Ouverture d’une enquête après un tir de LBD à Paris, la préfecture de police se défend

© afp.com - Bertrand GUAY

Une enquête judiciaire a été ouverte vendredi après la diffusion d’une vidéo montrant un policier tirant à bout portant sur des manifestants avec un LBD jeudi à Paris, la préfecture de police justifiant aussitôt l’emploi d’armes "intermédiaires" en raison de heurts "violents".

L'enquête a été ouverte pour "violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique" et confiée à l'IGPN, la "police des polices", a indiqué le parquet de Paris.

C'est une vidéo de 37 secondes, vite devenue virale sur les réseaux sociaux, qui a motivé la décision du parquet. Elle montre l'avancée des forces de l'ordre, rue Saint-Lazare à Paris, qui repoussent des manifestants à coups de matraque à la fin du défilé contre la réforme des retraites. Les coups pleuvent dans une grande confusion.

A la 12e seconde, on aperçoit un policier armé d'un lanceur de balles de défense (LBD) tirer sur la foule à environ un mètre de distance. Un bruit sec retentit et les images montrent ensuite un homme à terre.

Dans une déclaration à l'AFP, la préfecture de police a justifié l'emploi "de moyens intermédiaires, lacrymogènes et LBD" par des forces de l'ordre confrontées alors à des "personnes violentes".

Qualifiant la vidéo de "parcellaire" et "sortie de son contexte", elle a fait valoir qu'au cours de ces échauffourées "16 membres des forces de l'ordre avaient été blessés". "Aucune plainte pour une personne blessée par un tir de LBD n'a été à ce jour portée à (sa) connaissance", a-t-elle ajouté.

Dans un communiqué en début de soirée, la préfecture a défendu l'action des forces de l'ordre. "Cette nouvelle doctrine, qui se traduit inévitablement par des images de policiers et gendarmes allant au contact des manifestants pour limiter l’usage des moyens de tir, permet d’assurer de façon plus probante l’ordre public tout en réduisant les risques de blessures graves", a-t-elle plaidé, en insistant sur "l'usage moindre des armes intermédiaires" (18 tirs de LBD jeudi, contre 1.092 le 1er décembre 2018, 67 le 16 novembre 2019 et 54 le 5 décembre 2019).

- "Volonté de faire mal" -

Selon Laurent Bigot, l'auteur et le diffuseur de la vidéo, "c'est un miracle que personne n'ait été tué à cette distance".

"Ce que j'ai vu hier ce n'est pas du maintien de l'ordre mais la volonté de faire mal", a-t-il également ajouté, tout en indiquant ne pas savoir si le tir a "touché ou blessé quelqu'un".

Selon un responsable de l'IGPN interrogé en 2019 par l'AFP, il n'y a pas de distance minimale pour faire usage du LBD et tout dépend de "l'estimation de la menace". Pour chaque tir, un rapport est rédigé pour en détailler les circonstances.

Arme non létale et controversée, le LBD est accusé d'avoir provoqué de graves blessures pendant les mobilisations de "gilets jaunes". En 2019, 24 manifestants auraient ainsi été éborgnés par cette arme, devenue le symbole des "violences policières".

Le Défenseur des droits Jacques Toubon en a demandé à plusieurs reprises la suspension, en raison de sa "dangerosité". Les partis de gauche ont réclamé son interdiction.

Lors d'un déplacement vendredi matin à Lille, le secrétaire d'Etat à l'Intérieur Laurent Nuñez a défendu l'action des forces de l'ordre lors du défilé parisien.

"Les manifestations sont encadrées de manière très professionnelle par les forces de police qui parfois sont victimes de violences auxquelles ils répondent de manière proportionnée".

"Quand il y a des fautes, des investigations sont menées, il y a des sanctions", a-t-il ajouté en saluant "le courage et la détermination des policiers".

En juin dernier, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avait décidé de lancer une réflexion sur le maintien de l'ordre, tout en réfutant l'existence de "violences policières". Pour l'instant, cette réflexion n'a donné lieu à aucune communication officielle.

Selon des chiffres communiqués en novembre, l'IGPN a été saisie de 313 enquêtes judiciaires pour des soupçons de violences policières lors des manifestations de "gilets jaunes", et en a transmis les deux tiers à la justice. En décembre, le premier policier jugé à Paris pour des violences contre les "gilets jaunes" a été condamné à 2 mois de prison avec sursis.

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