Dans le Mississippi, suspense autour du dernier duel des élections parlementaires américaines

© AFP - Jim WATSON

Visite de Donald Trump, descentes de personnalités démocrates populaires : la dernière bataille des élections parlementaires américaines se joue mardi dans le Mississippi, lors d’un tour décisif pour un siège au Sénat, où une victoire républicaine semble moins assurée que prévu.

L'élection aurait pourtant dû être gagnée d'avance pour les républicains. Mais une série de déclarations aux connotations racistes de la sénatrice sortante, Cindy Hyde-Smith, ont choqué dans un Mississippi encore profondément marqué par le passé violent de la ségrégation.

Assez pour donner espoir à son opposant démocrate Mike Espy, ancien élu noir de la Chambre des représentants et ex-membre du cabinet de Bill Clinton.

Quelle que soit l'issue du scrutin, les républicains maintiendront leur contrôle du Sénat en 2019, avec 52 sièges sur 100 déjà assurés après les élections de mi-mandat du 6 novembre.

Mais une défaite surprise dans cet Etat Conservateur assénerait un cuisant revers aux républicains, d'autant plus gênant que les démocrates ont par ailleurs enregistré une solide victoire à la chambre basse.

Devant ses supporteurs dans le Mississippi, le président républicain a donc martelé lundi soir avoir "besoin de tous les votes républicains possibles au Sénat" pour défendre son programme sur l'immigration, le droit de porter des armes, les baisses d'impôts et la lutte contre l'avortement.

Atout de choix dans cet Etat conservateur qui lui a donné un net avantage à la présidentielle en 2016, Donald Trump s'est fendu non pas d'un, mais de deux meetings de campagne à la veille du scrutin.

"Nous avons besoin de Cindy Hyde-Smith à Washington. ALLEZ VOTER", a encore tweeté le président mardi matin.

Objectif: anéantir tout espoir des démocrates, qui se sont pris à rêver d'une victoire dans un Mississippi qui n'a pas élu de sénateur démocrate depuis 1982.

Les très rares sondages récents donnent un net avantage, de neuf et dix points, à Cindy Hyde-Smith.

Moins d'un point la séparait de son opposant Mike Espy lors du premier tour, le 6 novembre (41,5% contre 40,6%). Mais Cindy Hyde-Smith avait alors souffert de la candidature d'un candidat d'extrême droite, qui avait siphonné 16,5% des voix. Elle devrait donc bénéficier mardi d'un report de ses voix.

Pourtant les sondages internes des partis ont dû être assez alarmants, ou encourageants selon les camps, pour que les états-majors des deux partis se mettent en sérieux ordre de bataille.

Face à la tournée de Donald Trump lundi, les démocrates ont déployé deux sénateurs noirs populaires dans les derniers jours de la campagne: Kamala Harris et Cory Booker.

- "Valeurs conservatrices" -

C'est Cindy Hyde-Smith elle-même qui a grippé la campagne bien huilée pour sa réélection, avec plusieurs commentaires immédiatement perçus comme ayant une connotation raciste dans cet Etat où la mémoire des nombreux lynchages de Noirs, perpétrés jusqu'à la fin des années 1960, reste douloureuse.

En présentant l'un de ses partisans devant quelques supporteurs, Cindy Hyde-Smith, 59 ans, a ainsi affirmé qu'elle se placerait "au premier rang" si celui-ci l'invitait à une "pendaison publique". Puis elle a salué la "superbe idée" de restreindre l'accès aux urnes des étudiants progressistes, alors que plusieurs Etats ont été accusés de limiter le vote des minorités.

Des mots maladroits qui ont été détournés, s'est défendue Cindy Hyde-Smith.

Les critiques n'ont pas cessé pour autant dans cet Etat où la population noire (37%) est la plus élevée des Etats-Unis.

Un journal local a révélé ce week-end, que la sénatrice sortante, puis sa fille, avaient étudié dans des écoles privées permettant d'éviter aux élèves blancs de partager les salles de classe avec des camarades noirs.

Google, les supermarchés Walmart, la ligue américaine de baseball: plusieurs grands noms ont publiquement demandé à Cindy Hyde-Smith qu'elle leur rembourse les fonds versés à sa campagne.

Ayant fait campagne sur un message rassembleur pour tenter de mobiliser l'électorat noir, les abstentionnistes mais aussi plus de 20% des Blancs nécessaires à sa victoire, Mike Espy a affirmé vouloir "combler les différences".

"Je continuerai à défendre les valeurs conservatrices du Mississippi", a de son côté rappelé Cindy Hyde-Smith, sur scène aux côtés de Donald Trump.

mots clés de l'article : élections , politique , parlement , USA

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