Brexit : le Parlement suspendu mardi après un vote sur des élections anticipées

© afp.com - Lorraine O’SULLIVAN

Boris Johnson devrait enregistrer une nouvelle défaite lundi soir avec le rejet probable par les députés britanniques d’élections législatives anticipées, dans une crise politique qui s’est encore aggravée avec l’annonce surprise de la démission prochaine du président de la Chambre des communes, John Bercow.

Cette nouvelle épreuve de force intervient après une série de camouflets infligés par les députés au Premier ministre conservateur, le dernier en date étant l'adoption lundi soir d'un texte pour contraindre le gouvernement à publier des documents confidentiels sur l'impact d'un Brexit sans accord, que l'exécutif est soupçonné d'avoir minimisé.

A l'issue du vote sur des législatives anticipées, attendu dans la nuit, le Parlement sera suspendu jusqu'au 14 octobre, soit deux semaines avant la date prévue pour le Brexit le 31 octobre.

Quelle que soit la décision des députés, le président de la Chambre des communes, John Bercow, a annoncé à la surprise générale qu'il ne se représenterait pas, après dix années dans le fauteuil de "speaker". Accusé ces derniers mois par les partisans d'un Brexit dur d'avoir outrepassé les règlements parlementaires à leur détriment, il a, les yeux embués, salué le sens de "l'intérêt national" des membres de la Chambre.

La suspension du Parlement pour cinq semaines, dénoncée par M. Bercow comme un "scandale constitutionnel", a suscité une vague d'indignation au Royaume-Uni, Boris Johnson étant soupçonné d'avoir manoeuvré pour précipiter le Royaume-Uni vers un divorce sans accord avec l'Union européenne.

Il semble très peu probable que le gouvernement recueille la majorité des deux-tiers nécessaire à la convocation d'un scrutin qu'il souhaitait organiser le 15 octobre, l'opposition voulant s'assurer auparavant que la perspective d'une sortie de l'UE sans accord est écartée et que le Brexit sera repoussé de trois mois, comme le Parlement l'a voté la semaine dernière.

Ce texte oblige le Premier ministre à demander ce report à l'UE s'il n'obtient pas d'accord de sortie d'ici au 19 octobre, juste après un sommet européen. Après l'assentiment donné par la reine Elizabeth II, ce texte de loi visant à éviter un "no deal" est entré en vigueur lundi.

- "Divergences significatives" -

Boris Johnson a assuré lundi encore vouloir un accord, mais Bruxelles et Londres ne parviennent pas à s'entendre sur la manière de maintenir ouverte la frontière en Irlande après le Brexit.

"Un terrain d'entente a été trouvé dans certains domaines mais des divergences significatives demeurent", selon un communiqué commun publié à l'issue d'une rencontre de Boris Johnson avec le Premier ministre irlandais Leo Varadkar à Dublin.

Selon M. Varadkar, Londres n'a encore soumis aucune proposition alternative "réaliste" au "filet de sécurité" ("backstop") en Irlande, dont Boris Johnson souhaite délester l'accord de retrait négocié par sa prédécesseure Theresa May.

Cette disposition vise à empêcher le retour à une frontière physique entre l'Irlande du Nord, une province britannique, et la République d'Irlande, un Etat membre de l'Union européenne. Elle prévoit que, faute de meilleure solution à l'issue d'une période transitoire, le Royaume-Uni tout entier reste dans un "territoire douanier unique" avec l'UE, ce qui l'empêcherait de suivre une politique commerciale indépendante.

Boris Johnson s'oppose farouchement à tout nouvel ajournement du Brexit, initialement prévu pour le 29 mars et déjà reporté deux fois, si aucun compromis n'est trouvé. Il a réitéré lundi sa détermination à sortir à tout prix du club européen le 31 octobre, sous peine d'infliger un "dommage permanent" à la confiance des Britanniques envers la démocratie, après le référendum de 2016 qui a tranché à 52% pour le Brexit.

Tout nouveau délai devra encore être approuvé à l'unanimité des 27 autres Etats membres de l'Union européenne.

Des élections pourraient permettre à Boris Johnson de récupérer la majorité qu'il a perdue en excluant 21 députés rebelles, qui ont voté avec l'opposition pour le report du Brexit, et avec la défection d'un autre la semaine dernière pour le parti europhile des Libéraux-démocrates.

Samedi encore, il a subi un nouveau camouflet avec la démission d'un poids lourd de son gouvernement, la ministre du Travail Amber Rudd, après celle de son propre frère, Jo Johnson.

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