Le ras le bol des chauffeurs VTC contre Uber : "On s’en sort plus"

© afp.com - ALAIN JOCARD

"Entre la hausse du fioul, l’augmentation de l’assurance, les traites pour la voiture et les tarifs trop bas, on s’en sort plus" : plusieurs centaines de chauffeurs VTC français partenaires d’Uber bloquent depuis une dizaine de jours sept centres logistiques, dont celui d’Aubervilliers en Seine-Saint Denis.

Une cinquantaine d'entre eux sont massés devant le centre d'accueil des chauffeurs, au 2e étage d'un centre commercial d'Aubervilliers, a constaté l'AFP mardi.

Yacine, 38 ans, s'est lancé il y a 3 ans "à la belle époque, quand on faisait 2.500 euros de chiffre d'affaires par semaine". Aujourd'hui, il est content quand il dégage 1.200 euros brut par semaine, auxquels il faut soustraire 600 euros de location de véhicule, 200 euros de carburant, la TVA à 10% et l'adhésion au régime de micro-entrepreneur.

"Je me demande si un smicard ne gagne pas plus que moi", résume Sabrina, une des rares femmes chauffeurs. Sabrina était conductrice d'autobus pour la RATP. "J'ai quitté pour être indépendante mais on n'est pas indépendant du tout: Uber impose tout, les courses, le tarif, et on paye même leur TVA !"

Uber prélève 25% du tarif des courses, mais la facture est au nom du chauffeur, afin qu'il n'y ait pas de lien de subordination, susceptible d'être plaidé devant la justice pour obtenir la requalification du contrat en salariat. "Du coup, on paye la TVA sur la totalité de la somme, alors qu'on ne touche que 75%" s'indignent les chauffeurs.

Les débrayages et blocages ont débuté il y a une dizaine de jours à Lyon avant de faire tache d'huile, soutenus par une intersyndicale d'associations locales (UVH Lille, Acil à Lyon...) et par la CFDT-VTC.

- "Faux chauffeurs" -

La goutte d'eau a été le changement de procédure pour "la qualité de service", dans le vocabulaire Uber, ce que les chauffeurs dénoncent comme "des déconnexions abusives".

Le chauffeur inscrit sur la plateforme doit accepter ou refuser une course "les yeux fermés, sans connaître la destination et le tarif", s'insurge Yacine. "Si vous refusez plusieurs courses, vous êtes déconnectés et vous devez vous expliquer, et ça peut prendre jusqu'à 15 jours avant d'être reconnecté".

Sabrina refuse parfois une course pour des raisons de sécurité, "parce qu'en tant que femme, faut faire gaffe." "Mais ça, ils s'en foutent, ils vous déconnectent quand même."

"Moi, j'ai refusé des courses parce que les clients avaient des bébés et pas de siège auto, et bien j'ai expliqué ça mais on m'a déconnecté quand même", raconte Ali.

Uber dit avoir revu la procédure, "plus fluide car nous avons mis en place un délai de 48 heures maximum pour appeler le chauffeur", selon sa porte-parole.

Elle souligne que "30.000 chauffeurs VTC utilisent notre application en France et continuent à y avoir recours".

De leur coté, les chauffeurs revendiquent 3.500 à 4.000 chauffeurs engagés dans les blocages. "La première revendication, c'est le respect, qu'ils cessent de nous traiter comme des moins que rien", lance Brahim Ben Ali, un des coordinateurs.

Les chauffeurs réclament notamment un tarif minimum à 10 euros, un numerus clausus et la suppression immédiate des "faux chauffeurs", qui n'ont pas de carte VTC ou de fausses cartes, pas de permis de conduire, pas d'assurance. Ils seraient selon eux plusieurs milliers.

"L'application est gangrenée par de faux chauffeurs, comme en Angleterre", selon Brahim Ben Ali.

La plateforme Uber a vu lundi son permis d'exercer suspendu à Londres, l'un de ses principaux marchés, à cause de failles de son système informatique permettant à des milliers de conducteurs sans permis de prendre en charge des passagers frauduleusement.

Uber assure avoir contrôlé tous ses chauffeurs mais, selon les grévistes, "de fausses cartes se vendent à Barbès". Les cartes professionnelles papier, sujettes à des fraudes, doivent être remplacées par des cartes sécurisées d'ici la fin de l'année, selon Uber.

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