Thierry Robert, député-maire de Saint-Leu, vient de publier un arrêté dans lequel il autorise la chasse au requin bouledogue sur tout le territoire de la commune placé sous sa responsabilité, c’est-à-dire du rivage jusqu’à une limite fixée à 300 mètres à compter de la limite des eaux. L’arrêté du maire saint-leusien, publié ce lundi 30 juillet 2012, va à l’encontre du dispositif légal de protection mis en place par l’État dans le cadre de la protection de la réserve marine. Et nombreux sont ceux à monter au créneau, à l’image de Mickaël Rard, président de l’observatoire marin de La Réunion, qui dénonce un « grand n’importe quoi ». « J’assume tout », déclare, pour sa part, Thierry Robert.
« La chasse au requin bouledogue est autorisée, par tous moyens, y compris par chasse sous-marine, de jour comme de nuit, sur tout le territoire maritime de la commune de Saint-Leu, placé sous la responsabilité du maire au regard du code général des collectivités territoriales (du rivage jusqu’à une limite fixée à 300 mètres à compter de la limite des eaux) », dit l’arrêté.Il est précisé que « les requins bouledogues devront être remis aux services de la commune sur le port de plaisance de la ville » et que « la commune achète les requins bouledogues de plus d’un mètre cinquante obtenus par tous pêcheurs ou chasseurs, au départ de la ville de Saint-Leu, au prix de deux euros par kilogramme de poids vifs, dans la limite de trente requins bouledogue à compter de la publication du présent arrêté ».
Dans son arrêté, le député-maire de Saint-Leu explique autoriser la chasse au requin suite à « la recrudescence des attaques mortelles ou mutilantes des requins bouledogues sur les usagers du rivage de l’Ouest de La Réunion depuis 2011 » et suite à « la présence de requin bouledogue dans la ravine du Grand Etang, du centre-ville de Saint-Leu en 2012 ». Il signale aussi qu’il y a « urgence d’assurer une protection minimum des usagers de la mer le long du littoral de la commune de Saint-Leu, à défaut d’être contraint d’interdire totalement l’accès à la mer aux usagers en raison des risques établis d’attaques mortelles de requin de type bouledogue ».
Pourtant l’arrêté du maire saint-leusien va à l’encontre du dispositif légal de protection mis en place par l’État dans le cadre de la protection de la réserve marine. Interrogé par Imaz Press Réunion ce lundi 30 juillet, Thierry Robert se défend : « j’ai eu le courage d’avoir essayer quelque chose. Si un accident se produit à Saint-Leu, ma responsabilité n’est plus engagée. En effet, un moment précis, j’ai pris une décision. Le plus important est d’assumer ».
Le maire de Saint-Leu dit également croire en « très peu de solutions concrètes » malgré les nombreuses études sur les squales en cours.
À la question de savoir si l’autorisation de la pêche aux requins bouledogues est la meilleure des solutions, Thierry Robert considère qu’« il n’y en a pas de bonnes ou mauvaises ». « C’est très simple, entre la vie d’un homme et un requin, je choisis la vie. C’est un avis que j’assume parfaitement. Je comprends les critiques, j’écoute, je prends et j’analyse », poursuit-il.
Par ailleurs, les réactions suite à cet arrêté ne se sont pas faites attendre. « C’est du grand n’importe quoi », s’indigne Mickaël Rard, président de l’observatoire marin de La Réunion. Il pointe du doigt un « arrêté qui va à l’encontre de celui pris par le préfet interdisant le rejet en mer de produits de la mer à l’intérieur des 2,5 milles nautiques dans les eaux territoriales de La Réunion ». Il indique ensuite que « tuer les requins ne servira à rien puisque ces derniers reviendront » et « les tuer sur place les attireront davantage ». « Dans le cadre du développement durable, l’activité de l’homme doit se faire en harmonie avec la nature », ajoute-t-il.
