Métropole par Montluçon (AFP) , jeudi 3 juin 2021 à 12:00

A Montluçon, le centre de santé ferme et le désert médical avance

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Les centres de santé, remède aux déserts médicaux ? A peine ouvert, celui de Montluçon (Allier) va fermer ses portes, faute de praticiens, privant des milliers de patients de médecins, dans une région déjà sous-dotée.

Dans la salle d'attente où elle patiente avec ses deux enfants, Estelle Gall, 45 ans, désespère : "on se retrouve sans médecin. C'est très inquiétant de ne pas pouvoir être suivi, surtout quand on a des enfants".

La mère de famille affirme avoir contacté une vingtaine de généralistes : "les refus sont catégoriques: ils ne prennent plus. Ils sont déjà surchargés et il n'y a aucun moyen d'être soigné", dit-elle.

Le centre de santé, où travaillent deux praticiens retraités et une jeune médecin à mi-temps, doit fermer le 30 juin.

Dans le cabinet du docteur Fabrice Gauvin, l'un des médecins retraités, les consultations s'enchaînent à un rythme soutenu. Les situations dramatiques aussi.

Colette Magnier, 80 ans, doit faire renouveler ses ordonnances pour des problèmes cardiaques. Cette fermeture, "c'est la tuile". "Je suis malheureuse et j'en pleure encore", témoigne-t-elle, au bord des larmes, après avoir essuyé les refus de cinq praticiens montluçonnais.

"J'ai des copines qui venaient à pied, elles n'ont pas de voiture, comment vont-elles faire?" s'interroge-t-elle face au médecin impuissant.

- "Ils vont se retrouver aux urgences" -

"On pense que 20% des patients vont arriver à se recaser (...) mais vous avez, grosso modo, 7 à 8.000 patients qui vont errer, qui ne vont pas se soigner. J'en ai vu qui n'avaient pas de médecin depuis deux ans, avec des catastrophes sur les analyses... Ils vont se retrouver aux urgences", prédit Fabrice Gauvin.

Car le manque de médecins est criant dans cet ancien territoire ouvrier. Le bassin montluçonnais - 70.000 habitants - comptait soixante généralistes en 2014, contre seulement 32 aujourd'hui, détaille le médecin.

Quand lui-même a dû partir à la retraite en 2018, une partie de ses patients, inquiets de ne pouvoir trouver de remplaçant, a créé l'Association de patients abandonnés en recherche de médecins.

L'idée était de salarier des praticiens "car c'est ce qui correspond à la demande des jeunes diplômés, souhaitant un nombre d'heures de travail moins important", explique Philippe Busseron, vice-président de l'association.

Le projet se concrétise en septembre 2020, avec l'ouverture du centre: "c'est un modèle économique qui fonctionne parfaitement", selon lui.

La structure fait vite le plein;environ 7.000 patients sont enregistrés.

Alors pourquoi fermer? "La raison essentielle, c'est le manque de main d’œuvre ! Les médecins retraités, qui devaient nous aider n'ont pas souhaité le faire. J'avais proposé de dépanner; et au lieu de cela, j'y suis passé tout entier!", raconte le docteur Gauvin.

- Plus de 800.000 euros investis -

A cela s'ajoutent les difficultés pour recruter. Trois médecins étrangers exerçant en région parisienne avaient donné leur accord, mais, "en raison de contraintes administratives et de la crise sanitaire, ils ne pourront pas être opérationnels avant décembre", déplore le praticien.

"Le sujet ne se pose pas tant en termes de financement que de ressources médicales désirant s’installer dans la région", confirme l'Agence régionale de santé.

"C'est un échec énorme, mais on n'a pas été aidés... Le tort des politiques, c'est de n'avoir rien fait depuis 2018 alors qu'on les alerte", dénonce, amer, le Dr Gauvin.

Le maire de Montluçon Frédéric Laporte (LR), qui affirme "travailler à une solution de court terme", rappelle de son côté avoir mis à disposition "gratuitement" les locaux du centre.

La mairie avait investi plus de 800.000 euros dans cette structure où elle avait elle-même échoué à installer des médecins libéraux.

Présentés comme la panacée pour lutter contre les déserts médicaux, les centres de santé sont mis en avant depuis plusieurs années par les ministres de la Santé successifs. La France en compte environ 2.000, dont 428 pluriprofessionnels, selon les chiffres du ministère.

Mais pour le maire de Montluçon, "la solution définitive, c'est qu'on oblige - entre guillemets - des médecins à passer un temps donné dans les territoires déshérités. (...) Tant que cela ne sera pas dit en face, on ne résoudra pas ce problème".

mots clés de l'article : social , santé , médecine

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