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Cinéma
Tournez métrages
Vous ne le saviez peut-être pas, mais il se tourne pas mal de films à la Réunion : documentaires, courts et longs métrages… L’île attire de nombreux réalisateurs. Pourquoi, comment ? Explications.
Ma carrière d’actrice a commencé dans un bar, où j’ai repéré deux filles qui me mataient, grossièrement cachées derrière un minuscule arbuste. Lorsqu’elles sont venues me parler, j’ai cru qu’elles cherchaient la bagarre. En fait non, elles cherchaient l’interprète de Mathilde, le second rôle du court métrage que l’une d’elle, Sandrine, s’apprêtait à tourner à la Réunion. « Ça te dit de passer le casting ? ». Je veux, oui ! Après quelques essais devant une caméra, je suis prise pour jouer dans Kabar. Je découvre alors un monde qui m’était totalement inconnu. Réalisatrice, assistantes réalisatrice, régisseur, chef op’, notes de service, script, scène 1/prise 24, action. C’est fou le nombre de personnes mobilisées pour 25 minutes de film. Je m’interroge donc : qui sont ces gens ? Pourquoi sommes-nous tous ici ? Comment ça se passe ?
Des équipes locales qui assurent un max
J’apprends tout d’abord qu’à part trois personnes embarquées par Sandrine dans sa valoche, l’essentiel de l’équipe est réunionnais. « C’est normal de bosser avec les gens sur place, m’explique Sandrine. D’une part, ça fait partie des ‘dépenses locales’ que l’on a dans notre budget, et d’autre part, ça simplifie quand même vachement les choses ». Effectivement, Emma, l’une de ses assistantes, lui a été plutôt utile lors des sessions de casting sauvage – méthode qui consiste, grosso modo, à sauter sur quelqu’un dans la rue pour lui proposer de faire du ciné : « la première scène du film est un kabar. J’avais besoin de gens d’ici, qui savent de quoi il s’agit. Sauf que la plupart parlent créole. Emma m’a aidée pour qu’il n’y ait aucune incompréhension, ni d’un côté ni de l’autre, et que les gens se sentent le plus à l’aise possible ». Si elle est pour le moins quitte ou double, la méthode de casting sauvage a plutôt bien réussi à Sandrine : « j’ai longtemps cherché la comédienne pour le rôle principal. Personne ne collait. Et puis on a croisé Anaïs dans la rue, et là c’était évident : c’était elle ».
Nous sommes ainsi beaucoup d’amateurs sur le tournage. Si ce n’est le rôle principal masculin, Clément Sibony, comédien depuis plus de 20 ans, et qui s’est entre autres fait diriger par Patrice Leconte. « Ça ne me pose aucun problème, de jouer avec des amateurs. On perd forcément un peu de temps car il manque certains réflexes, mais au final, on s’en fout, me raconte-t-il. Par exemple là, on a une scène avec deux petits mecs qui doivent se la jouer un peu caillera. Les gars, ils n’y connaissaient rien, mais ils ont pigé le truc en 2 secondes, ils ont un charisme de fou. Anaïs c’est pareil, elle a une crédibilité qu’on n’aurait pas trouvé ailleurs ».
Donc, tout le monde est content. Sauf que bon, le tournage n’a duré qu’une petite semaine, et qu’il fallait quand même ne pas trop rigoler ni se la couler douce. « Sincèrement, me confie Clément, je pense qu’on n’aurait pas pu arriver à tourner ce film, qui a beaucoup de contraintes – les tournages de nuit, en extérieur – et avec autant d’amateurs, si l’équipe technique n’avait pas été au top ». Effectivement l’équipe assure et la bonne humeur est toujours au rendez-vous, même si certaines scènes nécessitent d’être refaites plus de 10 fois (! !) et que le sommeil vient à manquer. Yves, un des techniciens, me l’a dit : « on est recrutés pour nos compétences, bien sûr, mais aussi pour notre résistance physique. Un tournage, c’est hyper éprouvant ».
