Montigny-lès-Metz : retour sur la jeunesse de Francis Heaulme

© AFP - Thomas SAMSON

Au procès en appel de Francis Heaulme pour le meurtre de deux enfants à Montigny-lès-Metz en 1986, la cour a tenté mercredi à Versailles de combler années et kilomètres pour évoquer la jeunesse du "routard du crime".

"J'espère que c'est la dernière fois, que cette histoire va bientôt se terminer, parce que c'est long pour les familles." Christine Heaulme, cheveux courts et fines lunettes, apparaît en visioconférence, assise dans une autre salle d'audience à des centaines de kilomètres. "Je sais que mon frère est innocent", insiste-t-elle. "Il faut le croire".

"On a quand même vécu une enfance assez malheureuse, surtout Francis", commence la sœur de l'accusé, lors du sixième procès consacré à cette affaire.

Au fil des questions du président de la cour d'assises Philippe Boussand, la famille Heaulme se dessine. Un père qui buvait et frappait sa femme, amenant parfois les enfants à se "blot[tir] l'un contre l'autre, les mains sur les oreilles".

Une mère qui représentait "tout" pour son fils et qui meurt en 1984, alors qu'il a 25 ans. "Depuis qu'il a su qu'elle était décédée, c'était tout vide chez lui", dit sa soeur. Il a tué une femme "vingt jours" après, souligne le président.

"Je n'ai jamais remarqué quelque chose d'anormal" à ce moment-là, répond-elle.

Les deux jeunes adultes se retrouvent alors "pratiquement seuls", à "se débrouiller" pour manger, pendant un an. Peu après, sa soeur rencontre un homme, s'installe avec lui.

"J'aurais jamais dû quitter mon frère, je m'en voudrais toute ma vie", regrette-t-elle. "Mais je suis là aujourd'hui, je serai toujours là pour toi Francis", dit-elle en s'adressant à lui. Dans le box, l'accusé, déjà condamné pour neuf meurtres, est visiblement ému.

- "Solitaire" -

A Versailles, les témoignages sont parfois interrompus par des incompréhensions liées à la visioconférence et aux années écoulées depuis les faits. Le président doit relire d'anciennes auditions pour rappeler aux proches des déclarations dont ils ne se souviennent pas spontanément. Cinq témoins, prévus mercredi, n'ont pas pu être entendus.

"Ouh là, vous savez, c'est vieux tout ça", soupire ainsi la cousine de l'accusé. Elle décrit Francis Heaulme comme un enfant "solitaire" qui se "rongeait souvent les ongles". "Avec son père, il [n'avait] pas de relation", résume-t-elle. Il le surnommait "le zinzin", le "taré".

Une voisine, chez qui il venait souvent, décrit un "adolescent un peu plus déluré que les autres", qui "s'automutilait" et tombait régulièrement de vélo. Un vélo Mercier "rose", dont il ne se séparait jamais et qui lui sera volé "sur un camping" en 1987.

Finalement, l'accusé se lève. A la demande du président, il énumère les différents domiciles de la famille: Briey-en-Forêt, Metz, Thionville, Scy-Chazelles... puis répond à mots comptés, parfois par le silence.

Il évoque l'école, l'établissement spécialisé qu'il a fréquenté, et l'entrée à 16 ans dans la vie active, sans diplôme. Son poste d'apprenti boulanger "pour 150 francs", puis ses emplois en tant que manoeuvre, entrecoupés d'hospitalisations liées à son alcoolisme.

- "En 1985, vous avez été licencié. Pourquoi ?", interroge le président.

- "Pour faute professionnelle. Je travaillais, j'avais bu et j'ai arrêté un train."

- "Selon le dossier, vous avez téléphoné à la SNCF en disant qu'il y avait des cadavres sur les voies. Vous ne vous en souvenez pas ?"

- "Peut-être."

Puis le président rappelle qu'en septembre et octobre 1986, il habitait à Vaux et travaillait en tant que manoeuvre à la CTBE, à Montigny-lès-Metz. A "400 mètres" des lieux où ont été retrouvés les corps des deux enfants, tous deux âgés de 8 ans.

Le verdict est attendu le 21 décembre.

mots clés de l'article : homicide , Procès

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