« Pourquoi cet acharnement sur la réserve marine et sur les requins bouledogues ? Pourquoi autant de virulence et un tel retour de force alors que des programmes sont en cours et des fonds ont été investis ?, s’interroge, pour sa part, Stéphane Girard, coordinateur de l’organisation non gouvernementale Sea Sheperd à La Réunion. Il cite notamment l’étude CHARC qui porte sur les comportements des squales et le projet BIOTOP du conseil régional. « Où est l’urgence d’un tel arrêté ? », note-t-il encore, avant de souligner « comprendre la mort du jeune Alexandre à Trois-Bassin ». « Cela n’amuse personne, y compris Sea Sheperd », déplore-t-il.
Le coordinateur de l’ONG se dit ensuite très surpris que le député-maire de Saint-Leu veuille « acheter les requins bouledogues au prix de deux euros par kilo ». Il rappelle que si « cela à consiste à revendre, la chair de requin est interdite à la consommation ». « Une partie de la viande sera destinée aux scientifiques pour des prélèvements dans le cadre d’études et le reste à l’équarrissage », explique, pour sa part, Thierry Robert.
Stéphane Girard précise « avoir contacté la responsable de Sea Shepherd France qui a alerté les services juridiques ». « Nous laissons le soin au préfet de prendre une décision et nous tiendrons informer nos concitoyens, à commencer par les pêcheurs qui se retrouveraient dans l’illégalité », explique-t-il, avant d’ajouter : « Est-ce une grande provocation pour faire bouger les lignes ou un test à destination du préfet ? ».
À noter que la préfecture n’a pas encore réagi officiellement. Toutefois, on prône que si l’illégalité de cet arrêté est prouvé, ce sera au tribunal administratif de trancher.
Pour rappel, le jeudi 26 juillet 2012, à l’appel de la ligue de surf, et des associations Prévention Requin Réunion et Océan Prévention, environ 300 personnes sont venues manifester devant la préfecture pour réclamer le lancement d’une campagne de prélèvement de requins dans les eaux réunionnaises. Ce dimanche 29 juillet 2012, ces mêmes usagers de la mer avaient renouvelé leur appel lors d’un rassemblement sur la plage des Brisants à Saint-Gilles. Thierry Robert était venu leur apporter son soutien. C’est la mort d’Alexandre Rassiga, un surfeur de 21 ans, tué par un requin ce lundi à Trois Bassins qui était à l’origine du mouvement de protestation.
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Il ne faut pas raconter n'importe quoi : les requins n'attaquent pas l'homme, les baigneurs ne sont pas exposés, toujours proches du rivage et généralement protégés par la barrière de corail. Les plongeurs, même quand ils plongent hors du lagon sont dans des eaux claires et ne courent pas de danger. En 10 ans de plongée régulière j'ai croisé des dauphins, des tortues et des raies mais jamais de requins et, à ma connaissance, c'est le cas des dizaines de personnes qui plongent quotidiennement. On signale un ou deux accidents de plongeurs-chasseurs qui ont commis l'erreur de garder leurs prises auprès d'eux (sur le harpon ou à la ceinture). Pour les surfeurs le problème est compliqué car les déferlantes qu'ils recherchent se forment à une distance précise de la côte, hors du lagon évidemment, donc dans une eau troublée, à quoi s'ajoute trop souvent une pollution relative due à la mauvaise qualité des systèmes d'épuration locaux (quand il y en a).
Le requin qui a une mauvaise vue mais un bon odorat chasse alors "à tattons" et apercevant une forme claire se déplaçant rapidement il la confond avec une proie potentielle ; après avoir recraché le morceau de planche qu'il a d'abord saisi, se console avec le surfeur. C'est aussi ce qui s'est produit pour le kayakiste où le requin ne s'est attaqué qu'à l'embarcation. D'où les consignes pour les surfeurs : pas en eau trouble, pas au crépuscule (actuellement nous sommes en hiver, la nuit tombe à 18 heures et à 16 : 30, heure de l'accident, la luminosité dans l'eau est déjà faible).