Les étudiants peinent à mobiliser contre la précarité sauf à Lyon

© afp.com - Cecilia SANCHEZ

Plus de deux semaines après la tentative d’immolation d’Anas K., des centaines d’étudiants ont manifesté pour réclamer des mesures d’urgence face à leurs conditions de vie précaires. Une mobilisation importante à Lyon et plus faible ailleurs.

Le 8 novembre, Anas K., un étudiant de 22 ans, s'est immolé par le feu devant le siège du Crous à Lyon. Dans un post sur Facebook, il liait son geste à ses difficultés financières.

Anas est désormais dans un état stationnaire dans un service de grands brûlés, avec un risque important d'infections, selon ses proches.

A Lyon, l'émotion restait vive mardi et 900 étudiants, selon la préfecture, se sont mobilisés. A Rennes, Grenoble, ou Lille, ils étaient 200, selon des journalistes de l'AFP. Et à Toulouse, seulement une quarantaine dans une manifestation non déclarée et rapidement dispersée par les forces de l'ordre.

Sur les banderoles, le message était clair: "Stop aux précaricides", "Ils précarisent, On s'organise", "État coupable" ou "Ils cassent la fac, on contre-attaque".

Le cortège a fait un arrêt symbolique devant le Crous où Anas s'est immolé. Louise Bihan, une de ses amies qui milite comme lui à Solidaires, était là pour demander à l’État "un coup de main" et "une meilleure prise en charge sanitaire et psychologique".

Et comme les cinq organisations étudiantes à l'origine de cette mobilisation, elle réclame une augmentation du montant des bourses étudiantes et du nombre de bénéficiaires, l'augmentation du nombre de logements en cité universitaire ou encore le gel immédiat puis la baisse de leurs loyers.

Avec le manque de logements étudiants, "les propriétaires et les entreprises qui offrent des logements étudiants privés s'engraissent sur le dos des étudiants", dénonçait un peu plus loin Pierre-Antoine, 23 ans, en master 2 Sciences politiques à Lyon 2, qui défile sous la bannière CGT.

"L'échelon maximum de bourse est à seulement 450 euros, ce qui est vraiment trop peu élevé, le seuil de pauvreté est à 800 euros. La moitié des étudiants sont salariés, parallèlement à leurs études. Énormément de résidences étudiantes sont totalement insalubres parfois envahies par des cafards ou des punaises de lit", renchérissait à Lille Jean-François Collec, étudiant en sciences politiques appartenant lui aussi à Solidaires étudiants.

- Tribune de professeurs -

Et dans une rare prise de parole via une tribune au Monde , 47 professeurs de Lyon 2 demandent au gouvernement la création d'un groupe de travail "qui proposera des mesures urgentes et ambitieuses pour que cesse la précarité étudiante".

À Rennes, avant la manifestation, une opération Resto U gratuit a permis à plusieurs centaines d'étudiants de manger sans débourser un centime.

"La question de la précarité, elle est criante. Les étudiants se sentent concernés, ce sont des réalités qu'ils vivent au quotidien. A Rennes, 42% des étudiants son boursiers", expliquait Clément Gautier, du syndicat Solidaires étudiants.

"Après ce qu'il s'est passé à Lyon, c'est vital aujourd'hui pour les étudiants comme moi de militer", a estimé, en marge d'une assemblée générale à la faculté parisienne de Tolbiac, Cloé, 22 ans, étudiante en licence d'histoire.

"Je ne peux aller qu'à la moitié de mes cours parce que je suis obligée de travailler. Et même en faisant ça, c'est compliqué de vivre", a déploré l'étudiante, qui jongle entre un emploi dans un bar à salades et du babysitting.

"Il y a un réel mal-être. Nos politiques sont totalement déconnectés des réalités. Les APL qui ont été diminuées de cinq euros, mais cinq euros c'est énorme pour nous!", expliquait de son côté Kevin Fermine, étudiant en droit à Toulouse, en chaise roulante.

Le 12 novembre, des rassemblements dans plusieurs villes de France avaient déjà réuni des centaines d'étudiants en colère. Les manifestations s'étaient alors soldées par des incidents comme des cours perturbés. A Paris, une grille d'entrée du ministère de l'Enseignement supérieur avait été arrachée.

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