Marseille : dans les quartiers Nord, des centaines d’habitants se préparent à évacuer leur "taudis"

© AFP - BORIS HORVAT

Des plafonds qui s’effondrent, des circuits électriques qui prennent feu et de l’eau qui ruisselle sur les murs : dans la cité du Parc Corot, au nord de Marseille, les habitants attendent leur prochaine évacuation avec angoisse et impatience.

Au 4e étage de cette barre orange à la façade décrépite, Salima Issaka a rassemblé ses vêtements et ceux de ses enfants sur le sol du salon. "Je vais ranger, on sait jamais, si on doit partir", glisse la trentenaire, résignée.

La mairie de Marseille a publié lundi un "arrêté d'insécurité imminente" concernant cet immeuble du 13e arrondissement. Tous les habitants du bâtiment A du Parc Corot, qui compte 95 appartements, doivent être évacués.

"Est-ce que c'est vrai ou pas?" se demande Mme Issaka, qui n'a été informée "que par les journalistes et la rumeur". Il faut dire qu'au Parc Corot, les habitants crient au secours depuis des années. "La mairie est venue, la police, le préfet, ils viennent regarder mais ils ne font rien".

Mais depuis l'effondrement de deux immeubles le 5 novembre en plein centre-ville, faisant 8 morts, la mairie applique le principe de précaution et évacue les habitants par dizaines.

Alors dimanche soir, quand la mère de cinq enfants entend "un gros bruit" dans sa salle de bains, elle pense à la rue d'Aubagne: c'est le plafond qui s'écroule, dans un fracas de carreaux cassés. Cette femme au foyer a hâte de quitter son petit appartement aux murs moisis et aux prises dénudées.

D'un geste de la main, elle repousse sa fillette de deux ans qui s'approche d'un fil électrique qui court sur le sol humide de la cuisine. "Le frigo, le congélateur, la télé, tout ça a brûlé, à cause de l'eau qui coule partout", explique-t-elle.

- Un enfant qui s'électrocute -

Le texte municipal pointe du doigt les "fluides": gaz, eau, électricité qui menacent la sécurité des habitants, notamment les "branchements sauvages". Au 3ème étage, Djamilla Gautier, elle aussi mère célibataire de 5 enfants, désigne les fils électriques qui sortent de la tapisserie éventrée de son salon.

"On a eu un court-circuit, ça a pris feu, mon voisin est venu m'aider avec des dominos mais regardez, quand on allume le couloir, le mur chauffe", déplore la quadragénaire en plaquant sa main sur la paroi.

Djamila l'assure, elle a "la chair de poule" quand elle repense à ce départ de feu, ou à son fils de 9 ans, qui, la veille "s'est électrocuté dans la salle de bains". Elle a sommé ses enfants "de ne plus allumer les lumières".

La mère de famille est arrivée d'Ardèche dans ce "taudis" en mai, pour se rapprocher de sa famille marseillaise. Elle paye 580 euros par mois et 100 euros de charge pour 50m2 insalubres et dangereux. Le propriétaire? "Je ne l'ai jamais vu!"

Les rats dans la cuisine, les moisissures qui mangent les murs et l'eau chargée de graviers qui jaillit derrière le chauffe-eau quand le voisin prend une douche, Djamilla n'en peut plus.

Sans compter sur l'insécurité liée aux squatteurs, qui "se battent à coups de barre de fer et ont tenté de violer la voisine". Dans le bâtiment A, seuls 27 appartements sont occupés légalement selon la mairie, tandis que les autres sont squattés par des migrants.

Comme les autres femmes seules du bâtiment A, Djamilla vit cloîtrée chez elle. Elle a même condamné son balcon, de peur "de se prendre un frigo ou une poubelle sur la tête". Au pied de l'immeuble s'amoncèlent des canapés, des toilettes brisées, des sacs poubelles crevés, jetés directement par les fenêtres.

Même si elle a déjà installé les décorations de Noël devant la télé, Djamilla avoue: "Être relogée, je demande que ça".

mots clés de l'article : pauvreté , BTP , immobilier

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