Les petites mains de la restauration au chômage à Houston

© afp.com - Karen Ducey

Jusqu’à la semaine dernière, Ashlyne était barmaid. La jeune femme de 22 ans vient de perdre son emploi à cause du coronavirus et le printemps risque pour elle de se transformer en une longue série d’allers-retours en voiture, à acheminer des livraisons de nourriture de la cuisine des restaurants jusqu’à la porte des clients.

Sur ordre du gouverneur et dans l'optique de limiter la propagation du COVID-19, tous les bars et les salles de restaurants du Texas ont fermé.

Faute de ressources, le restaurant de quartier où elle travaillait pourrait baisser le rideau pour de bon si les deux semaines de fermeture prévues par les autorités venaient à se prolonger.

Ashlyne se dit "abattue" et inquiète. Son conjoint a également été licencié et le couple craint que leur loyer mensuel de 1.800 dollars devienne impossible à payer. "Je vais probablement devoir quitter mon appartement et vendre mon pick-up", confie la jeune femme dont les indemnités chômage s'élèveront à environ 1.000 dollars par mois, un tiers de son salaire.

Avec les qualifications dont elle dispose, la barmaid dispose de peu d’options pour retrouver du travail. Des grandes enseignes de la distribution comme Amazon, Walmart, Kroger et H-E-B ont annoncé recruter massivement aux Etats-Unis. Sont notamment recherchées des personnes pour réapprovisionner pendant la nuit les rayons pris d’assaut par les clients, paniqués par la possibilité d’un confinement total et de pénuries.

Mais Ashlyne Collins est réticente. "Je pense que c’est dangereux", justifie-t-elle, regrettant qu'il n'y ait "pas de prime de risque" pour ces employés qui "sacrifient leur santé".

- "Très précaire" -

Elle a quand même postulé auprès de certaines enseignes mais pense que son profil sera noyé dans le flux des candidatures envoyées cette semaine par des centaines de personnes dans sa situation.

Avec leur système d’embauche en ligne, presque automatique, les applications de livraison de nourriture comme Uber Eats ou DoorDash paraissent plus abordable à l’ancienne barmaid même si le contact direct avec la nourriture livrée aux clients lui semble "vraiment risqué".

Un constat partagé par Jessica Kunzat, une serveuse qui travaillait à temps partiel dans un restaurant de fruits de mer de Houston jusqu’à la semaine dernière. Pour elle, Uber Eats et consorts sont une solution de repli envisageable tant que les restaurants continuent à préparer des commandes pour les particuliers.

L’étudiante en génie mécanique qui travaillait à Floyds Cajun Seafood depuis sept ans a perdu son emploi mercredi dernier. "Ils nous ont promis de nous réembaucher quand le restaurant rouvrira, mais personne ne sait quand ça se produira", déplore-t-elle.

Pour l’instant, Jessica conserve son deuxième emploi: reporter pour le média étudiant de l’université de Houston. La fermeture du campus et le transfert en ligne des cours pourrait toutefois avoir des répercussions sur son travail dans les prochaines semaines. "Se retrouver dans cette crise mondiale et perdre son emploi en plein milieu de la crise, ça fait se sentir très précaire", confie la jeune femme.

Le Texas comptait au moins 352 cas officiellement déclarés de nouveau coronavirus selon le Département de santé publique texan. La région de Houston en comptait au moins 182.

Alors que plus d'un Américain sur trois vivait en confinement, le gouverneur républicain du Texas Greg Abbott a répété dimanche qu’il laissait cette décision entre les mains des autorités locales.

Certaines villes comme Dallas ont ordonné à partir de lundi la fermeture de tous les commerces non-essentiels. A Houston, les écoles, bars et discothèques ont fermé et les rassemblements de plus de dix personnes sont interdits mais la population n'est pas confinée.

Du premier au 14 mars, les services du chômage texans ont reçu plus de 37.000 demandes de couverture chômage, rapporte le Houston Business Journal.

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