Retraites : le gouvernement à la recherche d’un compromis, nouvelles discussions mardi

© afp.com - Michel Euler

Après plus d’un mois de grève contre la réforme des retraites, le gouvernement s’est dit lundi résolu à trouver une "sortie de crise rapidement", à la veille d’une nouvelle réunion multilatérale avec syndicats et patronat.

"Jamais le compromis ne m'a semblé aussi proche", a affirmé le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire.

La semaine est ponctuée par une série de mobilisations contre le projet de système universel de retraite par points.

Alors que les négociations reprendront mardi matin au ministère du Travail entre gouvernement et partenaires sociaux, les organisations les plus hostiles à la réforme ont prévu deux grosses journées d'action jeudi et samedi.

Renvoi d'audiences, suspension des désignations: de Lyon à Bayonne, les avocats ont eux "massivement" répondu dès lundi à l'appel à durcir la grève, selon le Conseil national des barreaux (CNB).

La grève à la SNCF, désormais la plus longue depuis sa création en 1938, elle, se poursuit mais s'atténue. Mardi, trois TGV sur quatre, six TER sur 10 et 2 Intercités sur 5 devraient circuler, estime la compagnie ferroviaire, qui parle d'un "trafic nettement amélioré pour TGV Inoui, Ouigo et Intercités cette semaine". Un mieux appréciable pour le groupe, où les grèves ont déjà causé un manque à gagner de plus de 600 millions d'euros, selon son patron Jean-Pierre Farandou.

Mais l'horizon est loin d'être dégagé à la SNCF: l'Unsa ferroviaire, 2e syndicat, a scellé lundi la fin de sa trêve car "toutes (ses) revendications n'ont pas encore été satisfaites", notamment sur la pénibilité.

Les Franciliens devront encore faire avec seulement un train sur deux, et dans la capitale les transports publics resteront "très perturbés".

A la RATP, le service sera "proche" de celui de lundi. Seul le trafic des lignes automatisées 1 et 14 sera normal. Les quatorze autres lignes seront ouvertes partiellement ou totalement, mais le service n'y sera pas assuré toute la journée et des stations seront fermées.

Une porte semble s'entrouvrir, en particulier pour trouver un compromis sur l'âge pivot, devenu le principal point de blocage entre le gouvernement et la CFDT, le syndicat le plus favorable à la philosophie de la réforme.

Bruno Le Maire a dit "banco" à l'organisation de la "conférence de financement" proposée par le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger.

"Le gouvernement prend note avec intérêt" de la proposition, a également salué la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, ajoutant toutefois que Laurent Berger "souhaite toujours séparer la question du financement" du reste de la réforme, "ce qui n'est pas la feuille de route du président de la République".

Bruno Le Maire a aussi qualifié de "très bonne proposition" l'idée d'une décote temporaire en cas de départ à la retraite avant l'âge pivot, une piste lancée cette fois par le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand, un très proche d'Emmanuel Macron.

Un autre signe d'ouverture a été donné par le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, qui a indiqué ne pas être "arc-bouté sur l'âge pivot".

- Report de partiels -

L'opinion continue à être partagée. Selon un sondage Ifop pour le JDD, plus de la moitié des Français (55%) souhaite que le gouvernement n'aille pas au bout de la réforme en l'état et le soutien à la mobilisation reste supérieur à l'hostilité. Mais un sondage Elabe indique que si les deux tiers des Français sont contre l'âge pivot, 54% seraient d'accord pour une retraite à points.

Le camp des opposants reste lui inflexible. Philippe Martinez, le numéro un de la CGT, a redemandé dimanche le retrait de ce "mauvais" projet et averti qu'en n'écoutant pas la partie du pays opposée à cette réforme, "on joue avec le feu sur la future échéance électorale". Le Rassemblement national a précisé, par la voix de son vice-président Jordan Bardella, que s'il arrivait au pouvoir il "retirerait ce système à points".

Emmanuel Macron "a tort de croire qu'en jouant le pourrissement, les gens vont se résigner", a insisté Jean-Luc Mélenchon, qui s'est rendu lundi à la raffinerie Total de Grandpuits (Seine-et-Marne), où la grève a été reconduite.

Total s'est toutefois voulu rassurant quant à l'approvisionnement de son réseau, écartant tout "risque de pénurie", même si la fédération CGT de la chimie a appelé à un blocage des installations pétrolières à partir de mardi pour quatre jours.

Des étudiants sont aussi dans le mouvement: quelques universités franciliennes, ainsi que celle de Bordeaux, ont dû reporter lundi des partiels, en raison notamment de difficultés d'accès aux campus liées à des blocages.

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