En injectant 34 millions d’euros supplémentaires dans la Sematra, le conseil régional a fait franchir ce jeudi une première étape au plan de sauvetage d’Air Austral. Mais de nombreux obstacles restent à franchir pour que la compagnie retrouve la sérénité.
« Le temps nous est compté », reconnaissait Marie-Joseph Malé, le 16 mai, au lendemain de la présentation de son business plan devant le conseil de surveillance d’Air Austral. Le président du directoire estimait alors à deux mois le délai maximal au-delà duquel l’existence de la compagnie serait compromise sans l’arrivée de nouveaux actionnaires. Ces investisseurs seront-ils au rendez-vous ? Didier Robert l’a laissé entendre mercredi, en évoquant des manifestations d’intérêt de groupes réunionnais, pour 5 MEuros, et d’acteurs nationaux pour 15 MEuros.Mais avec 20 millions d’euros, on est loin du compte. Les besoins en argent frais d’Air Austral sont estimés, a minima, à 60 millions. Raison pour laquelle le Conseil régional a décidé d’accélérer la manoeuvre. En injectant 34 millions dans la Sematra, auxquels devraient s’ajouter 9 millions de la Caisse des Dépôts et Consignations, la collectivité place l’actionnariat « semi-public » en position de sauver la compagnie.
Ce dernier recours va toutefois exiger quelques contorsions juridiques. Si la Sematra met, comme annoncé, jusqu’à 40 millions d’euros dans le capital d’Air Austral, elle dépassera largement le seuil des 50% d’argent public toléré par l’Union européenne pour une entreprise en concurrence avec le privé. La Région doit donc anticiper le risque d’un retoquage par Bruxelles en trouvant des solutions temporaires, pour que son argent puisse effectivement profiter à Air Austral dès les prochaines semaines.
Si tel est le cas, la compagnie aura échappé au pire. Mais Marie-Joseph Malé ne sera pas au bout de ses peines. L’entreprise de Gillot doit absolument conserver la confiance de sa clientèle, dans les prochains mois, sur l’axe principal Réunion-métropole. Les dernières statistiques de l’aéroport Roland-Garros montrent que c’est le cas pour l’instant : en avril, Air Austral restait leader du marché (42%, quasiment dans les mêmes proportions qu’un an plus tôt).
Mais en renonçant aux escales de province dès la fin octobre, pour supprimer des foyers de pertes, elle s’expose également au grignotage par les navettes d’Air France de la clientèle qui ne commence pas ou ne termine pas son voyage à Paris. En fermant ces mêmes escales en région, à partir de l’année dernière, Corsair a vu ses parts de marché dégringoler. Si un scénario identique se produit pour la compagnie réunionnaise, il lui sera difficile de le supporter sans une réduction de voilure : moins d’avions, moins de personnel...
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En dehors de ces résolutions, qui tire les ficelles ? qui souhaite la disparition d’Air Austral ? L’ex patron, le cabinet comptable, le conseil de surveillance, il y a si peu, sans nier des difficultés financières liées à la conjoncture, ne chiffraient pas autant la perte subie. Car de 40 millions, on passe à 90 millions de perte en quelques mois, bizarre.
On s’est battu pour la casse du monopole, difficile d’accepter un retour à la case départ. Faut pas oublier jusqu’en 1978/80 situation de monopole le billet AR Réunion Paris valait entre 12 et 14 000 Fr., soit à plus de 2 000 € en moyenne.
Y a-t -il forfaiture ou ligue pour la casse de cet outil indispensable de désenclavement et du maintien du coût billet à un niveau concurrentiel ?
C’est incompréhensible qu’avec un C A de 335 millions € et un résultat positif en 2010, que cette Cie accumule autant de perte en si peu de temps.