cette semaine: M. Schembri d'abord puis deux ministres, ceux du Tourisme Konrad Mizzi et de l'Economie Chris Cardona.

Daphne Caruana Galizia avait été tuée à 53 ans dans l'explosion de sa voiture piégée en 2017. Elle avait creusé la partie maltaise de l'enquête liée aux Panama Papers et découvert des documents attestant que des sociétés panaméennes appartenant à Mizzi, alors ministre de l'Energie, et au chef de cabinet Schembri avaient reçu 2 millions d'euros d'une société de Dubaï, 17 Black, pour des services non précisés.

Le groupe Daphne Project qui a repris les investigations de la journaliste a découvert que la 17 Black appartenait à Yorgen Fenech, une information corroborée récemment par la magistrature grâce à une série d'arrestations pour blanchiment, dont celle du chauffeur de taxi.

Le Parlement européen a annoncé l'envoi d'une mission à Malte, à une date qui devrait être annoncée lundi, en raison des "interrogations sur l'indépendance du système judiciaire et de graves accusations de corruption aux plus hauts niveaux".

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