Des ambulanciers à la Concorde pour défendre leur métier, loin des "gilets jaunes"

© AFP - Guillaume Bonnet, Farid Addala

Au moins 200 ambulanciers ont bloqué lundi toute la journée certains accès à la place de la Concorde pour obtenir la suspension d’une réforme du transport sanitaire qui selon eux menace directement leur métier, un mouvement commencé début novembre qu’ils veulent maintenir séparé de celui des "gilets jaunes".

Réunis près de l'Assemblée nationale où se tenait le vote solennel du projet de budget de la Sécurité sociale pour 2019, les professionnels du transport sanitaire se sont garés tôt lundi matin, toutes sirènes hurlantes. Sur les véhicules, des messages comme "Macron, nous prend pas pour des cons" et "ambulanciers en colère", a constaté l'AFP.

Avec également une dizaine de taxis, ils ont bloqué le pont de la Concorde, et l'accès à la place depuis la rue de Rivoli. Ils ont été délogés de la rue de Rivoli par les forces de l'ordre à la mi-journée à l'aide notamment de gaz lacrymogènes.

Selon Rachid Soukhmani, président de l'association pour défense des transporteurs sanitaires (ADTS), à l'origine du mouvement, les ambulanciers ont finalement rejoint la place Vauban (VIIe arrondissement) non loin du ministère de la Santé. "On nous a dit que la ministre Agnès Buzyn nous attendait mais que la condition sine qua non était de libérer la place de la Concorde", a-t-il expliqué à l'AFP. Cette information n'a pas été confirmée par le ministère.

"Et comme par hasard, elle a eu une réunion en urgence à l'Élysée" et les ambulanciers n'ont pas pu être reçus, a-t-il poursuivi, ajoutant: "on n'a pas dit notre dernier mot". Une réunion interministérielle est en cours sur la crise des "gilets jaunes", en présence du Premier ministre Édouard Philippe, a-t-on appris de sources concordantes.

Selon M. Soukhmani, environ 500 véhicules étaient encore mobilisés après 20H00.

- "On défend un métier" -

Les manifestants, gérants ou employés de petites et moyennes entreprises de transport sanitaire, protestent contre l'article 80 du projet de budget de la sécurité sociale 2017, entré en vigueur le 1er octobre 2018.

Cette mesure a renversé les règles des transports entre établissements de santé: désormais, hôpitaux et cliniques choisissent leurs ambulances par appel d'offres et en assument directement le coût, y compris les ambulances privées, auparavant réservées par les patients.

A la tête d'une société d'ambulances des Hauts-de-Seine, Hakim regrette que depuis le passage de l'article 80, "Keolis (filiale de la SNCF, ndlr) a acheté deux sociétés". Il rappelle que "plusieurs artisans ont acheté des structures, des autorisations de mise en service jusqu'à 200.000 euros, ils vont tout perdre".

Venu de Charny, dans l'Yonne, Mickaël Giacommazzi assure perdre entre "10 et 15% de chiffre d'affaire" dans sa société bicéphale taxis/ambulances qui emploie neuf personnes en plus de son associé. "C'est comme si on perdait un poste", avance-t-il, "pour le moment on essaie de compenser mais sur le long terme ça va être compliqué".

Pour Pierrick Jean, gérant de deux sociétés d'ambulances en Lozère et en Avignon, ce mouvement qui a commencé en région parisienne début novembre est différent de celui des "gilets jaunes". "On nous associe aux gilets jaunes mais leurs revendications, c'est pas les nôtres. On défend un métier", prévient-il.

D'ailleurs, quand les forces de l'ordre ont repoussé les manifestants de la rue de Rivoli avec des gaz lacrymogènes, "c'était léger", assure Xavier Larcher, gérant d'une société à Boulogne. "On est gentils, nous!", ironise-t-il après les violences de samedi.

Alors que le ministère de la Santé négocie avec les fédérations de transport sanitaire de plus grande taille, Mme Buzyn a invité lundi matin les manifestants à "ne pas s'inquiéter pour leur avenir".

La fédération hospitalière de France (FHF, hôpitaux publics) a soutenu dans un communiqué l'opposition à l'article 80, "une réforme calamiteuse" dont elle demande "la suppression". "Les hôpitaux publics refusent d'être une fois de plus la variable d'ajustement du système de santé", a déclaré son président Frédéric Valletoux.

mots clés de l'article : social , transport , santé , manifestation , parlement , budget

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