Canada : Trudeau affronte son principal rival lors d’un premier débat très attendu

© afp.com - Dave Chan

A trois semaines de législatives canadiennes plus indécises que jamais, le Premier ministre sortant Justin Trudeau et son principal rival, le conservateur Andrew Scheer, s’affrontent pour la première fois directement mercredi soir lors d’un débat télévisé très attendu.

Le débat, qui se tient à Montréal, oppose M. Trudeau, Premier ministre sortant et chef du parti libéral (centre), Andrew Scheer, son principal rival et chef du parti conservateur (droite), Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique (gauche), et Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois (souverainiste).

Selon la plupart des commentateurs, le candidat libéral part avec un léger avantage: à l'aise dans ce genre d'exercice, M. Trudeau est le seul des quatre candidats à avoir déjà participé à un tel débat. Son aisance en français - langue dans laquelle se dérouleront les échanges - face à un Andrew Scheer plus hésitant, devrait également être un atout.

"M. Trudeau est celui qui a le plus à perdre", estime néanmoins auprès de l'AFP Daniel Béland, professeur de science politique à l'université McGill.

Selon lui, la domination des Libéraux au Québec pourrait être menacée par la remontée rapide dans les sondages du Bloc Québécois, parti qui ne présente des candidats que dans cette province et qui pourrait séduire l'électorat de Justin Trudeau.

"C'est un débat important pour l'électorat francophone", précise M. Béland. Le Québec représente près du quart des 338 sièges en lice au Parlement canadien.

Justin Trudeau, qui s'était illustré lors des débats en 2015, devrait concentrer les critiques de ses adversaires qui vont l'attaquer sur son bilan.

"On dit souvent que les débats peuvent vraiment affecter la course de façon importante, mais souvent, les débats n'ont qu'un impact à court terme", tempère M. Béland.

Deux autres "débats des chefs" sont prévus les 7 (en anglais) et 10 octobre (en français), auxquels participeront aussi la cheffe des Verts Elizabeth May, et le chef du Parti populaire du Canada (droite), Maxime Bernier.

A mi-chemin de la course aux législatives, prévues le 21 octobre, les sondages récents donnent le parti conservateur et le parti libéral au coude-à-coude avec chacun entre 30 et 35% des intentions de vote, suivis de loin par le Nouveau Parti démocratique, le Parti vert, le Bloc québécois et le Parti populaire du Canada.

Entre annonces de baisses d'impôts, de réduction de l'aide internationale et d'éradication du déficit par les conservateurs d'un côté, et promesses de nouveaux logements, de la neutralité carbone d'ici 2050 et d'une régulation plus stricte des armes à feu par les libéraux de l'autre, la campagne électorale, lancée il y a trois semaines, les deux grands rivaux ont peu à peu tracé les contours de leurs programmes.

- Controverses -

Porté par un contexte économique favorable, Justin Trudeau est néanmoins la cible de nombreuses critiques pour avoir nationalisé l'oléoduc Trans Mountain, qui relie les champs de sables bitumineux de l'Alberta à la côte Ouest du Canada, au grand dam des écologistes.

La course à la succession de M. Trudeau a également été ponctuée par la diffusion de documents compromettants pour les deux chefs des principaux partis.

Fin août, avant même le lancement officiel de la campagne, un enregistrement dans lequel Andrew Scheer, 14 ans plus jeune, livre un plaidoyer au Parlement contre le mariage entre personnes de même sexe, avait fait surface.

Justin Trudeau, qui a fait de la défense des droits des minorités son cheval de bataille, avait immédiatement dénoncé les propos tenus par son rival.

Quelques semaines plus tard, c'était au tour du chef libéral d'être rattrapé par des moments gênants de son passé: des photos et une vidéo le montrant grimé de noir ("blackface") à plusieurs reprises entre les années 1990 et 2001 ont paru dans plusieurs médias, ternissant l'image du Premier ministre. Les conservateurs ont rapidement crié à l'hypocrisie.

Justin Trudeau s'est excusé à plusieurs reprises et cet évènement n'a pas eu d'incidence majeure sur les intentions de vote.

En préparation du débat, le Premier ministre sortant, boxeur amateur, a décidé de décocher quelques coups de poing mercredi sur un ring de boxe à Montréal. Si son aura a quelque peu fané en quatre ans de gouvernement, il n'en est rien de sa communication millimétrée.

mots clés de l'article : élections , politique , Canada , télévision , débat

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