L’exécutif espère enfin discuter directement avec les "gilets jaunes"

© AFP/Archives - JACQUES DEMARTHON

L’exécutif, confronté à une colère sociale puissante mais encore peu organisée, espère lancer enfin la discussion avec les "gilets jaunes", dont une délégation doit être reçue à Matignon vendredi, veille d’une nouvelle mobilisation partout en France et sur les Champs-Élysées.

La rencontre prévue vendredi à 14H00 entre le Premier ministre Édouard Philippe et les "gilets jaunes" se voudra le point d'orgue de deux jours de rencontres commencées jeudi matin à Matignon pour dessiner la "grande concertation" locale de trois mois voulue par Emmanuel Macron.

Un groupe de huit porte-parole avait été désigné lundi. Deux d'entre eux, Priscillia Ludosky et Éric Drouet, ont déjà été reçus mardi par le ministre de la Transition écologique, François de Rugy.

Matignon a pris soin d'indiquer que le groupe serait reçu "en tout ou partie" par Édouard Philippe. Une précision d'importance, alors que M. Drouet, un chauffeur routier de Seine-et-Marne, a déjà signifié son refus de se rendre à Matignon, et prévenu "ceux qui accepteront d'y aller" qu'ils "devront en accepter les conséquences".

- Acte 3 samedi -

"Aucune délégation n'a encore le rôle de représenter les gilets jaunes", écrit-il sur Facebook: "Des représentants (locaux, NDLR) vont être mis en place. Aucune autre rencontre doit se faire sans eux. J'accepterais de rencontrer le gouvernement seulement avec une délégation représentative de l'ensemble des gilets jaunes avec leur représentants de région".

De nombreux députés ont reçu un courriel jeudi issus d'une adresse "giletsjaunes1", contenant une liste assez large de revendications incluant entre autres, le SMIC à 1.300 euros nets, un plan d'isolation des logements, la fin de la hausse des taxes sur le carburant, la retraite à 1.200 euros minimum. Il n'était pas possible de vérifier, dans le courant de l'après-midi, si cet e-mail émanait de la délégation des porte-parole.

Sur le terrain, les "gilets jaunes" se donnent rendez-vous samedi, notamment sur les Champs-Élysées, pour l'acte 3 de leur mobilisation contre les taxes sur le carburant et pour la hausse pouvoir d'achat.

Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national, souhaite qu'ils soient autorisés à manifester sur la célèbre avenue parisienne, ou bien qu'à défaut, celle-ci soit fermée pour éviter les violences du samedi 24 novembre. À l'inverse, le député de Paris LREM Stanislas Guerini "ne veut pas revivre (...) cette image de quasi guerre civile" sur les Champs-Élysées.

De source policière, un peu plus de 3.500 "gilets jaunes" ont participé jeudi matin à plus de 280 "actions de voie publique", notamment des blocages de plateformes logistiques et de dépôts de carburant. Symboles du ras-le-bol fiscal, les accès à quelques perceptions ont été bloqués. À Montargis (Loiret), onze "gilets jaunes" sont en garde à vue pour avoir commencé à murer le centre des impôts.

L'île de la Réunion est toujours paralysée, avec une cinquantaine de barrages dressés. Un adolescent de 13 ans a été blessé par une voiture sur l'un d'entre eux. La ministre de l'Outre-mer Annick Girardin, sur place depuis mercredi, doit y annoncer dans la soirée des mesures économiques et sociales.

À Matignon, Édouard Philippe a commencé, avec des élus locaux, un marathon d'entretiens avec les membres du Conseil national de la transition énergétique (CNTE), un organe consultatif qui réunit 50 membres de divers horizons (patronat, syndicats, ONG environnementales, société civile, élus locaux et parlementaires).

- "Un moment décisif pour le quinquennat" -

La quasi-totalité des élus locaux reçus ont réclamé un nouveau "geste" de l'exécutif, afin que la concertation de trois mois dans les départements souhaitée par Emmanuel Macron puisse avoir lieu de façon "sereine".

Certains ont réclamé un moratoire de la hausse de la taxe carbone prévue au 1er janvier. D'autres ont laissé le gouvernement décider de la nature de ce geste mais réclamé qu'il intervienne avant Noël ou avant le début des débats locaux qu'essaie de mettre en place le Premier ministre.

L'idée d'un moratoire fait débat dans la majorité macroniste. La présidente (LREM) de la Commission des Affaires sociales de l'Assemblée, Brigitte Bourguignon, est pour un "moratoire d'un trimestre" sur les hausses de taxes sur les carburants. Le chef de file des députés LREM, Gilles Le Gendre, y est opposé.

Dans la journée, les membres du patronat reçus à Matignon ont mis en garde contre l'impact économique des "gilets jaunes". "Quand les gilets jaunes s'en prennent aux entreprises, clairement ils se trompent de cible et ils se tirent une balle dans le pied", a ainsi plaidé Jean-Eudes du Mesnil, le secrétaire général de la CPME.

Dans un communiqué, la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) affirme de son côté qu'un troisième week-end de "blocage des magasins et des entrepôts" serait "catastrophique" pour le commerce.

mots clés de l'article : social , manifestation , gouvernement , fiscalité , énergie , environnement , carburants

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