"Gilets jaunes" : tensions persistantes à Paris après une explosion de violences

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La situation restait tendue en fin de journée samedi à Paris après une mobilisation des "gilets jaunes" qui a donné lieu à une explosion de violences dans plusieurs quartiers de la capitale, théâtre de nombreuses dégradations et de scènes de chaos.

Un calme précaire était revenu en début de soirée place de l'Etoile, point de départ de violentes échauffourées qui se sont étendues au fil de la journée dans la capitale, faisant 95 blessés, dont 14 parmi les forces de l'ordre selon le dernier bilan officiel. Vers 19H20, les forces de l'ordre avaient procédé à 263 interpellations.

"Mon parquet veillera à engager des poursuites (...) contre tous les auteurs des faits de violences et de dégradations constatées qui seront identifiés, et à ne pas laisser impunies les exactions inacceptables", a réagi le procureur de Paris Rémy Heitz, précisant que 200 personnes étaient en garde à vue à 19H00.

Véhicules et restaurants incendiés, magasins saccagés et pillés, forces de l'ordre et de secours prises à partie: du quartier de l'Opéra à la prestigieuse avenue Foch en passant par la rue de Rivoli, les scènes de guérilla urbaine se sont répétées dans plusieurs quartiers huppés de la capitale, éclipsant le message porté ailleurs en France par des dizaines de milliers de "gilets jaunes".

"Je suis solidaire avec les gilets jaunes, mais j'ai envie de pleurer face à toute cette violence, ce gâchis", résumait Fanny, une infirmière de 47 ans, devant un conteneur à verre incendié boulevard Haussmann. "Ça sent la Révolution".

Le Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur a dénoncé les agissements de "groupes extrémistes extrêmement violents" et difficiles à freiner.

"On est en train de régler (la situation) méthodiquement. Ca peut donner l'impression que ça prend du temps et ça prend du temps parce que ces groupes sont dispersés, sont équipés", a déclaré Laurent Nunez sur BFMTV. Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner doit s'exprimer à 20H sur TF1.

Une arme de type fusil d'assaut a été dérobée dans un véhicule de police dans le secteur de l'Etoile, a indiqué une source proche du dossier, sans préciser si l'arme était ou non chargée.

- Indignation -

Dans plusieurs quartiers au coeur de la capitale, des personnes cagoulées ont pris à partie des pompiers venus éteindre poubelles et véhicules incendiées, arrachant des vélos en libre-service et érigeant des barricades de fortune, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Rue de Rivoli, une grille du Jardin des Tuileries descellée par des manifestants est tombée sur l'un d'eux, le blessant gravement. L'homme a été conduit à l'hôpital.

En fin de journée, la situation restait tendue et confuse dans plusieurs quartiers et des manifestants semblaient se diriger vers Bastille. Une vingtaine de stations de métro restaient fermées en raison des violences, a indiqué la RATP.

"C'est la guerre", lâchait en pleurs Sélim, un salarié d'une galerie d'art pris dans les échauffourées.

Le syndicat de police Alliance a dénoncé des "scènes d'insurrection" tandis qu'Unité SGP Police refusait que les policiers soient les "bouc-émissaires de l'autisme du gouvernement".

Place de l'Opéra, les camions de pompiers se succédaient sous le regard inquiet des touristes. "What is going on (que se passe-t-il?)", demandait paniquée une touriste.

"J'éprouve une profonde indignation et une grande tristesse face à ces violences au cœur de Paris. Elles sont inacceptables", a déclaré la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo sur Twitter.

- "De pire en pire" -

"Ca fait quinze jours qu'on essaye de se faire entendre et y a rien qui bouge. Il va falloir à un moment que Macron nous entende sinon ça va être de pire en pire", a déclaré Gaetan Kerr, 52 ans, agriculteur venu de l'Yonne, non loin des Champs-Elysées

C'est dans ce quartier, sur le rond-point de l'Étoile, que les premiers heurts de la journée ont éclaté vers 8H45 quand des manifestants ont tenté de forcer un barrage. Les forces de l'ordre ont alors répliqué par des tirs de gaz lacrymogènes.

Les échauffourées se sont d'abord concentrées autour de l'Arc de Triomphe et notamment près de la flamme du soldat inconnu où des manifestants ont entonné une Marseillaise. Plus tard dans la journée, des "gilets jaunes" se sont introduits sur le toit du monument pour brandir un drapeau français.

"Au risque de paraître vieux jeu, je veux dire à quel point j’ai été choqué par la mise en cause de symboles qui sont des symboles de la France", a réagi dans la matinée le Premier ministre Edouard Philippe.

Après ces premiers heurts, les manifestants ont reflué dans des avenues adjacentes, notamment la prestigieuse avenue Foch où des véhicules ont été incendiés.

La situation a été nettement plus calme sur l'avenue des Champs-Elysées, qui avait été sécurisée depuis 6H00 du matin par un quadrillage policier très serré.

"Nous sommes un mouvement pacifique, c'est juste que nous sommes désorganisés, c'est le foutoir car nous n'avons pas de leader", déplorait Dan Lodi, retraité de 68 ans.

La ministre de la Santé Agnès Buzyn a, elle aussi, déploré les violences, estimant que cela "discrédite un combat légitime qu'exprimaient beaucoup de gilets jaunes".

Plusieurs figures de l'opposition ont accusé le gouvernement de mettre en scène ces violences pour discréditer le mouvement des "gilets jaunes". Le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a ainsi dénoncé un "incroyable acharnement" contre les manifestants.

Pour le porte-parole des Républicains (LR) Gilles Platret, "il est impératif" que l'exécutif "fasse un geste significatif en direction des justes réclamations des gilets jaunes".

- Incidents à Toulouse -

Lancé il y a quinze jours hors de tout cadre politique ou syndical, le mouvement des "gilets jaunes" s'est également poursuivi en dehors de Paris.

A 17H00, quelque 75.000 manifestants ont été recensés par les autorités sur l'ensemble de la France. La première journée nationale, le 17 novembre, avait réuni 282.000 personnes, et la deuxième 106.000, dont 8.000 à Paris.

La plupart des mobilisations se déroulaient dans le calme mais des échauffourées ou face-à-face tendus entre manifestants et forces de l'ordre ont eu lieu à Bordeaux, Toulouse, Nantes, Tours ou Dijon.

A Charleville-Mézières, des boules de pétanque ont notamment été lancées vers les forces de l'ordre.

Plusieurs opérations de blocage et de filtrage étaient recensées notamment dans le Var au péage de Bandol sur l'A50 et dans les Bouches-du-Rhône.

A Nantes, une cinquantaine de "gilets jaunes" ont fait irruption à deux reprises samedi matin sur le tarmac de l'aéroport de Nantes Atlantique tandis que de brèves échauffourées ont éclaté à Strasbourg.

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