Espagne : allié avec Podemos, Pedro Sanchez se maintient au pouvoir

© afp.com - PIERRE-PHILIPPE MARCOU

Le socialiste espagnol Pedro Sanchez a obtenu mardi d’extrême justesse la confiance des députés pour se maintenir au pouvoir et former cette semaine un gouvernement minoritaire en coalition avec la gauche radicale de Podemos, après de longs mois de blocage politique.

Après un débat parlementaire très dur, 167 députés sur 350 ont voté pour l'investiture du socialiste, 165 contre et 18 se sont abstenus lors de ce deuxième vote de confiance où seule une majorité relative lui suffisait.

Un résultat salué par les applaudissements des socialistes.

Sur les bancs de Podemos, dont le chef Pablo Iglesias a fini par fondre en larmes, les poings se sont levés et le slogan "si, se puede" ("oui, nous pouvons") a retenti alors que cette formation héritière du mouvement des Indignés va entrer pour la première fois au gouvernement.

"Une période de modération, de progrès et d'espérance s'ouvre aujourd'hui", a assuré sur Twitter M. Sanchez, arrivé au pouvoir en juin 2018 mais qui expédiait les affaires courantes depuis le mois de mars.

Dimanche, le socialiste avait perdu un premier vote, faute d'avoir obtenu la majorité absolue.

Le fait qu'il ait été investi de justesse laisse toutefois présager une législature compliquée pour le socialiste à la tête du premier exécutif de coalition dans le pays depuis la fin de la dictature franquiste en 1975.

Cette très faible marge a même obligé une députée de Podemos, atteinte d'un cancer et qui n'avait pas voté dimanche en raison de sa maladie, à venir dans l’hémicycle mardi.

Au delà des voix de Podemos et de plusieurs petits partis dont les nationalistes basques du PNV, Pedro Sanchez doit sa reconduction à l'abstention, arrachée après de longues négociations, des 13 députés du parti séparatiste catalan ERC (Gauche Républicaine de Catalogne).

- Iglesias au gouvernement -

Vainqueur affaibli des élections de novembre, le socialiste avait scellé 48 heures après le scrutin un accord surprise avec Podemos alors qu'il assurait encore en septembre que gouverner avec cette formation l'empêcherait de dormir...

Pablo Iglesias sera l'un des vice-présidents du nouveau gouvernement qui promet un virage à gauche au grand dam du patronat: hausse de la fiscalité pour les plus riches et les grandes entreprises, abrogation partielle de la réforme controversée du marché du travail adoptée en 2012 par les conservateurs, encadrement des loyers....

Ce nouveau gouvernement semble toutefois difficilement en mesure de mettre fin à l'instabilité chronique qui mine depuis 2015 la quatrième économie de la zone euro, où quatre élections législatives ont eu lieu en quatre ans dont deux en 2019.

Avec seulement 155 députés socialistes et Podemos, il devra négocier d'arrache-pied le vote de toutes ses lois et en premier lieu du budget.

"Le paysage politique reste complexe. Le nouveau gouvernement sera minoritaire, les tensions en Catalogne peuvent s'exacerber à nouveau", souligne Steven Trypsteen, économiste de la banque ING.

Et "le ralentissement économique pourrait être un obstacle de plus pour un gouvernement qui sera affaibli d'entrée par l'étroite marge de manœuvre" budgétaire dont il disposera, selon Javier Rivas, professeur à l'EAE Business School de Barcelone.

- Catalogne -

En échange de l'abstention du parti séparatiste catalan ERC, les socialistes ont promis la tenue d'une négociation entre le gouvernement central et l'exécutif régional indépendantiste pour résoudre le "conflit politique sur l'avenir de la Catalogne".

Les résultats de cette négociation seront soumis au vote des Catalans. Les socialistes se sont empressés de préciser qu'il ne s'agirait jamais du référendum d'autodétermination que les séparatistes réclament.

Riche région du nord-est de l'Espagne qui a tenté de faire sécession en 2017, la Catalogne a été secouée en octobre par des manifestations parfois violentes après la condamnation à la prison de neuf dirigeants séparatistes.

L'alliance entre les socialistes et ERC a été attaquée avec véhémence par la droite et l'extrême droite de Vox, troisième force politique du pays, qui a appelé ses sympathisants à manifester dimanche contre le gouvernement accusé d'être "illégitime".

"Ce gouvernement contre l'Espagne est le plus radical de notre histoire (...) Votre seule patrie, c'est vous-même (...) Vous avez déjà franchi le Rubicon", a lancé le chef du Parti Populaire (droite), Pablo Casado, à M. Sanchez.

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