Le tueur de la préfecture de Paris, un converti radicalisé au cœur du renseignement

© afp.com - Martin BUREAU

Converti depuis une dizaine d’années, Mickaël Harpon, le tueur de la préfecture de police de Paris, avait adhéré à une "vision radicale de l’islam" alors même qu’il travaillait au sein de la direction du renseignement parisien, un service ultrasensible.

Comment a-t-il pu passer sous les radars de son service de renseignement? Depuis jeudi, la question hante les couloirs de la préfecture de police et du ministère de l'Intérieur.

Trop rapidement présenté comme un adjoint administratif qui n'avait "jamais présenté de difficulté comportementale", ni "le moindre signe d'alerte" par le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, sur la foi de premières informations, Mickaël Harpon était à l'évidence loin d'avoir une personnalité aussi lisse.

Les enquêteurs de la brigade criminelle ont ainsi d'ores et déjà dessiné le portrait d'un homme de 45 ans ayant "adhéré à une vision radicale de l'islam".

Né à Fort de France, sur l'île française de Martinique, dans les Antilles, l'auteur de la tuerie s'était converti à l'islam il y a une dizaine d'années, et les témoignages recueillis par les enquêteurs démontrent qu'il avait épousé son versant radical.

Harpon semble ainsi avoir approuvé "certaines exactions commises au nom de cette religion", il a également manifesté "son souhait de ne plus avoir certains contacts avec des femmes" ou a encore justifié "auprès d'un collègue de travail les attentats commis dans les locaux du journal Charlie hebdo en 2015".

A Gonesse, dans la banlieue de Paris, il avait fini par remiser ses tenues occidentales pour se rendre à la mosquée en tenue traditionnelle, a détaillé le procureur antiterroriste Jean-François Ricard lors d'une conférence de presse.

Le magistrat a également fait état de fréquentations susceptibles d'appartenir à la mouvance salafiste.

Souffrant de surdité et père de deux jeunes enfants, Mickaël Harpon était marié à une femme d'origine marocaine, elle aussi malentendante. Placée en garde à vue depuis jeudi, elle est au cœur des investigations. Le matin de la tuerie, il a échangé avec elle 33 SMS contenant "des propos à connotation exclusivement religieuse" dont certains particulièrement troublants au regard des faits à venir.

La famille vivait à Gonesse dans un immeuble de cinq étages, entouré d'arbres et de pelouses, au cœur d'une résidence calme, où vivent de nombreux fonctionnaires dont des policiers.

- Casier judiciaire vierge -

C'était "quelqu'un de très calme. Je le voyais aller à la mosquée mais il avait une pratique normale", a raconté jeudi une voisine, "déboussolée".

Il avait un casier judiciaire vierge, mais avait fait l'objet d'une procédure pour violences conjugales en 2009, ce qui lui avait valu un blâme de l'administration trois ans plus tard.

La mosquée qu'il fréquentait n'était "pas considérée comme salafiste", mais un imam est passé "brièvement" dans cette communauté "avant d'être rejeté", selon une source proche du dossier.

Sur son compte Facebook "Miko Noparh" créé en 2009, sur le peu de publications partagées, beaucoup concernent l'islam et la défense de la cause palestinienne, syrienne ou celle de la communauté musulmane des Rohingyas en Birmanie.

Sur l'une des vidéos partagées, le 6 juillet 2017, on voit un homme dire en anglais "maintenant, la chose la plus importante est de mourir en tant que musulman".

Jeudi matin, il a pris son train à la gare de Gonesse vers 8H20 pour arriver à la préfecture de police et prendre peu avant neuf heures son poste d'informaticien au service de maintenance technique de la DRPP. Un poste pour lequel il avait une habilitation "secret défense".

Avant d'assassiner quatre fonctionnaires de la préfecture de police dont des collègues, Mickaël Harpon a traversé la Seine pour aller acheter deux couteaux qui serviront d'armes du crime. Lors de cet aller et retour qui précède de quelques minutes la tuerie, son comportement "ne trahit aucune fébrilité", selon le procureur.

mots clés de l'article : France , Enquête , police , jihadistes

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