Confinement : dans le Vieux-Nice, des jeunes font les courses des anciens

© afp.com - VALERY HACHE

"La commande de Mireille, là, s’il vous plaît !" : dans cette boucherie du Vieux-Nice, une nouvelle clientèle afflue depuis quelques jours. Gants sur les mains, masques sur le nez, des jeunes du quartier font le tour des commerces pour livrer les commissions des personnes âgées isolées.

"Il y a deux semaines, on s’est dit qu’on devait faire quelque chose: il y a beaucoup de personnes âgées ici qui prendraient énormément de risques à sortir, on a eu cette idée", raconte Bastien Gambaudo, 33 ans, président du comité de quartier du Vieux-Nice, une association lancée il y a un an pour recréer du lien social dans ce petit "village" qu'affectionnent les touristes du monde entier aujourd'hui envolés.

Avec une dizaine d’autres jeunes hommes, dont son frère Ugo, professeur de maths à Menton, et Sofiane, qui travaille dans un lycée de Nice, Bastien, manager dans l’événementiel qui a grandi ici, livre ainsi chaque jour entre cinq et dix personnes depuis l'aggravation de l'épidémie de Covid-19 et le début du confinement.

Il suffit de téléphoner le matin, l'équipe de Bastien passe ensuite récupérer la liste de courses et l'argent, puis revient pour les livrer l'après-midi.

"Le profil des gens qui font appel à nous, c’est à 80% des petites dames toutes seules qui ont dépassé 80 ans, mais il y a aussi des personnes malades, parfois sous chimiothérapie", précise Bastien, qui fait sa tournée en prenant le maximum de précautions, avec des gants et un masque.

- Vendredi, c'est aïoli -

"Jusqu’à présent, on se débrouille tout seuls, on trouve encore des masques par notre réseau, on ne demande aucun soutien particulier", précise-t-il.

Mireille, 72 ans, a commandé ce mardi du jarret de veau. "J’ai déjà les olives, les champignons et le vin blanc, il me manque encore le concentré de tomates mais j’irai le chercher moi-même, je ne voulais pas les obliger à lire tous les ingrédients dessus car j’ai une allergie à l’oignon, il faut pas se tromper", raconte-t-elle sur le palier de son petit appartement de 36 m2.

Atteinte d’une maladie génétique, l’hémochromatose, elle a sauté sur l’occasion quand elle a vu l’une des trois cents affichettes posées dans le Vieux-Nice par les jeunes gens. "J’ai pris l'affiche en photo et je les ai appelés aussitôt, c’est formidable. Maintenant, je les reverrai vendredi pour l’aïoli, j’aurai besoin de poisson frais", lance Mireille, dont la plus proche famille est à 800 km de Nice, à Auxerre.

"Au début, on s’est demandé si on serait vraiment utiles, on se disait que peut-être les gens avaient de la famille, mais quand on voit que les mêmes personnes nous appellent tous les jours, on se dit finalement que ça servait à quelque chose", témoigne Bastien en traversant la place Saint-François. Là où se tient habituellement le marché aux poissons, seuls quelques goélands tournent en rond mardi, déboussolés de ne plus trouver leur pitance quotidienne.

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