Guaido veut placer le Venezuela en état d’alerte

© AFP - Matias DELACROIX

L’opposant vénézuélien Juan Guaido a réuni lundi le Parlement pour lui demander de décréter "l’état d’alerte" et a lancé un appel à de nouvelles manifestations mardi, alors qu’une panne d’électricité paralyse le pays depuis jeudi.

Le vote concernant l'état d'alerte, phase préliminaire avant l'état d'urgence, était attendu dans l'après-midi, après les prises de parole.

Devant l'Assemblée réunie en session extraordinaire, la seule institution contrôlée par l'opposition, M. Guaido a appelé "toute la population" du Venezuela à manifester de nouveau à Caracas et "partout" ailleurs mardi à 15H00 heure locale (19H00 GMT)

"Demain, à trois heures, tout le Venezuela dans les rues !", a lancé le président par interim autoproclamé.

"Non, la situation n'est pas normale au Venezuela et nous n'allons pas laisser se normaliser cette tragédie", a-t-il insisté, énumérant les nombreuses pénuries, dont celle de l'eau qui devient particulièrement aigüe au quatrième jour de cette panne gigantesque.

Dimanche, le ministre de l'Intérieur Vladimir Padrino assurait que le pays était calme et qu'il n'y avait "rien à signaler".

En tant que président intérimaire reconnu par plus d'une cinquantaine de pays, Juan Guaido a demandé aux "ambassadeurs" qu'il a nommés pour le représenter à l'étranger de coordonner le soutien international au Venezuela.

Pour le président en exercice Nicolas Maduro, cette panne géante qui affecte l'ensemble du pays est due à une attaque "cybernétique" fomentée par les Etats-Unis avec l'opposition contre la principale centrale hydroélectrique vénézuélienne.

Une explication qualifiée de "scénario hollywoodien" par M. Guaido, qui a dénoncé devant les députés "la corruption et l'impéritie" des services de l'Etat chargés de l'électricité - la production et la distribution d'électricité ont été réunies et nationalisées en 2007.

Le courant reste instable dans les quartiers de Caracas lundi, même si les feux de signalisation fonctionnent à nouveau dans la métropole. Certains commerces ont également repris leur activité, les transactions électroniques étant en partie rétablies.

- explosion -

Mais la crise énergétique se poursuit bel et bien : lundi à l'aube, une installation électrique a explosé à Caracas pour des raisons inconnues et des magasins ont été pillés dimanche.

L'eau et la nourriture commencent à manquer. A tel point que le gouvernement a annoncé qu'il allait commencer lundi des distributions dans les quartiers populaires.

Le président socialiste Nicolas Maduro a décrété une nouvelle journée chômée pour les administrations et les écoles lundi, faute de transports publics.

Sur la scène diplomatique, Washington a sanctionné lundi la banque russe Evrofinance Mosnarbank pour son "soutien" au pouvoir en place à Caracas. Concrètement, les avoirs d'Evrofinance Monsnarbank aux Etats-Unis ou détenus par des Américains sont gelés et il est interdit aux ressortissants américains d'échanger avec cette institution.

Le gouvernement de Donald Trump, qui avait déjà annoncé une série de sanctions économiques, notamment contre la compagnie pétrolière publique PDVSA, avait fait savoir la semaine dernière qu'elle étendrait ces sanctions aux institutions financières étrangères "impliquées dans une aide à des transactions illégales bénéficiant à Nicolas Maduro et à son réseau corrompu".

M. Guaido ne disposera pas des moyens de faire appliquer un état d'alerte: il n'a pas la main sur l'armée, ni sur la police ou sur le reste de la fonction publique, qui sont sous le commandement du président Maduro.

Mais en agissant ainsi, il ouvre la voie à une intervention étrangère au nom de l'aide humanitaire.

La confrontation entre MM. Guaido et Maduro dure depuis le 23 janvier, date à la quelle Juan Guaido, 35 ans, s'est proclamé président par intérim. Il conteste la réélection de son rival au cours d'un scrutin jugé frauduleux par la communauté internationale.

La situation reste également confuse dans les hôpitaux et en province, où des pillages étaient signalés lundi à Maracaibo.

Depuis jeudi 16h50 (20h50 GMT), le Venezuela est privé de lumière, d'eau ainsi que de moyens de transport et de communications.

Selon des ONG, la panne a déjà provoqué la mort d'au moins 15 malades dans les hôpitaux - dont très peu sont équipés de générateurs en état de marche - mais, en l'absence de bilan officiel et de moyens de communications, il est impossible de savoir ce qui se passe exactement dans ce pays.

Ces bilans ont été démenti dimanche après-midi par le ministre de la Santé Carlos Alvarado.

La centrale hydroélectrique de Guri, dans l'Etat de Bolivar (sud), à l'origine de de la panne, dessert environ les trois quarts du Venezuela. M. Maduro a dénoncé une nouvelle "attaque cybernétique" dans la "guerre électrique" livrée selon lui par les Etats-Unis. Le gouvernement a affirmé qu'il fournirait à l'ONU "des preuves" de ces accusations.

mots clés de l'article : politique , diplomatie , énergie , électricité , Venezuela , carburants

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