Guerre et Iran : les démocrates veulent brider les pouvoirs de Trump

© afp.com - Brendan Smialowski

Donald Trump et les démocrate s’écharpaient jeudi autour de la crise avec l’Iran, l’opposition défiant le président américain en s’apprêtant à voter une résolution, largement symbolique mais politiquement cinglante, pour limiter son pouvoir de lancer des opérations militaires contre Téhéran.

"Je n'ai pas l'obligation" de solliciter le Congrès avant d'ordonner d'éventuelles nouvelles frappes, s'est indigné le milliardaire.

"Et je ne devrais pas avoir à le faire", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche, "car on doit parfois prendre des décisions en une fraction de seconde".

Majoritaires à la Chambre des représentants, les démocrates ne décolèrent pas depuis la frappe américaine qui a tué un puissant général iranien, Qassem Soleimani, la semaine dernière, suivie de frappes de missiles iraniens mercredi sur des bases utilisées par l'armée américaine en Irak.

Disant craindre une "grave escalade des tensions", la présidente démocrate de la Chambre, Nancy Pelosi, accuse l'administration de Donald Trump d'avoir, pour éliminer Soleimani, mené une opération "disproportionnée et provocatrice" sans "consulter le Congrès", seul habilité à déclarer la guerre selon la Constitution.

"L'Amérique et le monde ne peuvent se permettre une guerre", a-t-elle déclaré jeudi.

Tout en déplorant le manque apparent, selon elle, de stratégie de la Maison Blanche, Mme Pelosi a pris soin de dénoncer les actions "terribles" de l'Iran et de Qassem Soleimani.

Symbolique mais défiant le président, ce texte sera soumis au vote en fin d'après-midi à la Chambre où il devrait être adopté sans problème, compte tenu de la large majorité démocrate.

Il semble toutefois moins probable qu'il passe ensuite le cap du Sénat, contrôlé par les républicains (53-47), même si deux sénateurs de ce parti le soutiennent, indignés par le fait que le Congrès n'ait pas été mieux informé.

Même si la résolution passait les deux étapes du Congrès, elle n'aurait pas valeur de loi.

Il ne s'agit que d'un "vote spectacle", a taclé le chef de la minorité républicaine, Kevin McCarthy. "Je ne laisserai personne mépriser une déclaration" officielle du Congrès, a lancé Nancy Pelosi.

Donald Trump a appelé jeudi son camp à rejeter la résolution, en affublant au passage son adversaire d'un surnom moqueur.

"J'espère que les républicains de la Chambre voteront contre la résolution sur les pouvoirs d'entrer en guerre de Nancy la folle", a-t-il tweeté.

- Iran, soutien "du terrorisme" -

Présentée par une élue démocrate et ex-analyste de la CIA, Elissa Slotkin, le texte exhorte le président à "mettre fin à l'emploi des forces armées américaines pour mener des hostilités en ou contre l'Iran, ou contre tout membre de son gouvernement ou de son armée".

Il se base sur la "War Powers Resolution", voté en 1973 sur la fin de la guerre du Vietnam, pour contraindre le président américain à obtenir un vote du Congrès pour toute intervention militaire de plus de 60 à 90 jours.

La résolution reconnaît toutefois le "droit inhérent" du gouvernement à agir pour défendre les Etats-Unis "face à une attaque armée imminente".

Le texte souligne que le gouvernement iranien "soutient le terrorisme" et que le général Soleimani était "le principal architecte de la plupart des activités déstabilisatrices de l'Iran à travers le monde".

Il avance néanmoins que l'élimination du général puis la riposte iranienne "risquent de mener à une escalade significative des hostilités".

"Le Congrès n'a pas autorisé le président à employer la force militaire contre l'Iran", poursuit la résolution.

C'est ce point qui a provoqué la rupture des deux sénateurs républicains.

Farouche défenseur des pouvoirs du Congrès, le conservateur Mike Lee est sorti outré mercredi d'un briefing donné par de hauts responsables de l'administration Trump car certains leur avaient déclaré, selon lui, que les parlementaires ne devraient pas "débattre du bien-fondé" d'opérations militaires contre l'Iran.

"Cela va à l'encontre des valeurs américaines" et "c'est anticonstitutionnel", a-t-il tonné, en annonçant qu'il avait donc décidé de voter pour une résolution similaire lorsqu'elle serait présentée au Sénat, comme un autre républicain, Rand Paul.

Les républicains faisaient toutefois en majorité bloc derrière le président, le sénateur Lindsey Graham accusant même ses deux collègues de "renforcer l'ennemi" en soutenant cette résolution.

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