Mariages, tromperies, amitiés : au procès du commando de Notre-Dame, les dessous du jihad au féminin

© afp.com - Benoit PEYRUCQ

Drague sur internet, mariage à distance, polygamie... : des femmes jugées aux assises à Paris trois ans après un attentat raté près de Notre-Dame ont raconté au fil des audiences leurs aspirations et leurs pratiques très singulières dans cette sphère jihadiste, entre monde virtuel et réalité.

C'est la première fois qu'un "commando" de femmes jihadistes comparait aux assises. Quatre des cinq accusées encourent la perpétuité.

- La drague sur les réseaux -

"Je ne voyais plus que Abou, Abou, Abou. Je me sentais revivre grâce à cet homme." L'une des accusées, Ornella Gilligman, mère de trois enfants, est tombée amoureuse d'Abou Junayd, un jihadiste rencontré sur internet mais jamais en chair et en os. En août 2016, elle divorce religieusement de son mari pour lui. Mais Abou Junayd était en réalité Inès Madani, également accusée dans le procès.

Entre discours à la gloire du jihad et échanges très intimes, Inès Madani, aujourd'hui âgée de 22 ans, a conquis de nombreuses femmes, pour les inciter à rejoindre le groupe Etat islamique. Ornella Gilligmann n'a découvert que lors de l'instruction qu'Abou Junayd n'existait pas.

En trois mois, il y a eu plus de 6.000 communications entre les deux femmes. Abou Junayd se fait appeler "bouffon", Ornella Gilligman "bouffonne". Dans leurs conversations sur Whatsapp, ponctuées de "LOL", "MDR" (mort de rire), "Mashallah" (ce que dieu veut), elles glissent rapidement de la drague à la tentation de l'attentat.

"- J'étais en train de conduire une Audi A5. (...) Je l'ai montée à 170, écrit Ornella Gilligmann.

- Je vais te défoncer, répond Inès Madani.

- Il y avait un mariage. J'avais bien envie de faire un frein à main dedans."

"Je voulais l'impressionner. J'étais jalouse parce qu'il me mettait en rivalité avec d'autres filles", a affirmé Ornella Gilligmann. Inès Madani était une jeune femme complexée par son physique mais séductrice sans limite derrière l'ordinateur.

- L'obsession du mariage -

Une autre accusée, Sarah Hervouët, 26 ans, était "la promise" de Larossi Abballa, qui a assassiné un policier et sa femme à Magnanville (Yvelines) en juin 2016, puis d'Adel Kermiche, qui a tué un prêtre à Saint-Etienne-du-Rouvray, en Normandie, en juillet 2016. Elle n'avait rencontré aucun des deux hommes.

Adel Kermiche se voyait polygame et voulait se marier avec Sarah Hervouët et une autre jeune femme, qui a témoigné lors du procès. Au printemps 2016, elles se sont contactées des centaines de fois. "On échangeait sur notre future vie ensemble, savoir comment on allait gérer", a-t-elle expliqué.

Sarah Hervouët voulait aussi se marier avec Mohamed Aberouz. Mis en examen dans l'enquête sur l'attentat de Magnanville, il se trouve dans le box, à côté d'elle, jugé pour non dénonciation de crime terroriste.

"Je ne me suis pas mariée avec la terre entière, ce n'était que des projets", s'est défendue Sarah Hervouët. Mais en prison, elle s'est mariée "religieusement", via courrier, avec un homme condamné en 2017 dans une affaire de terrorisme. Elle envisage désormais un mariage au civil avec lui.

"Est-ce très judicieux de vous impliquer dans une relation de cette nature?", l'a interrogée le président. "Il m'a envoyé une lettre en me demandant si je voulais l'épouser. (...) Le fait que quelqu'un s'intéresse à moi, ça m'a fait vraiment beaucoup de bien", a-t-elle répondu.

- Les "sœurs" -

Les accusées comparaissent non voilées. En revanche, chose rare, de nombreuses femmes sont venues témoigner en jilbeb, un voile ne laissant apparaître que les mains et l'ovale du visage. Plusieurs amies d'Ornella Gilligmann, qui se sont présentées comme des "sœurs", se sont ainsi succédé à la barre, en voile gris ou noir. Parmi elles, la sœur d'Hayat Boumeddiene, l'épouse d'Amedy Coulibaly, l'assassin de l'Hyper Cacher en janvier 2015.

Une autre amie, placée en garde à vue après la tentative d'attentat près de Notre-Dame, a interpellé vivement Ornella Gilligmann. "Ma réputation est ruinée. Moi, elle a fumé ma vie! (...) On était des mères de famille, notre quotidien c'était d'aller au parc avec les enfants, faire des goûters. Moi, je me disais qu'elle était sur son téléphone car elle était amoureuse, pas que cette mère de famille allait faire un attentat!"

Verdict prévu le 15 octobre.

mots clés de l'article : attentat , Procès , jihadiste

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