Géorgie : l’opposition affiche son union contre le pouvoir

© afp.com - Vano SHLAMOV

L’opposition géorgienne a affiché mardi une union rare face au parti au pouvoir, créant un "conseil consultatif" pour poursuivre le mouvement de protestation dans ce pays du Caucase après la dispersion au canon à eau de centaines de manifestants réunis devant le Parlement.

"Tous les partis de l'opposition géorgienne ont mis en place un conseil consultatif et se sont mis d'accord pour que le mouvement en cours soit permanent et continue jusqu'à ce que notre objectif de désoligarquiser la Géorgie soit accompli", a déclaré aux journalistes le dirigeant du parti travailliste, Chalva Natelachvili.

Des milliers de protestataires se réunissent depuis plusieurs semaines dans le centre de Tbilissi, la capitale du pays, pour réclamer la démission du gouvernement et des élections législatives anticipées.

Lundi, 20.000 personnes se sont à nouveau retrouvées dans la rue, plusieurs centaines bravant les températures hivernales pour rester sur place la nuit, bloquant les entrées du Parlement où une session plénière devait se tenir mardi.

Dans la matinée, la police anti-émeute a dispersé la foule au canon à eau. Vingt-huit manifestants ont été arrêtés et plusieurs ont été blessés pendant cette opération de police, selon un communiqué du ministère de l'Intérieur.

Les dirigeants de l'opposition ont dénoncé ce recours à la force et prôné des "protestations permanentes", affichant une union inhabituelle contre le parti Rêve géorgien présidé par le puissant oligarque Bidzina Ivanichvili.

Mardi soir, plusieurs centaines de manifestants étaient de retour devant le parlement et des discussions étaient en cours sur les modalités de la suite du mouvement.

Des protestations secouent la Géorgie depuis le rejet mi-novembre par les députés du Rêve géorgien, le parti au pouvoir, d'un projet de loi prévoyant la suppression du mode de scrutin mixte et l'introduction de la proportionnelle pour les législatives d'octobre 2020.

- "Pieds d'argile" -

Giga Bokeria, du parti Géorgie européenne, a déclaré à l'AFP qu'une séance parlementaire prévue mercredi avait été annulée et que les manifestants "reprendront le blocage du parlement" si nécessaire. La prochaine grande manifestation est prévue la semaine prochaine, a-t-il ajouté.

L'opposition estime que le système électoral actuel favorise le parti au pouvoir, qui dispose de 77% des sièges au Parlement après avoir obtenu 48,7% des suffrages lors des élections de 2016.

"Le régime d'Ivanichvili a des pieds d'argile", a affirmé à l'AFP Tina Bokoutchava, responsable du principal parti d'opposition, le Mouvement national uni de l'ex-président Mikheïl Saakachvili, dénonçant aussi "les violences policières" en marge des manifestations.

"Le mouvement prend de l'ampleur et atteindra son objectif -- nous forcerons Ivanichvili à introduire un système électoral honnête", a-t-elle assuré. De son côté, Rêve Géorgien a exclu de convoquer des élections anticipées et a rejeté une proposition de compromis de l'opposition prévoyant des amendements législatifs.

L'introduction de la proportionnelle était une promesse du Rêve géorgien faite en juin pour mettre fin à une vague de protestation déclenchée par la participation de députés russes à un forum au Parlement géorgien, alors que les deux pays se sont opposés lors de l'intervention de l'armée russe en Géorgie en 2008.

Les manifestations de juin avaient été violemment réprimées, et la police avait fait plusieurs dizaines de blessés, dont une jeune femme qui a perdu un oeil, en tirant des balles en caoutchouc.

Conduit par l'homme le plus riche de Géorgie, Rêve géorgien est au pouvoir depuis 2012 mais sa popularité a fortement baissé ces derniers mois, sur fond de stagnation économique et de craintes d'un recul des acquis démocratiques de cette ex-république soviétique.

mots clés de l'article : opposition , manifestation , politique , police , Géorgie