El Chapo, ses propriétés, ses jets privés et ses fauves exposés à New York

© AFP/Archives - ALFREDO ESTRELLA

Cure de rajeunissement en Suisse, résidence balnéaire à Acapulco avec son yacht "Chapito", ranchs aux quatre coins du Mexique, jets privés, parc animalier avec fauves : El Chapo a vécu comme un pacha a témoigné mardi un de ses ex collaborateurs, à son procès à New York.

Au début des années 90, transporter de la cocaïne colombienne vers les Etats-Unis, la spécialité de Joaquin Guzman alias "El Chapo", était "le meilleur métier du monde", a raconté à la barre Miguel Angel Martinez, un ancien pilote et gérant d'El Chapo, qui coopère aujourd'hui avec la justice américaine moyennant protection.

Avant d'être arrêté pour la première fois en 1993 au Guatemala, El Chapo pouvait recevoir, selon lui, jusqu'à trois avions remplis des recettes de son trafic: chaque avion, contenant huit à dix millions de dollars, atterrissait "presque chaque mois" à Mexico depuis la ville de Tijuana, à la frontière avec les Etats-Unis.

El Chapo, né dans la pauvreté dans les montagnes de Sinaloa avant de co-diriger le puissant cartel du même nom, n'était ni économe, ni radin.

- Voyageur du monde -

"Dans les années 90, il avait quatre avions, des maisons sur toutes les plages, des ranchs dans tous les Etats (du Mexique)", a expliqué M. Martinez. Sa résidence d'Acapulco avait coûté 10 millions de dollars.

"Nous voyagions dans le monde entier, au Brésil, en Argentine, dans toute l'Europe, au Japon, à Hong Kong, en Thaïlande, au Pérou, à Cuba, en Colombie, au Panama...", pour le travail, pour le plaisir, ou à Macao pour parier, a-t-il énuméré.

En Thaïlande, El Chapo voulait acheter de l’héroïne blanche à 10.000 dollars le kilo, pour la revendre à 130.000 dollars le kilo aux Etats-Unis. Mais le projet a capoté lorsque l'homme qui devait distribuer la drogue aux Etats-Unis, Raul Santana, a été arrêté.

El Chapo, qui à 61 ans n'a aucun cheveu blanc, s'est aussi rendu en Suisse, "dans une clinique où on t'injecte des cellules pour rester jeune", a indiqué M. Martinez.

Dans sa propriété de Guadalajara, avec piscines et courts de tennis, Joaquin Guzman avait aussi un parc animalier, avec "des tigres, des lions, des panthères et des cerfs", dans laquelle il se déplaçait en petit train.

En plus de ses luxueuses résidences, El Chapo dépensait 10 à 12 millions de dollars par mois en pots-de-vin pour s'assurer la protection de la police, en systèmes de communication sophistiqués et pour entretenir "quatre ou cinq femmes", selon M. Martinez.

- Cadeaux à gogos -

Il faisait aussi de nombreux cadeaux. Il a ainsi offert une Rolex avec diamants à M. Martinez, en plus des quelque trois millions de dollars perçus par ce dernier pendant les années où il a travaillé pour El Chapo.

Il lui a aussi demandé une fois d'acheter plus de 50 voitures, d'une valeur de quelque 35.000 dollars chacune, pour offrir à ses collaborateurs pour Noël.

El Chapo gardait son argent dans des compartiments secrets conçus par son architecte dans les maisons qu'il possédait à travers le Mexique.

M. Martinez a aussi témoigné avoir apporté des millions de dollars à des banques mexicaines, dans des valises, qu'il faisait changer en pesos mexicains moyennant pots-de-vin versés aux employés.

Quand on lui demandait d'où venait l'argent, il répondait qu'il exportait des tomates.

M. Martinez a reconnu être devenu accro à la cocaïne, allant jusqu'à en consommer quatre grammes par jour.

"On m'a perforé la cloison nasale, et on m'a mis du cartilage" en 1991 ou 1992 a-t-il expliqué, assurant ne plus prendre de cocaïne depuis 20 ans.

Depuis le banc des accusés, El Chapo, qui risque la perpétuité dans ce procès et fait l'objet de mesures de sécurité très strictes après deux évasions au Mexique en 2001 et 2015, a écouté sa déposition sans quitter le témoin des yeux.

Dans l'assistance, sa femme, Emma Coronel, 29 ans, avec laquelle il a eu deux jumelles, écoutait aussi, tête baissée.

Un peu plus tôt mardi, elle avait été accusée par les procureurs d'avoir cherché à communiquer avec son mari par l’intermédiaire d'un avocat, via un téléphone portable qu'elle avait avec elle au tribunal la semaine dernière, alors qu'elle n'y a pas droit.

Mais le juge Brian Cogan a semblé satisfait des explications de la défense, qui a affirmé qu'elle n'avait utilisé le téléphone qu'à des fins de traduction.

mots clés de l'article : Procès , drogues , USA

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