Métropole par Vesoul (AFP) , samedi 21 novembre 2020 à 17:24

Meurtre d’Alexia : la réclusion criminelle à perpétuité requise contre Jonathann Daval

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L’avocat général a requis samedi la réclusion criminelle à perpétuité à l’encontre de Jonathann Daval, auteur d’un "crime conjugal (...) presque parfait" contre sa femme Alexia au motif qu’elle voulait le quitter, les défenseurs de l’accusé mettant en garde contre une "boucherie judiciaire".

"J'en appelle à votre courage", a lancé Emmanuel Dupic aux jurés. "Du fait de la médiatisation de cette affaire, cette décision sera regardée", a-t-il relevé, avant de requérir "la réclusion criminelle à perpétuité", sans peine de sûreté, à l'encontre de Jonathann Daval, resté impassible à l'énoncé des réquisitions.

"Je crois (...) qu'il l'a tuée parce qu'Alexia voulait le quitter, tout simplement", a soutenu M. Dupic, une thèse que l'accusé récuse. Le soir du drame, "elle lui a signifié (...) qu'elle allait partir et ça, ça n'est pas possible dans la construction de Jonathann Daval".

- "Épouvantable" -

Ce crime "particulièrement épouvantable", c'est "une affaire de crime conjugal qui est devenue en raison de la médiatisation extrêmement emblématique", a pointé le magistrat, rejetant aussi la thèse d'une simple dispute conjugale.

"La séparation, le départ intolérable, apparaît plausible". "La place prise par Jonathann dans la famille d'Alexia fait qu'il ne peut pas accepter la séparation, c'est leur gamin", a poursuivi M. Dupic, qui a dépeint l'accusé en "manipulateur" et en "menteur".

"Un monde s'écroule pour Jonathann Daval. Alexia met fin à la relation" et "le scénario c'était ça, on ne devait pas retrouver le cadavre, Jonathann restait dans cette famille", selon M. Dupic, d'où la dissimulation du corps dans un bois et, surtout, la tentative d’incinération.

"La vérité n'est pas entendable: c'est épouvantable de tuer une femme parce que vous ne voulez pas qu'elle vous quitte", a encore fustigé l'avocat général, selon lequel M. Daval a réalisé un "crime presque parfait".

Prenant le contre-pied du ministère public, Me Randall Schwerdorffer, l'un des avocats de l'accusé, a plaidé un meurtre "pas prémédité, pas réfléchi". "C'est ce qu'on appelle un coup de sang", a-t-il lancé d'une voix de stentor.

"La perpétuité c'est une peine qu'on prononce pour les criminels les plus dangereux de la société: Francis Heaulmes, tueur d'enfants, Michel Fourniret, Marc Dutroux, Guy Georges... Quel est le point commun avec Jonathann Daval ? Aucun. Si, la médiatisation", a poursuivi Me Schwerdorffer, arpentant le prétoire face aux jurés.

"Jonathann est effectivement un criminel. Il ne le conteste pas, vous allez le juger. Mais un jugement ce n'est pas une vengeance. Ce qu'on vous réclame, sur les bancs des parties civiles, c'est une vengeance, à cause des médias, des mensonges, parce qu'il a trahi ses beaux-parents (...) Tout ce qui fait l'affaire Daval, c'est la médiatisation", a-t-il insisté.

Sa consoeur Me Ornella Spatafora, avait quant à elle rejeté toute "dangerosité criminologique" de son client. Elle aussi avait exhorté les jurés à prononcer "une peine juste" qui "sanctionnera Jonathann pour ce qu'il a fait et l'homme qu'il est".

A la reprise de l'audience, prévue en début d'après-midi, l'accusé pourra s'exprimer une dernière fois avant que la cour ne se retire pour délibérer.

Le verdict des trois magistrats professionnels et des six jurés, cinq femmes et un homme, est attendu d'ici au début de soirée.

Au cours des débats, Jonathann Daval, un informaticien de 36 ans, avait reconnu avoir tué intentionnellement son épouse.

"J'ai plus d'avenir (...) Je dois payer pour les actes que j'ai commis", a admis vendredi ce trentenaire émacié aux allures de frêle adolescent, victime mercredi soir d'un malaise vagal en plein interrogatoire.

- "Morsure" -

Jeudi, il était longuement revenu sur le soir du crime, commis à leur domicile dans la nuit du 27 au 28 octobre 2017, sur fond de crise conjugale aiguë : Alexia souhaitait ardemment un enfant mais son mari, qui souffrait de troubles de l'érection, la fuyait de plus en plus.

Le jour du drame, il dit avoir refusé une relation sexuelle à son épouse. Une violente dispute éclate. Le facteur déclenchant ? Alexia l'aurait mordu, provoquant sa rage : "La morsure, ça m'a mis hors de moi".

Il la frappe et l'étrangle: c'est "la colère de toutes ces années qui est ressortie (...) D'où l'étranglement pour qu'elle se taise", a-t-il dit, arguant qu'Alexia "l'humiliait".

Le lendemain il emporte le corps dans un bois et l'incendie avant de donner l'alerte, soutenant que sa femme n'est pas revenue d'un jogging. Le corps d'Alexia sera retrouvé deux jours plus tard, le 30 octobre 2017.

Pendant trois mois, son visage de veuf éploré apparaîtra dans tous les médias, contribuant à alimenter la médiatisation intense de cette affaire en pleine vague #MeeToo.

mots clés de l'article : homicide , Procès , assises , féminicide , 70

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