Excédés, résignés ou solidaires, les Parisiens dans la routine de la grève

© afp.com - Dominique FAGET

"On est des sardines à l’huile ou à la tomate ?" ironise une femme dans le RER B, où les voyageurs sont agglutinés lundi matin, pour une rentrée marquée par la poursuite de la grève contre la réforme des retraites.

Au 33ème jour de perturbations dans les transports parisiens, les pistes cyclables sont à nouveau prises d'assaut par vélos, trottinettes, skates ou rollers. Devant les arrêts de bus, des petits groupes se forment dès 06H00. Sur la route, le décompte des kilomètres d'embouteillages a repris.

"Faites attention dans les escaliers, des personnes fragiles pourraient tomber, dites-le autour de vous": des appels au civisme par haut-parleur, certains enregistrés avec des voix d'enfants disant "on m'a bousculé, j'ai failli tomber", retentissent sur les quais du RER de la Gare du Nord, la plus grande de la capitale.

Emmanuel Picard, fonctionnaire de 48 ans, s'est justement blessé dans une cohue des semaines précédentes. Béquille à la main, il s'apprête à affronter les voyageurs: "ce n'est pas la grève le problème, c'est le comportement des gens; je ne dis pas que c'est facile au quotidien avec les galères de transport mais c'est le seul moyen de se faire entendre du gouvernement, et je crains qu'on doive même aller jusqu'à la grève générale".

Après de fortes perturbations pendant les vacances scolaires, la SNCF faisait état lundi d'une amélioration de la circulation des trains, avec 8 TGV sur 10, 2 TER sur 3, un Intercités sur 3, et en Ile-de-France un Transilien sur deux. Avec la rentrée, "le trafic est plus dense, mais ça s'écoule", commentait l'opérateur.

Les agents de la SNCF (gilet rouge) et de la RATP (gilet vert) sont désormais bien rodés à l'exercice pour aiguiller les voyageurs désorientés.

- "On ne peut pas aller à contre-courant" -

Sur les routes et dans les transports, plusieurs états d'esprit.

Il y a ceux qui soutiennent la grève comme Didier Dath, 63 ans, cadre de la fonction publique: "je comprends ceux qui galèrent mais ça vaut le coup de tenir, il faut même élargir la grève", ou Agathe Moroval, 43 ans, directrice de production d'exposition: "même si c'est un peu stressant pour l'organisation avec l'école, on s'en sort: je n'ai que 10 minutes de plus sur mon trajet avec mon scooter".

Les opposants à la grève trouvent eux la mobilisation "égoïste", comme Sylvain Barrier, 29 ans, propriétaire d'un restaurant qui regrette un mouvement qui "met à mal une certaine économie".

Denise Guine, professeur de 61 ans, est debout depuis 05H00 pour être certaine d'arriver à l'heure à son cours de 14H00, et estime qu'"on ne peut pas bloquer le pays indéfiniment, il faut discuter! Le risque c'est qu'ils finissent par mettre des lignes automatiques partout!"

Seules les deux lignes automatiques du métro fonctionnent normalement depuis le début de la grève le 5 décembre.

D'autres sont résignés: "on ne peut pas aller à contre-courant d'un tel mouvement", affirme Greta, 37 ans, cadre de l'industrie pharmaceutique qui emmène son enfant chez l'ophtalmologiste et sera en retard même si elle est partie bien en avance.

Mais il y a ceux pour qui la coupe et pleine. Naomie, 27 ans, employée dans la restauration est "dégoûtée". Elle met 02H00 au lieu de cinquante minutes pour rallier Noisy-le-Sec à Robinson: "ils (les grévistes, ndlr) sont bien gentils mais là, on est fatigué, et ça ne sert plus à rien leur grève; moi je ne vais pas prendre le risque de me casser la cheville pour aller bosser parce qu'il y a trop de monde sur les quais".

Voix minoritaires: les optimistes. Marine, 32 ans, commerciale dans l'immobilier, circule à vélo et trouve qu'après les vacances, avec la diminution du trafic automobile, "au moins l'air est un peu moins pollué".

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