Lycées bloqués : la vague "gilets jaunes" donne un coup de fouet aux revendications de lycéens

© AFP - NICOLAS TUCAT

La mobilisation de syndicats lycéens contre les réformes dans l’Education nationale avait jusqu’à présent peiné à mobiliser. Mais porté par la contestation des "gilets jaunes", le mouvement a semblé prendre de l’ampleur lundi, avec des blocages, parfois marqués par des incidents, dans des dizaines de lycées en France.

Le ministère de l'Education a comptabilisé lundi matin une grosse centaine de lycées perturbés à travers la France, avec des blocages complets ou partiels. Parmi les académies les plus touchées figurent Toulouse (une quarantaine d'établissements perturbés), Versailles et Créteil (une vingtaine dans chacune de ces deux académies).

Dans l'académie de Créteil, une voiture a été incendiée et un magasin de téléphonie pillé près d'un lycée d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), où des heurts ont impliqué des dizaines de jeunes qui scandaient "Macron démission", selon des sources concordantes.

Près de 200 jeunes ont investi la rue, dont une poignée portaient des gilets jaunes, a raconté une source policière. Un photographe de l'AFP a constaté qu'une voiture et une poubelle ont été incendiées, du mobilier urbain dégradé et un magasin de téléphonie pillé. Sept personnes ont été interpellées.

Des incidents (jets de projectiles sur les forces de l'ordre, incendie de poubelles...) ont aussi éclaté dans plusieurs villes en régions comme à Bordeaux, Toulouse, Pau, Limoges, Dijon ou encore Lyon. Des interpellations ont également eu lieu.

A Paris, le rectorat relevait une dizaine de tentatives de blocage, la plupart ayant été levés rapidement. Aucun établissement n'est entièrement bloqué et six ou sept avaient un blocage filtrant, a ajouté le rectorat. Il n'y a pas eu d'incident.

Les mots d'ordre des syndicats lycéens (UNL, SGL, Fidl, etc.) qui appellent à ces blocages évoquent les réformes du bac et du lycée, ainsi que la plateforme d'accès aux études supérieures Parcoursup, qu'ils contestent.

Les réformes du bac et du lycée, en cours d'installation, vont selon eux renforcer la sélection sociale, tandis que Parcoursup, mise en place il y a un an, a introduit de la sélection à l'entrée à l'université.

Autre désaccord avec les annonces du gouvernement, la création du service national universel (SNU), qui sera testé sur quelques centaines de jeunes volontaires dès le mois de juin, avant sa mise en oeuvre à tous les jeunes d'une génération d'ici à 2026.

- "Des études pour rien gagner" -

Mais jusqu'à présent, les appels à se mobiliser, l'an dernier contre Parcoursup ou cette année contre les réformes du lycée et le SNU, n'avaient rencontré que peu d'écho.

"On veut une révolte générale", déclare à l'AFP Nabil Hedar, porte-parole du SGL, un des syndicats lycéens, appelant de ses voeux "un mouvement intergénérationnel, avec les gilets jaunes". Il réclame des "impôts plus justes" et "une dissolution de l'Assemblée nationale", rejoignant ainsi certaines revendications de "gilets jaunes".

Louis Boyard, président de l'UNL, autre syndicat lycéen, dit se mobiliser contre les réformes du bac, de la voie professionnelle, Parcoursup et le SNU. Avec pour mot6clé sur les réseaux sociaux #RevancheLycéenne.

"Il n'y a pas de raison que la contestation des gilets jaunes ait un impact sur les lycées", dont la réforme a été conçue "en consultation avec de nombreux acteurs et plusieurs milliers de lycéens", a répliqué le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer sur LCI. Le pourcentage de lycées bloqués est "très faible" au regard des 4.000 lycées sur le territoire, et les blocages sont le fait d'"une toute petite minorité", a estimé le ministre.

Selon lui, "beaucoup de gens essayent de s'engouffrer dans la brèche de contestation des gilets jaunes pour tout et n'importe quoi".

A Nice, la moitié des lycées ont été bloqués en tout début de matinée, selon le rectorat, avant qu'un millier de jeunes, dont certains avec un gilet jaune sur le dos, n'investissent les artères du centre ville.

"Il y a les classes surchargées mais on soutient aussi les gilets jaunes. Pour nous, dans un an ou deux, l'essence on va aussi devoir la payer. On fait des études pour ne rien gagner", a déclaré un lycéen de 17 ans, élève au lycée des Eucalyptus.

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mots clés de l'article : social , gouvernement , éducation , lycées

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