Destitution : une ex-ambassadrice américaine témoigne malgré l’interdiction de la Maison Blanche

© afp.com - Andrew CABALLERO-REYNOLDS

L’ex-ambassadrice des Etats-Unis en Ukraine a affirmé vendredi que Donald Trump avait fait pression durant des mois pour son rappel à Washington sur la base de "fausses accusations", lors d’une audition très attendue dans l’enquête pour une procédure explosive de destitution contre le président républicain.

Il s'agit de la première audition organisée au Congrès depuis que la Maison Blanche a déclaré mardi la guerre aux démocrates, en annonçant qu'elle cesserait toute coopération avec leurs investigations.

Mais malgré l'interdiction de la Maison Blanche, une brèche s'est ouverte vendredi pour les démocrates avec, coup sur coup, le témoignage de la diplomate Marie Yovanovitch et l'annonce que l'ambassadeur américain auprès de l'Union européenne, Gordon Sondland, acceptait de venir à son tour jeudi prochain.

Les démocrates ont expliqué avoir appris jeudi soir que la diplomatie américaine interdisait, sur ordre de la Maison Blanche, à Mme. Yovanovitch de venir témoigner. Ils ont riposté en lui adressant une assignation et la diplomate était finalement entendue au Congrès depuis 10H00 (14H00 GMT).

Son témoignage pourrait offrir une percée aux démocrates. Ils espèrent en apprendre plus sur les pressions potentiellement exercées par Donald Trump sur l'Ukraine afin que Kiev cherche des informations compromettantes sur son potentiel rival démocrate Joe Biden.

Cette demande est au coeur de l'enquête ouverte par l'opposition afin de constituer un dossier de mise en accusation ("impeachment") contre le président américain.

Au printemps dernier, Mme Yovanovitch avait brusquement été sommée de rentrer à Washington "dans le prochain avion", a-t-elle raconté aux élus à huis clos, selon plusieurs médias américains.

Le numéro deux du département d'Etat américain, John Sullivan, lui avait alors expliqué qu'il existait une "campagne coordonnée contre moi, et que le département était sous la pression du président pour me renvoyer depuis l'été 2018", a déclaré la diplomate de carrière, nommée à ce poste en 2016 sous le président démocrate Barack Obama.

"Je n'arrivais toutefois pas à croire que le gouvernement américain décide de rappeler un ambassadeur en se basant, autant que je sache, sur des accusations infondées et fausses venant de gens aux motivations manifestement douteuses", a-t-elle ajouté.

Les élus veulent notamment déterminer si la diplomate a perdu son poste parce qu'elle n'avait pas coopéré avec la campagne menée par l'avocat personnel de M. Trump, Rudy Giuliani, pour pousser Kiev à enquêter sur les Biden.

- "Il va lui arriver des choses" -

Cet été, Donald Trump avait justement critiqué Mme Yovanovitch lors d'un échange téléphonique avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, au coeur de l'enquête des démocrates.

C'est à cette occasion que M. Trump avait appelé M. Zelensky à enquêter sur Joe Biden et son fils, Hunter, qui siégea de 2014 à 2019 au conseil d'administration d'un grand groupe gazier ukrainien.

Alors qu'elle avait déjà été rappelée à Washington en mai, Donald Trump avait déclaré au président ukrainien que l'ex-ambassadrice "n'annonçait rien de bon".

"C'était bien que vous ayez été le premier à me dire que c'était une mauvaise ambassadrice parce que je suis d'accord avec vous à 100%", avait répondu M. Zelensky, élu fin avril.

Et Donald Trump d'augurer: "Et bien, il va lui arriver des choses."

- Revers juridique -

Le dossier a pris une tournure inattendue avec l'arrestation jeudi de deux hommes d'affaires qui ont aidé M. Giuliani dans ses efforts pour convaincre l'Ukraine d'enquêter sur les Biden.

Lev Parnas et Igor Fruman ont été arrêtés dans le cadre d'une enquête distincte sur des violations des lois sur le financement des campagnes électorales. Selon l'acte d'accusation, ils avaient promis de lever des fonds pour un élu du Congrès en lui demandant... de convaincre "le gouvernement américain de rappeler l'ambassadrice des Etats-Unis en Ukraine".

L'interdiction de témoigner signifiée à Marie Yovanovitch est "le dernier exemple en date des tentatives de l'administration (Trump, ndlr) de cacher les faits aux Américains et d'entraver notre enquête", ont dénoncé vendredi les chefs démocrates des commissions de la Chambre des représentants qui enquêtent en vue d'une destitution.

Sur un autre front, le président a essuyé un revers vendredi: une cour d'appel a confirmé que son ancien cabinet comptable devait fournir au Congrès des documents financiers sur ses affaires entre 2011 et 2018.

mots clés de l'article : Enquête , politique , diplomatie , Ukraine , destitution , USA

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