"Plus seulement un nom sur un mur" : l’histoire renouée d’une descendante d’un soldat britannique enterré un siècle après

© afp.com - DENIS CHARLET

Assise près de la tombe, Linda Cook-Perkins pleure lorsqu’elle reçoit le drapeau britannique qui recouvrait le cercueil de son grand-père : mort au combat pendant la Première Guerre mondiale, Frederick Thomas Perkins a été enterré en ce mois de novembre, 102 ans plus tard.

"C'est une expérience très émouvante. Même dans mes rêves, jamais je n'aurais imaginé qu'il puisse être retrouvé", confie à l'AFP cette femme de 67 ans. "Cela m’apaise de savoir qu'il repose désormais ici, auprès de ses camarades."

Malgré une santé chancelante, elle est venue spécialement du Royaume-Uni pour assister à la cérémonie d'hommage et à l'inhumation de ce soldat de l'Essex Regiment, tué le 22 avril 1917, à l'âge de 25 ans, lors d'une offensive des troupes britanniques au nord de Lens (Pas-de-Calais).

"Mon père n'avait que trois ans quand son père a été tué, donc bien sûr, je ne l'ai jamais connu, mais il a toujours fait partie de la mémoire familiale", détaille-t-elle. "Grâce à la découverte de sa dépouille, nous avons appris beaucoup de choses sur sa vie".

A l'approche du 11 novembre, elle reconnaît que les commémorations vont désormais "prendre une autre signification". "Ce n'est plus seulement un nom quelque part sur un mur, je peux imaginer où il est réellement tombé, parce que je suis allé à l'endroit où il a été tué et, surtout, je peux l'imaginer ici, parmi tous ces soldats réunis".

-"Le temps ne change rien"-

Dans les travées du cimetière britannique de Loos-en-Gohelle, ce sont les hommes du Royal Anglian Regiment, en uniforme marron, qui ont été choisis parmi tous les bataillons volontaires pour porter le cercueil entre les centaines de stèles blanches alignées.

"Je suis fier d'appartenir à une organisation qui continue de reconnaitre et de se souvenir des actes de ceux qui sont morts pour leur pays, même plus de 100 ans après", souligne Piers Darby, lieutenant de 23 ans passé par l'Afghanistan. "Le temps ne change rien. Le soldat Perkins est un membre de l'armée britannique et le restera toujours".

C'est en janvier 2018 que les restes du militaire ont été retrouvés, à l'occasion des premiers travaux -de déminage- effectués sur le terrain qui accueillera le futur centre hospitalier de Lens.

"Il y avait des os, et puis quand j'ai commencé à enlever un peu de terre, on a trouvé des objets", se remémore Steve Arnold, officier d’exhumation à la Commonwealth War Graves Commission (CWGC), organisme chargé d'honorer la mémoires des 1,7 millions de soldats du Commonwealth morts au cours des deux Guerres mondiales, dont 530.00 portés disparus.

-"Ça nous touche au cœur"-

Rien qu'en France, une cinquantaine de soldats du Commonwealth sont retrouvés chaque année, en majorité dans la région Hauts-de-France, lieu de nombreuses batailles entre 1914 et 1918.

Steve Arnold se dit "honoré" de participer à ces investigations. "La pire des choses pour un soldat, c'est de décéder dans un pays quelque part, et qu'on ne le retrouve jamais. C'est vraiment quelque chose auquel on doit penser".

L'identification du soldat Frederick Thomas Perkins a été permise grâce à son numéro de matricule, 3899, inscrit sur une cuillère et sur les restes d'un carnet de cuir découverts à côté de sa dépouille.

Le ministère de la Défense britannique s'est ensuite lancé dans des recherches généalogiques afin de retrouver les descendants du militaire, dont le lien a été confirmé par test ADN. Un travail long et fastidieux, qui aboutit dans 18% des cas. "Cela a été un véritable choc, quand nous avons reçu le message", se souvient Linda Cook-Perkins. "Au début, je n'y croyais pas".

"Une chose très importante, pour nous, c'est que nos morts sont chez vous. On n'en a pas en Angleterre, il y a des monuments dans les villages, mais tous ceux qui sont morts en France restent en France", souligne le colonel Howard Wilkinson, attaché militaire à l'Ambassade du Royaume-Uni à Paris. "C'est grâce à vous, la France, les Français, que nous avons la possibilité de nous souvenir. Et ça nous touche vraiment au cœur".

mots clés de l'article : histoire , armée , conflit , défense

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