À Paris, stupeur et grand nettoyage au lendemain de la flambée de violences

© AFP - Geoffroy VAN DER HASSELT

"Ça me fait mal au cœur" : partagés entre colère froide et une certaine compréhension, les Parisiens prennent dimanche la mesure des dégâts au lendemain de la flambée de violences dans la capitale, où les agents d’entretien sont à pied d’œuvre.

Voitures et motos calcinées, vitrines de magasins défoncées ou constellées d'impacts de projectiles, mobilier urbain détruit: les dégradations sont particulièrement visibles tout au long de l'avenue de la Grande Armée, près du rond-point de l'Étoile où ont commencé les heurts qui ont fait plus de 133 blessés et conduit à plus de 400 interpellations.

Des étuis de grenades lacrymogènes jonchent encore en grand nombre les trottoirs et la chaussée, trouée en plusieurs endroits après avoir été dépavée. Aux abords de la place de l'Étoile plongée la veille sous un nuage quasi continu de gaz lacrymogène, la vie reprenait dimanche peu à peu un cours normal tandis que les touristes et badauds se promenaient sur la prestigieuse avenue des Champs-Élysées.

Imperturbables, des touristes se prenaient en photo, montrant leurs sacs de luxe sans se soucier des barrières de police et des caméras de télévision. "Bravo pour hier", lancent deux piétons à un CRS qui monte la garde.

Une femme s'émeut: "Je suis venue pour enlever les images que j'ai vues hier, c’était horrible, je voulais voir la vraie vie revenir sur les Champs, j'ai peur pour le beau pays que nous avons", confie-t-elle à une journaliste de l'AFP.

Avant l'arrivée sur les lieux du président Emmanuel Macron, des véhicules de police sont stationnés tout autour de l'Arc de Triomphe, tout comme les véhicules verts des agents d'entretien de la ville de Paris.

Le sol a été passé à l'eau, mais les tags inscrits sur l'arc sont en grande partie encore intacts et pris en photo par des enquêteurs de la police judiciaire. "Les gilets jaunes triompheront", "Fin de régime", "Renverser la bourgeoisie", proclament certains messages.

- "Qui va payer ? Les riches !" -

Sur les grandes artères de l'ouest et du centre de la capitale touchées par les dégradations, les agents d'entretien, revêtus de leur gilet jaune de travail, sont à pied d'œuvre.

De nombreux commerces, couverts de planches la veille au soir pour prévenir les pillages, sont toujours barricadés.

L'avenue Kléber, autre artère partant du rond-point de l'Étoile, a subi un grand ménage. Ses trottoirs ont été en grande partie déblayés et les dépanneuses venues ramasser les véhicules endommagés ou détruits par le feu quittaient progressivement les lieux dans la matinée.

"Je trouve ça incroyable, comment on peut en arriver là, laisser faire une violence pareille", s'exclame une riveraine du XVIe arrondissement, en tenue de sport. "Qui va payer ? Les riches !", s'agace-t-elle, avant qu'un périmètre de sécurité ne soit mis en place sur l'avenue et que CRS, gendarmes et pompiers ne s'alignent en rang en attendant le chef de l'État.

Plus à l'est, dans le quartier de l'Opéra, moins touché que d'autres secteurs cossus de la capitale, les agents d'entretien procèdent également au déblayage des détritus jonchant les chaussées ou aux barricades de fortune qui ont bloqué certains croisements jusqu'à l'aube.

Deux ouvriers retirent au petit matin les planches protégeant la façade d'une boutique Nespresso, barrée d'un "Le capital tremble", découvrant des vitrines indemnes.

Intactes aussi, les vitrines des Galeries Lafayette illuminées pour les fêtes de Noël montrent automates en action, avec musique carillonnante.

Aux Tuileries, la lourde grille du jardin tombée sur des manifestants, blessant grièvement l'un d'eux, est toujours à terre en début de matinée. Passant à côté, Jocelyne, professeure de lettres retraitée et Parisienne, constate les dégâts: "Tout ça me fait mal au cœur mais je suis partagée car il y a des revendications justifiées, les inégalités sont scandaleuses, rien ne change depuis 40 ans, il faut vraiment un changement de monde", explique-t-elle.

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