Monde mercredi 24 juin 2020

A Caracas, des "anges" volent au secours des accidentés

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Zully est un "ange". Mais au lieu d’ailes, cette secouriste d’une ONG vénézuélienne se sert d’une moto pétaradante pour aller prodiguer les premiers soins aux accidentés de la route dans Caracas, où le système de santé est défaillant.

Outre Zully, ils sont onze "anges de la route" à secourir gratuitement les victimes d'accidents, de voiture et autres, alors que le mauvais état du système est accentué par l'épidémie de Covid-19.

Dans le civil, les "anges de la route" sont architectes, journalistes ou autres. Zully Rodiz, 38 ans, architecte, a conscience de la situation "très difficile" des médecins et infirmiers.

Alors, dès qu'un coup de fil la prévient d'un accident, elle aide à pallier les défaillances.

Ce jour-là, un motard a été blessé dans un accident de la route. Un coup de moto et l'équipe de bénévoles arrive. En cinq minutes les "anges" ont immobilisé la jambe du blessé, évacué vers un hôpital à bord d'une ambulance.

Normalement, il reviendrait aux pompiers de se charger de ce type de missions. Mais les pompiers font face au même chaos budgétaire que le reste des services publics vénézuéliens. Leurs caisses sont vides.

D'où l'idée de l'ONG de venir à la rescousse des pompiers et des autres services publics de secours.

Avant de se lancer sur l'asphalte de Caracas, les "anges" prennent des cours à l'hôpital, prérequis des autorités sanitaires pour aider les secours.

Au Venezuela, "les secouristes sont très mal payés", souligne Rodolfo Alvarado, qui a lui même abandonné une carrière de pompier pour se lancer dans le secteur de la fumigation.

Tout son temps libre, il le passe sur la route avec les autres "anges". "Je préfère faire ça gratuitement quand j'en ai le temps", dit Rodolfo, 30 ans.

-"La peur" du coronavirus-

Selon des organismes indépendants, il n'y a que 206 places en soins intensifs dans les établissements publics du Venezuela, pays de 30 millions d'habitants.

Et d'après l'ONG Médicos por la Salud (Médecins pour la Santé), l'an dernier les hôpitaux ne disposaient que de la moitié des médicaments et équipements dont ils ont besoin pour fonctionner.

Avec la crise sanitaire liée au coronavirus, les médecins vénézuéliens craignent de devoir faire face à un afflux de patients.

Officiellement, le Venezuela n'a recensé pour l'heure qu'un peu plus de 4.000 cas de Covid-19, dont 35 décès.

Mais l'opposition et des ONG comme Human Rights Watch mettent ces chiffres en doute.

Les "anges" ne traitent pas les patients atteints du coronavirus, mais le contact qu'ils ont avec les accidentés leur fait "courir un risque élevé de contagion", souligne Zully.

En intervention, ils utilisent tous des masques, des écrans protecteurs, des lunettes de protection, des gants et des produits désinfectants. "On a peur", mais "on ne va pas arrêter de travailler", raconte la jeune femme.

"Quand tu fais ça, tu es de garde tous les jours", plaisante David Mujica, un "ange" de 38 ans. Il écoute les fréquences radio de la police et des pompiers pour se tenir au courant des éventuelles interventions à effectuer.

Aujourd'hui, la garde se fait sur un bout de trottoir face à la caravane où est stocké le matériel des "anges de la route".

Une septuagénaire s'approche d'un périmètre que les "anges" ont délimité à l'aide d'une corde jaune. Elle tremble. "Crise d'angoisse", diagnostique un "ange" après lui avoir mesuré la tension.

"Parfois, une personne peut ne s'être que foulé la cheville (...), mais à partir du moment où tu l'accompagnes, où tu l'aides, tu changes sa vie", dit fièrement Zully.

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