"On arrive à l’épuisement" : paroles de livreurs de Deliveroo à cran

© afp.com - Daniel LEAL-OLIVAS

"Toujours plus vite, toujours plus loin, toujours moins cher" : des livreurs à vélo de Deliveroo dénoncent la nouvelle grille tarifaire qui entraîne, selon eux, une baisse de leur rémunération et une déterioration de leurs conditions de travail.

"On n'est pas des coureurs du Tour de France"

. Abdel, 29 ans, livreur à vélo à Lille

"La baisse des tarifs, c'est comme l'augmentation de l'essence pour les gilets jaunes, c'est la goutte d'eau.

Ils font toujours ça en été, quand les livreurs sont en vacances et qu'il y a plein de nouveaux coursiers, du coup presque personne ne dit rien.

Avant en bossant 55 heures, le maximum autorisé, on se faisait 3.000 euros, maintenant c'est 2.000-2.500 euros, en enlevant les charges, au taux horaire, nous ne sommes pas au smic.

A Lille, ils ont augmenté la zone de livraison, c'était 3km max pour une commande, c'est passé à six kilomètres... on doit aller de plus en plus vite pour garder un chiffre d'affaires constant. On roule à 50km/h maximum avec un vélo de course et on fait environ 80 kilomètres par jour.

Nous ne sommes pas des coureurs du Tour de France, on arrive à l’épuisement."

"Censés être libres"

. Patrice, 43 ans, livreur à vélo à Lille depuis trois ans

"Nous sommes entrepreneurs, donc nous sommes censés être libres, mais ce n'est pas le cas. Si on ne travaille pas pendant les pics de commandes le vendredi, samedi et dimanche soir, nos statistiques baissent et du coup Deliveroo nous fait moins travailler les jours suivants.

Si on se connecte en retard ou si on prévient de notre absence trop tard, c'est pareil.

Par contre, on doit cotiser au RSI (régime social des indépendants) et on doit entretenir à nos frais nos outils de travail : notre téléphone et notre vélo."

"Pas rentable"

. Anonyme, coursier à vélo à Paris depuis un an

"Avant on travaillait bien, mais là le problème qui se pose, et il faut que l'entreprise comprenne cela, ce sont leurs tarifs : imaginez que l'on vous passe une course à deux euros. Arrivé au restaurant, on vous demande d'attendre 10 minutes. Et 10 minutes, ça peut être plus (...) tu fais le trajet, parfois tu arrives chez le client et il n'est pas joignable, donc tu es obligé d'attendre, de contacter le service client... tu patientes encore. Si on ne vous passe que des commandes à deux euros, vous n'allez même pas avoir 10 euros au bout de deux heures. C'est vraiment pas rentable pour nous, les livreurs.

Aujourd'hui j'ai commencé à 8h, en général je travaille jusqu'à 15h et je gagne 100 euros. Mais aujourd'hui j'ai fait tout, j'ai roulé comme un malade, mais j'ai même pas pu atteindre les 80 euros. Les tarifs sont vraiment trop bas."

"Dangereux"

. Chris, 25 ans, coursier à vélo à Paris depuis trois ans

"Avant, pour faire une course, j'attendais au restaurant, puis j'attendais de la livrer au client, et après je la validais. Maintenant, ça va être simple, je vais pédaler avec mon téléphone à la main, la commande, dès que je l'ai récupérée, je la valide directement, et pendant que je fais la livraison, j'essaye d'attraper d'autres courses. Je sais que c'est dangereux, mais je suis là pour gagner ma vie, j'essaye de pallier ce problème (la baisse des tarifs) à ma manière."

"Plus de risques"

. Anas, livreur à moto à Paris depuis trois ans

"Vous savez combien d'argent on perd à cause de leur truc ? Moi j'étais habitué à trois commandes de l'heure, minimum. Donc 15 euros minimum (de l'heure), tous les jours. Ca me faisait un très bon salaire. Et là on divise en deux le salaire.

On prend plus de risques, il faut aller plus vite (...) il faut faire le plus de commandes dans l'heure, parce qu'on est payés à la commande nous (...) parfois moi je grille des feux, je prends des sens interdits... pour aller plus vite."

mots clés de l'article : social , tourisme , internet , Restauration , Grèves

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