Mort d’Adama Traoré : les gendarmes évitent une mise en examen

© AFP/Archives - Thomas SAMSON

Plus de deux ans après la mort d’Adama Traoré en 2016, les trois gendarmes qui l’avaient interpellé ont été placés sous le statut de témoin assisté par la juge d’instruction, évitant ainsi une mise en examen réclamée par la famille du jeune homme.

Après les avoir interrogés mardi et mercredi pour la première fois, la magistrate parisienne chargée du dossier a décidé de les placer sous le statut de témoin assisté, intermédiaire entre celui de témoin et de mis en examen, signifiant qu'il ne leur est pas reproché directement d'avoir commis une infraction.

Ils bénéficient de ce statut "en l'absence d'indices graves et concordants" pour les faits de "non-assistance à personne en péril", ont indiqué mercredi leurs avocats Rodolphe Bosselut, Pascal Rouiller et Sandra Chirac Kollarik dans un communiqué.

"Le dossier établit qu'ils ont déclenché les secours avec célérité et diligence et qu'ils ont porté assistance à M. Traoré", soutiennent-ils.

Ces auditions, très attendues par la famille d'Adama Traoré qui réclament depuis deux ans des poursuites, interviennent après une expertise médicale de synthèse à décharge pour les gendarmes. Remise le 14 septembre à la juge, elle conclut que son "pronostic vital (était) engagé de façon irréversible" avant son arrestation, en raison de l'évolution d'une maladie.

Depuis le début de l'affaire qui avait provoqué cinq nuits de violences dans ce département au nord de Paris, ses proches ont toujours dénoncé une interpellation violente, accusant aussi les gendarmes de ne pas avoir porté secours au jeune homme de 24 ans, laissé menotté jusqu'à l'arrivée des pompiers, ce 19 juillet 2016.

Ce jour-là, interpellé une première fois, il avait réussi à prendre la fuite. Une course poursuite d'"environ 15 minutes" sous une forte chaleur s'en était suivie, avant qu'il ne soit retrouvé dans un appartement de Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise) où il s'était caché.

Pour le maîtriser, les gendarmes l'avaient maintenu au sol sous le poids de leurs corps. Il avait perdu connaissance dans leur véhicule avant de décéder dans la cour de la gendarmerie de la ville voisine de Persan.

Outre les conditions d'interpellation, les investigations ont également porté sur les secours prodigués à Adama Traoré. Entre son interpellation et la constatation du décès, il s'était écoulé près d'une heure et demie.

- Climat de défiance -

Un des pompiers appelés sur les lieux a déclaré aux enquêteurs que le jeune homme, n'avait pas été placé en position latérale de sécurité mais était face contre terre, menotté. Il "simulait" un malaise, lui aurait assuré un gendarme. Mais ce témoignage a été contredit par deux autres pompiers qui ont affirmé qu'il était en position latérale de sécurité, selon une source proche du dossier.

L'audition des gendarmes "a permis d'établir qu'à aucun moment ils n'avaient eu connaissance d'un quelconque péril létal menaçant M. Traoré en cours ou après l'interpellation et qu'ils ont correctement géré la perte de connaissance de M. Traoré jusqu'à sa prise en charge par les pompiers et le Samu", ont défendu leurs avocats.

"De façon plus générale, l'hypothèse des violences volontaires ayant entraîné la mort de M. Traoré sans intention de la donner est écartée", ont-ils ajouté.

Depuis le début, l'enquête est marquée par un climat de défiance vis-à-vis des autorités, alimenté par l'annonce tardive du décès et la communication contestée du procureur de Pontoise à l'époque.

Lors d'une manifestation de ses soutiens, en novembre 2016 à Paris, le jeune homme avait été érigé en "symbole des violences policières".

Très vite, le parquet de Pontoise - dessaisi cinq mois plus tard - avait communiqué les résultats d'une première expertise intermédiaire réalisée par un médecin-légiste qui attribuait le décès à une cardiomyopathie et à un état infectieux.

Deux ans plus tard, les quatre médecins à qui une expertise de synthèse a été confiée ont estimé que c'est une maladie génétique, la "drépanocytose", associée à une pathologie rare, qui a entraîné une asphyxie à l'occasion d'un épisode de stress et d'effort.

Ce dernier rapport écarte aussi définitivement l'hypothèse initiale du légiste, déjà remise en cause l'an dernier par une contre-expertise intermédiaire.

A la suite de ces dernières conclusions, la famille d'Adama Traoré a déposé plainte devant l'Ordre des médecins contre le médecin-légiste, estimant qu'il a produit un diagnostic erroné en connaissance de cause.

mots clés de l'article : Agression , Enquête , police

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