Métropole par Conflans-Sainte-Honorine (AFP) , mardi 12 octobre 2021 à 09:42

Avant les hommages, d’anciens élèves de Samuel Paty murmurent leur "envie d’oublier"

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Après l’assassinat de leur prof, Lola* se disait "au bout des larmes". Anna* bouillonnait. Guillaume* ne riait plus. Un an plus tard, ces anciens élèves de Samuel Paty confient ne plus vouloir "déprimer". Certains murmurent même vouloir oublier.

"J'ai envie d'oublier, j'essaie de commencer une bonne année, l'année dernière c'était pas ouf", explique Anna, 14 ans, quelques jours avant le début d'une série d'hommages à son ancien enseignant, décapité le 16 octobre 2020 par un réfugié tchétchène parce qu'il avait montré des caricatures de Mahomet à ses élèves.

"Personnellement, j'ai pas besoin d'un hommage pour aller mieux", dit l'adolescente, "mais si c'est organisé, j'irai par respect".

L'attentat a eu lieu la veille des vacances de la Toussaint, dans une rue voisine du collège du Bois d'Aulne.

Six mois après, Anna avait partagé avec l'AFP sa grande colère.

Aujourd'hui, elle dit vouloir "changer de mentalité". "Je retiens la date, je pense encore un petit peu à ça, mais je ne me sens pas forcément triste et plus du tout en colère", confie l'adolescente, "un an, c'est assez pour faire un deuil, surtout d'une personne dont on n'était pas si proche que ça".

Sur l'année écoulée, outre un soutien psychologique, le collège a organisé plusieurs projets pédagogiques: rencontres avec l'Association française des victimes du terrorisme, confection d'une grande fresque "Amour" et "Tolérance", ateliers de slam...

- Tourner la page -

Son entrée au lycée a encore davantage aidé Anna. "Ça me permet d'être quelqu'un d'autre, de ne pas tout de suite être étiquetée élève du collège de Samuel Paty".

De nombreux jeunes préfèrent ne plus parler de l'attentat, malgré leur affection pour "Monsieur Paty". Dans un texto, Mélanie* s'excuse: "désolée, mais ressasser le passé serait trop dur pour moi, j'essaie d'aller de l'avant en oubliant cet événement".

Une autre, Mei*, avait décrit à l'AFP en avril dernier une ambiance de déni "un peu pesante" au sein du collège et avoué avec une autodérision déconcertante faire des cauchemars dans lesquels elle "tuait des profs". Aujourd'hui, elle a préféré garder le silence avant cette semaine très médiatisée.

"On n'en parle plus" non plus chez Lise*, dont le fils, élève de Samuel Paty, vient de passer en troisième. "Ça permet de faire redescendre les tensions", se félicite-t-elle.

Silence aussi chez Nathalie, qui a attendu quelques mois avant que son fils Guillaume ne "rigole de nouveau".

Et quand Marion engage la conversation avec sa fille pour lui demander comment elle va, cette dernière répond, presque étonnée: "Bien ! Maman, si on n'avance pas, on déprime".

"Ma fille n'oublie pas, mais elle met dans un coin", observe Marion. "M. Paty reste présent pour elle, mais cela n'empiète pas sur sa vie".

- "Lieu de vie" -

Sur le chemin de la résilience, le temps fait son travail.

L'adolescente a commencé à "penser à autre chose" à partir du printemps dernier, se souvient sa mère. "Le mois de coupure" d'avril, les habituelles vacances de Pâques étendues pour cause de crise sanitaire, "a fait du bien".

Mais en août, l'anxiété l'a reprise. Sa fille, qui entre en troisième, angoisse à l'idée d'avoir cours dans l'ancienne classe de Samuel Paty.

Lola, 13 ans, y a régulièrement cours depuis la rentrée. "C'est dur d'être dans la salle d'une personne qui était là, et qui n'est plus là. Je me dis: si ça s'trouve il a touché cet objet ou cet objet-là. Ça m'fait bizarre, mais ça ne me rend pas triste."

Pendant plusieurs mois, Lola avait peur d'autres attaques. "Maintenant on n'a plus peur", assure l'élève, qui ne "se rend même plus compte" des grilles de sécurité qui se dressent désormais devant le collège.

"Je dirais même que le collège a oublié ce qu'il s'est passé", lâche Lola, avant d'ajouter, tiraillée: "mais ce serait bien qu'on ne l'oublie pas complètement". "On a un arbre en son honneur au milieu du forum, c'est un peu comme une tombe, et je trouve ça bien car des enfants parlent à côté".

"Le Bois d'Aulne a réussi à rester un lieu de vie", estime Cécile Ribet-Retel, présidente de l'association de parents d'élèves PEEP de Conflans, "les enseignants et nos enfants le font vivre".

clw/pa/dch

*prénoms modifiés

mots clés de l'article : religion , attentat , éducation , jihadistes

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