Enquête russe : "Pas de collusion" clame Trump après une cascade de révélations

© AFP - SAUL LOEB, Brendan Smialowski

Le président américain Donald Trump a de nouveau balayé samedi les accusations de collusion de sa campagne en 2016 avec la Russie, mais il s’est bien gardé de commenter sa première mise en cause directe par la justice dans un dossier périphérique, celui des sommes d’argent versées à deux maîtresses présumées pour acheter leur silence.

"APRES DEUX ANS ET DES MILLIONS DE PAGES DE DOCUMENTS (et un coût au-dessus de 30.000.000 de dollars), PAS DE COLLUSION!", a tweeté de bon matin le locataire de la Maison Blanche.

Par touches successives, le procureur spécial Robert Mueller, chargé d'enquêter sur l'ingérence russe dans l'élection présidentielle de 2016, dresse le tableau d'une équipe Trump entretenant des contacts réguliers avec la Russie.

Dans une série de documents judiciaires publiés vendredi, il affirme ainsi qu'un intermédiaire russe a proposé à l'équipe de campagne de Donald Trump une coopération "politique" avec Moscou dès novembre 2015.

Michael Cohen, ex-avocat de Donald Trump, a reconnu avoir été en contact en novembre 2015 -huit mois avant que M. Trump ne soit investi comme le candidat du parti républicain- avec un Russe affirmant être "une personne de confiance" du gouvernement. Mais selon le mémo du procureur, M. Cohen a indiqué ne pas avoir donné suite à cette proposition.

Si aucun élément public n'apporte pour l'instant la preuve d'une collusion avec la Russie, les révélations vendredi montrent l'étendue des investigations menées par le bureau du procureur spécial.

Et l'inquiétude est palpable chez le président américain, mesurée par son nombre de tweets consacrés à l'enquête qu'il qualifie à tout va de "chasse aux sorcières" et au procureur Mueller, qu'il dénigre sans cesse.

- "Agi en coordination" avec Trump -

Mais les documents publiés vendredi contiennent une autre révélation de taille. La responsabilité personnelle de Donald Trump pourrait être engagée dans l'achat du silence de deux maîtresses présumées - Karen McDougal, une playmate du magazine Playboy et Stormy Daniels, actrice pornographique - afin d'éviter un scandale sexuel avant l'élection présidentielle.

L'homme clé de ce dossier est Michael Cohen, ancien avocat et homme de confiance du magnat de l'immobilier.

Dans un document judiciaire dévoilé vendredi soir, l'homme de 52 ans est présenté comme "ayant joué un rôle central" pour empêcher ces deux femmes disant avoir eu une liaison avec son patron de raconter publiquement leur histoire.

"Comme Cohen l'a lui-même reconnu, pour ces deux paiements, il a agi en coordination et sous la direction" du candidat Donald Trump.

"En relation avec les deux paiements, Cohen a agi avec l'intention d'influencer l'élection présidentielle de 2016", dit le procureur de New York pour qui les versements d'argent à ces deux femmes constituent par conséquent des financements de campagne illégaux.

"Pendant la campagne, il y a eu violation de la loi (...) Et maintenant nous avons le président impliqué dans cela", a réagi sur CNN John Garamendi, membre démocrate de la Chambre des représentants, évoquant avec beaucoup de prudence la possibilité d'une procédure de destitution du président, très hypothétique dans la configuration politique actuelle.

Donald Trump est de son côté resté muet sur cette mise en cause.

Michael Cohen s'était entendu avec le magazine National Enquirer, dirigé par un ami de Donald Trump, pour qu'il achète l'exclusivité de l'histoire de Karen McDougal. Avec pour but de l'étouffer.

Et l'ex-avocat a avancé de sa poche les 130.000 dollars payés à Stormy Daniels pour le prix de son silence.

Les services du procureur de New York ont travaillé en concertation avec Robert Mueller qui a obtenu la collaboration de Michael Cohen dans l'enquête russe. Ils ont estimé que les actes de l'ex-avocat dépeignaient un "comportement criminel grave" et ont demandé pour lui une importante peine de prison. Il sera fixé là-dessus mercredi prochain.

- Mensonges de Manafort -

Dans l'enquête russe aux ramifications complexes, M. Mueller a aussi détaillé vendredi tous les mensonges reprochés à Paul Manafort, l'ex-directeur de campagne de Trump, qui avait pourtant promis de coopérer avec le procureur spécial et risque maintenant une peine de prison plus sévère.

M. Manafort, qui est poursuivi pour des malversations antérieures à 2016, aurait notamment menti sur ses contacts avec un homme d'affaires russe, Konstantin Kilimnik, que les responsables américains soupçonnent de travailler pour les services renseignements de Moscou.

mots clés de l'article : justice , Enquête , politique , Russie , USA

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