De l’importance des aides financières…mais pas que
Ces techniciens de qualité sont recensés par l’Agence Film Réunion, le tout nouveau nom de l’ADCAM depuis fin 2011. Françoise Kersebet, la déléguée générale, m’explique : « l’une de nos missions est d’être un bureau d’accueil des tournages. C’est auprès de nous que producteurs et réalisateurs trouveront toutes les informations concernant les ressources locales. Les décors, la météo, les autorisations de tournage, les listes de techniciens qu’ils peuvent contacter… Le but étant pour nous de valoriser la filière et ses compétences à la Réunion ». L’Agence Film Réunion s’adresse à tous les professionnels du cinéma, même si les aides aux productions locales sont privilégiées. La Région investit plus d’un million d’euros par an dans ces aides, qui concernent aussi bien l’écriture, le développement et la production. Elle instruit également les demandes de tournages, qu’elle met entre les mains d’experts, mais ce sont au final les élus qui décident si la subvention sera allouée ou pas.
Enfin, elle a un rôle peu visible mais important de suivi et d’accompagnement des tournages : « on veut tout savoir, comment ça s’est passé, ce qui était réussi et ce qui l’était moins, s’il y avait des stagiaires efficaces, si les infos qu’on avait donné sur telle ou telle chose ont été utiles… Ce travail est essentiel car avant de venir, un producteur va forcément chercher à se renseigner, et plus il aura de références sur les tournages faits ici, avec des photos, des témoignages, plus il sera rassuré », ajoute Françoise Kerbeset. Sandrine a ainsi bénéficié du soutien du Conseil Régional (une aide qui s’élève à 35% du budget alloué aux dépenses locales), mais aussi de celui de la région Basse-Normandie, où est implantée la société qui produit son court métrage, Tarmak Films, et du CNC (Centre National du Cinéma et de l’image animée), qui propose des aides spécifiques pour les films réalisés dans les DOM-TOM.
Une destination tournage sexy
Réunir tous ces fonds, préparer au mieux le tournage loin de la métropole… Tout cela a pris beaucoup de temps à Sandrine et à Gérald Leroux, son producteur. Franchement, ça n’aurait pas été plus simple de faire ça en Bretagne ? « Sûrement pas ! On devait tourner ici et nulle part ailleurs. Je cherchais à avoir un petit côté documentaire dans mon film, notamment pour le kabar. C’était essentiel de faire ça ici », me répond Sandrine. « Même pour l’écriture du scénario, j’ai dû venir ici quelques temps début 2010 pour peaufiner des choses, être plus proche de la réalité ». La Réunion, destination de tournage prisée ? « Absolument, affirme Françoise Kersebet. Il se tourne sur l’île des courts et des longs métrages, des documentaires, des séries…
Les décors fabuleux, l’accueil chaleureux, notre réactivité et les compétences des techniciens font partie des gros atouts de l’île ». Effectivement, l’Agence Film Réunion reçoit en moyenne 110 dossiers par an, sans les clips, qui disposent de commissions spécifiques. Rien que cet été, plusieurs films sont tournés sur l’île, notamment Rosen, d’Yvan Le Moine, avec Rupert Everett et Béatrice Dalle, entre autres. Ce n’est pas son premier film à la Réunion et comme beaucoup de metteurs en scène, il remet ça. Car l’île laisse bien souvent de bons souvenirs, à l’image de ceux de Clément Sibony : « j’ai rencontré ici des gens super, à chaque fois que je suis venu. Je suis complètement sous le charme. Comment ne pas avoir envie de revenir ? ». Saches, Clément, que je t’attends !
Plus d’infos :
- www.adcam.org (nb : le nouveau site est en cours de réalisation)
- www.cnc.fr
- www.tarmak-films.com
Texte : Aurore Le Bourdon / Photos : KLSPRODUCTION
les tournages venant de métropole ne laissent pas de bons souvenirs aux comédiens Réunionnais : castés à la va vite ,méprisés,on leur file un petit rôle histoire de dire qu'on a respecté un quota ( comme pour les minorités visibles ?) d'acteurs locaux et donc toucher les aides de la région. Mal payés, souvent en dessous du minimum syndical(cf. le film d'yvan Lemoine) pas question de discuter le contrat..etc.Halte aux comportements coloniaux.
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oui en plus quand on voit les sommes qui sont distribuer et en ce qui concerne la réalisation pour les réunionnais pas de subventions pour eux