musique
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A-Wa

jeu 23/03 21:00
tarif : - 18/20€ Le Kabardock découvrir le lieu

Un beat hip-hop, un chant de sirènes qui nous ensorcellent dans un dialecte oriental, des robes colorées, des sneakers et des longs cheveux bruns. Tair, Liron et Tagel sont sœurs, elles ont entre 26 et 32 ans et sont originaires d’un petit village perdu dans les montagnes du sud d’Israël, Shaharuth. Mais leurs racines viennent de plus loin encore : en 1949, leurs grands- parents quittaient le Yémen pour le pays du lait et du miel. Ils ne parlaient que ce dialecte arabe que l’on appelle le langage yéménite – dont les trois sœurs sont imprégnées sans pour autant le parler au quotidien.

La musique fait partie de leur vie depuis toujours. Elles grandissent au son des chants yéménites et grecs, de la pop sixties et du classique occidental. Dans la maison joyeusement habitée par une tribu de six enfants, beaucoup d’instruments : bouzouki, guitares, darboukas, synthétiseurs, tambourins... Les trois sœurs prennent des cours de chant, de théâtre et de danse. Pour un oui ou pour un non, elles chantent ensemble. Surtout en harmonie, comme les Beach Boys qu’elles adorent. Pendant les vacances scolaires, elles rendent visite à leurs grands-parents et découvre le charme hautement festif des célébrations yéménites. « Les couleurs, la joie, les tenues bariolées... C’est ce qui nous inspire encore aujourd’hui », explique Liron.

Après leurs études respectives de musique ou d’architecture, les trois sœurs désormais installées à Tel-Aviv (la ville qui ne dort jamais) se retrouvent un beau jour dans la maison de leurs parents. Elles réalisent alors que tout ce qu’elles souhaitent, c’est de chanter ensemble, comme lorsqu’elles étaient enfants, d’interpréter ces ritournelles qu’elles ont si souvent entendues chez leur grand-mère. Leur nom de scène, qui signifie « oui » en argot arabe, est une idée de Tagel : « C’était simple, efficace, cela transmettait bien l’esprit de notre musique, que l’on veut très positive. Et, quelque soit la manière dont on le prononce, ça sonne bien. » Dans tous les sens du terme. Ce « oui » retentissant est une invitation au voyage, tant historique, géographique que multiculturel. Et à une liberté des femmes qui, tant malmenée aux quatre coins du monde, leur tient particulièrement à cœur. « Sans pour autant jouer la carte de la séduction et du sexy, nous assumons notre féminité », affirme Tair.

Elles enregistrent quelques titres d’inspiration yéménite, les postent sur Youtube et prennent leur courage à six mains pour écrire un message sur le Facebook de Tomer Yosef, célèbre créateur du groupe Balkan Beat Box, lui proposant de collaborer avec elles. Bingo : il accepte. « Il nous a aidées à trouver définitivement notre style, d’assumer notre envie de groove mais aussi nos origines, de laisser de côté l’anglais et l’hébreu pour le moment. » Dont acte, malgré le parti pris de chanter uniquement en arabe yéménite, une « langue peu parlée dans le monde ! » plaisantent-elles, dans un répertoire de chansons qui, jusqu’ici, se transmettaient avant tout de façon orale. Le folklore de leurs racines se passe désormais aussi en studio !

D’où le succès fou de leur version du tube populaire yéménite « Habib Galbi ». Yosef les encourage aussi à totalement lâcher prise sur scène. Elles ne s’en privent pas. Entourées de quatre musiciens, elles chantent, dansent, sautent dans tous les sens, envoûtant le public le plus introverti. Leur look n’y est pas non plus étranger. Revisitant à leur sauce le vestiaire oriental, ces princesses en djellabas couleur pop et aux pieds chaussés d’imposantes baskets envisagent leur allure vestimentaire comme leur musique : « un mix de traditionnel et moderne. C’est ainsi que nous voyons notre style, qui est aussi très féminin. Si l’on est bien dans sa peau, on se sent plus belle, non ? » sourit Tagel. On ne peut qu’acquiescer : dès les Transmusicales de Rennes en 2014, leur charisme les a confirmées comme des talents à suivre. En témoigne leur premier album, Habib Galbi, savant mélange de hip-hop, de reggae, d’électro et de mélodies traditionnelles. En filigrane, on y décèle ce qu’aiment les sœurs A-WA depuis toujours. Dans le désordre, Paul McCartney, Michael Jackson, Pharrell Williams, Kendrick Lamar, Tom Waits, Oum Khaltoum, Bob Marley, les groupes psychédéliques des années 60 et les mélopées caribéennes.

Sœurs mais aussi meilleures amies, Tair, Liron et Tagel ne se cachent rien. À leur solidarité féminine se rajoute leur amour fraternel. Sur scène, elles se comprennent d’un seul regard. « A-WA, conclut Tair, c’est une expérience. Musicale, mais aussi visuelle et sensorielle. Nos concerts doivent être des communions improvisées où tout doit être possible : on ne sait jamais ce qui va se passer. » On est cependant certain d’une chose : elles envisagent déjà un second album où l’on devrait aussi entendre de l’anglais. Et peut-être même du français, qu’elles se sont mis en tête d’apprendre. Ces trois sœurs-là n’ont pas fini de nous surprendre. Et de nous faire dire « oui » !