Coronavirus : la mort d’un médecin accroît l’inquiétude des soignants

© afp.com - Ludovic MARIN

La mort d’un médecin urgentiste infecté par le nouveau coronavirus, premier décès d’un personnel hospitalier annoncé en France, renforce l’inquiétude des soignants sur le manque de moyens de protection.

"J'ai été informé hier (samedi) soir du décès d'un médecin hospitalier, c'est à ma connaissance (...) la première situation qui a frappé un médecin hospitalier", a annoncé dimanche midi le ministre de la Santé Olivier Véran au Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, tout en se refusant à donner des "informations plus précises", au nom de la volonté de la famille et du secret médical.

La victime, Jean-Jacques Razafindranazy, 67 ans, est un médecin urgentiste de Compiègne, dans l'Oise, l'un des départements les plus touchés, a-t-on appris de source proche du dossier, confirmant des informations de France 3 Hauts-de-France. Il est décédé après son transfert au centre hospitalier de Lille.

Olivier Véran s'est "associé à la douleur de la famille", et a relevé le "très lourd tribut payé par la grande famille des médecins aujourd'hui".

- "Il a donné sa vie" -

Sur Facebook, un des fils de la victime a rendu hommage à son père: "Mon père, ce héros, médecin aux urgences de Compiègne est parti trop vite à cause du coronavirus", a-t-il écrit.

"Passionné par son travail, il n'a pas pris sa retraite (...) Il revenait de vacances de Madagascar, en pleine forme, mais le Covid-19 était plus fort", a-t-il poursuivi, incitant les Français à rester chez eux pour éviter la propagation du virus.

"C’est un monsieur qui est venu volontairement pour soigner et qui savait qu’il prenait un risque. Il a donné sa vie pour les autres", a souligné le maire de Compiègne, Philippe Marini, sur BFMTV. Le médecin a été contaminé au début du mois de mars dans le cadre de ses fonctions à l'hôpital de la ville, où il a pris en charge les premiers patients atteints du coronavirus, selon l'élu.

"C'est toute la grande famille hospitalière qui aujourd'hui est touchée par cette disparition", a souligné dans un communiqué Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France.

"Ce terrible décès vient aussi rappeler que les personnels de santé sont les premiers exposés face à une épidémie grave et même violente", a-t-il ajouté, alors que de nombreux médecins et personnels hospitaliers dénoncent depuis le début de la crise le manque de masques.

- Tension sur les masques -

"On est tous bouleversés", a réagi le chef des urgences de l’hôpital Avicenne et du Samu de Seine-Saint-Denis, Frédéric Adnet, sur BFMTV. "On sait que nous sommes exposés, que parmi nous un bon nombre vont contracter la maladie, et c’est malheureusement le prix à payer d’un dévouement qui est exceptionnel par ces hommes et ces femmes, toujours auprès des patients et, parfois, avec des moyens de se protéger qui manquent cruellement."

"Actuellement, on est vraiment en tension sur les masques, les surblouses, les charlottes, etc. On sent bien que la chaîne de production de ces moyens de protection est très tendue", a souligné M. Adnet.

Le Dr Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France, a dénoncé comme origine de cette pénurie "l'imprévoyance" des pouvoirs publics, qui auront "des comptes à rendre" après l'épidémie de coronavirus.

Olivier Véran a annoncé samedi avoir commandé 250 millions de masques, qui seront "progressivement" distribués, et confirmé que les masques actuellement en stocks (86 millions) seront en priorité distribués aux professionnels de santé.

"Le matériel de protection est absolument indispensable pour les soignants, mais avec ou sans matériel de protection on peut être malade dans son exercice professionnel, on peut être malade quand on est soignant", a souligné le ministre dimanche.

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