Colombie : appel à une nouvelle grève après six jours de manifestations

© afp.com - Raul ARBOLEDA

Les leaders des manifestations en Colombie ont appelé à une nouvelle grève pour mercredi, la deuxième en moins d’une semaine, contre la gestion du président Ivan Duque, dont l’offre de dialogue n’a pas enrayé un mouvement d’une ampleur inédite.

"Toutes les actions de mobilisation sont maintenues", a déclaré Diogenes Orjuela, président de la puissante Centrale unitaire des travailleurs (CUT), à l'issue d'une réunion mardi avec M. Duque au palais présidentiel Casa de Nariño.

Il s'agissait de la première rencontre entre les organisateurs du mouvement, lancé le 21 novembre, et le chef de l'Etat de droite, très impopulaire après moins de seize mois au pouvoir, mais aucun accord n'a été trouvé.

"Aujourd'hui, nous aurons des manifestations, un concert de casseroles à la mi-journée, des veillées et des cacerolazos dans la soirée, grève pour la journée de demain et nous envisagerons d'autres actions", a ajouté le leader syndical au nom du Comité national de grève.

Sous la pression de la rue, qui conteste ses politiques économiques, sociales et sécuritaires, M. Duque, en fonction depuis août 2018, a lancé dimanche un "dialogue social" pour répondre aux manifestations incessantes, assorties de concerts de casseroles jusque devant son domicile et au parlement.

Depuis six jours, des milliers de personnes protestent dans les rues de Bogota et d'autres villes du pays, où une répression policière parfois brutale a suscité l'indignation.

- Impatience -

La mort lundi d'un étudiant de 18 ans, blessé à la tête au cours du week-end par la police anti-émeute, a amplifié le mécontentement, notamment des jeunes qui réclament la dissolution de cet Escadron mobile anti-troubles (Esmad).

"Il est évident qu'il y a une intention du gouvernement de réprimer et de diaboliser le droit à manifester", a dénoncé Jennifer Pedraza, leader étudiante qui fait partie du comité.

Cette mobilisation contre M. Duque, qui pâtit de 69% d'opinions défavorables selon un récent sondage, intervient dans une climat de crises socio-politiques, sans dénominateur commun, qui secouent l'Amérique latine depuis plusieurs semaines.

Le président de 43 ans, sans expérience politique si ce n'est un mandat de sénateur, fait les frais d'une insatisfaction accumulée au fil des années dans un pays parmi les plus inégalitaires de la région, avec un chômage à 10,1% et près de 50% des travailleurs non déclarés.

Les Colombiens protestent aussi contre la recrudescence de la violence, financée par le narco-trafic, ou les retards dans l'application de l'accord de paix signé en 2016 avec la puissante guérilla des Farc, aujourd'hui désarmée et transformée en parti politique sous le nom de Force alternative révolutionnaire commune.

"L'impatience des citoyens est grande (...) mais il est important de comprendre que les gouvernements ne peuvent faire de promesses, n'ont pas de baguettes magiques pour des solutions miraculeuses et immédiates", a argué M. Duque lundi.

Le gouvernement dénonce une campagne de désinformation et des mensonges alimentant la contestation, bien que le président ait admis la légitimité de certaines revendications, tout en persistant à défendre son programme, dont une réforme fiscale pour accroître les recettes publiques.

- Un dialogue prolongé -

Initialement, les syndicats avaient appelé à la grève pour contrer la volonté du gouvernement de flexibiliser le marché du travail, d'ouvrir le fonds de pension public au secteur privé et de reculer l'âge de la retraite.

Si Bogota est l'épicentre de la mobilisation, des milliers de personnes manifestent aussi régulièrement ailleurs comme à Medellin et à Cali, deuxième et troisième villes du pays.

Des opposants au mouvement ont commencé à se mobiliser lundi, en se rassemblant devant l'hôpital de la police, dans l'ouest de la capitale, en hommage aux 341 membres des forces de l'ordre blessés depuis jeudi lors d'affrontements avec des manifestants.

Bien que les marches aient été en majorité pacifiques, elles ont fait à ce jour quatre morts, un total d'environ 500 blessés, outre 172 personnes détenues et 61 étrangers, la plupart Vénézuéliens, expulsés pour "actes de vandalisme".

Le dialogue proposé par M. Duque jusqu'au 15 mars vise à recueillir les proposition des Colombiens sur la lutte anti-corruption, le chômage, une croissance économique équitable, l'éducation, le renforcement des institutions, l'environnement et la paix.

Selon son coordinateur national Andrés Molano, il s'agit d'élaborer un train de mesures législatives, des initiatives de politiques publiques, et de faire en sorte que les "inquiétudes" des Colombiens soient prises en compte dans les programmes des maires, élus le mois dernier et qui prendront leurs fonctions en janvier.

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