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Tony Scott Vs. Télérama Vs. Valérie Damidot

Jour de Tonnerre

galerie médias

La mort du réalisateur Tony Scott a déchaîné l’aristocratie intellectuelle française.

Le 20 août dernier, quelques heures après que le cinéaste américain Tony Scott avait choisi de mettre fin à ses jours, à 68 ans, en plongeant dans les eaux troubles du port de Los Angeles, Télérama.fr publiait un billet d’une violence inhabituelle sur sa filmographie. A rebours des éloges suspects rendus à ce commerçant d’images régulièrement démoli par la critique, le journaliste criait son indignation devant l’avalanche des hommages : "ne comptez pas sur nous pour porter au pinacle le réalisateur des énormes bouses boursoufflées que sont Top Gun, Jours de Tonnerre ou Unstoppable." Sur Twitter, la sortie valut à son auteur un vigoureux torrent d’insultes de la part, entre autre, d’une Valérie Damidot scandalisée, qui l’accusait de "chier sur les gens" - Ah, le raffinement de l’intelligence française !

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L’élégance ne s’arrête pas là. Que Télérama balance de bêtes coups de pied dans le cercueil encore ouvert de Tony Scott, industriel hollywoodien par excellence, anti-auteur au style virile et pompier, c’était convenu. Mais dans son emportement, le critique ajoutait à l’outrage nécrologique une forfaiture autrement garce, cette perfidie rase-motte qui distingue les vraies salopes : l’insinuation. Fielleux comme une vieille marquise, il laissait entendre que le talent supérieur de son frère, Ridley Scott (Alien, Blade Runner, Gladiator), n’était sans doute pas étranger à la décision du tâcheron Tony de se jeter du haut d’un pont. Quelques jours plus tard, le même site persifflait abondemment Jean-Luc Delarue, tout juste trépassé, dans le but de créer le buzz.

Quel spectacle, l’élite des beaux arts qui crève les pneus des corbillards pour racoler l’internaute ! Le journal est sans doute inquiet du vieillissement de ses abonnés, une poignée de retraités de la fonction publique à chandail, des barbus divers gauche, des résidus de 20e siècle fumeurs de pipe voués à l’extinction, mais dont les souscriptions payent encore pour l’heure le salaire des gardiens du bon cinéma français, cet art grisaille de raconter les amours dépressives. On peut comprendre qu’ainsi menacé, Télérama veuille d’urgence endiabler son style pour faire jeune. Mais on ne pardonnera jamais, jamais, à ce torchon de nous avoir contraint à nous ranger du côté de Valérie Damidot. Salauds !

Texte : François Gaertner / Illustration : Fegré


3 FILMS A REVOIR

Tony Scott était peut-être le réalisateur américain le plus rock’n’roll des années 90. Il s’est suicidé le mois dernier à l’âge de 68 ans pour des raisons qui restent mystérieuses. Une rumeur a rapidement circulé, selon laquelle il aurait été atteint d’une tumeur cérébrale inopérable - rumeur démentie aussitôt par sa famille. Pour honorer sa mémoire, ne revoyez pas Top Gun, film-hommage à la dentition de Tom Cruise sans trop d’intérêt, sinon de voir qu’on peut être une star du beach volley même quand on fait 1m60. Voici plutôt le vrai top 3 d’une filmo nerveuse comme un moteur de Ferrarri.

  • > Les Prédateurs - 1983 : Ce premier long est l’un des rares bides commerciaux de Scott, qui fut l’un des plus finauds industriels hollywoodiens de son temps. C’est aussi un film culte : David Bowie, Catherine Deneuve et Susan Sarandon dans une histoire de vampire chic et sensuelle comme un backroom de boîte enfumé.
  • > Le dernier samaritain - 91  : Bruce Willis en flic cynique et fourbu, un meurtre crapuleux, du foot américain et une histoire de drogue : le cinéma d’action des années 90 à son meilleur, avec des bourre-pifs mortels et des répliques de gros dur, dont le copyright pour celle-ci : - Tu vas où là ? - Je vais aux toilettes, mais tu peux venir me la tenir si tu veux, j’ai pas le droit de porter des objets lourds.
  • > True Romance - 93  : Sur un scénario de Quentin Tarentino er Roger Avary : un jeune fan de Bruce Lee persuadé de communiquer avec le fantôme d’Elvis tombe amoureux d’une prostituée. Pour la sauver, il doit buter son mac toxicomane et paranoïaque (Gary Oldman avec des dread locks).
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